Les prochains jours sont plutôt riches terme d’actions liées à cette journée dédiée à l’égalité entre femmes et hommes. Si la plupart de ces événements mettent en avant, avec un message militant, la lutte pour les droits des femmes dans leur intégralité, d’autres sont un peu plus maladroits et n’ont pas vraiment de rapport avec la volonté première de cette journée internationale. Comment redonner du sens à ce jour si spécial ? Quelles sont les priorités en Essonne en matière d’égalité des sexes ?

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En Essonne comme en France et partout dans le monde, la journée du 8 mars est « l’occasion de pointer les difficultés d’accès à l’égalité et de mobiliser pour de réelles améliorations pour toutes les femmes. », précise Osez le Féminisme 91 dans un communiqué. L’association, qui possède une antenne en Essonne, travaille toute l’année à l’accès aux droits pour les femmes. Mais le 8 mars, « c’est le moment de faire le bilan, indique Marie-Anne, responsable de l’antenne essonnienne. Un moment pour sensibiliser la population aux combats qui restent à mener. Pour dire que tout n’est pas gagné. » Et ces combats sont nombreux à se trouver dans le viseur de l’association: harcèlement dans les transports, inégalités salariales, viols, violences dans le couple… Toutes les couches de la société sont concernées et les droits des femmes restent avant tout universels. Même si chaque territoire a ses spécificités. « La violence n’est pas culturelle ! reprend Marie-Anne.  Il y a dans notre département des violences conjugales, comme partout. Mais on a la chance d’être en Île-de-France, où les femmes peuvent être prises en charge plus facilement qu’ailleurs. » Parmi les actions d’Osez le féminisme 91, il y a par exemple des formations pour les policiers, et précisément sur la façon de recevoir les femmes victimes de violences. Des cafés-débats, des actions de sensibilisation, des réunions participatives font aussi partie du quotidien des militants d’OLF 91. « L’Essonne étant également un endroit qui comporte beaucoup d’immigration, notre travail est aussi d’accompagner les femmes qui en sont issues, de les informer de leurs droits », explique la militante.

Côté syndicats, on est sur la même longueur d’ondes ; car le monde du travail est sans conteste un terrain très propice aux inégalités. Il y a la fameuse « deuxième journée » de la travailleuse qui rentre chez elle et a encore les tâches ménagères à faire. Il y a bien sûr le problème de l’égalité des salaires, « même si ça s’améliore pour certains grands groupes, grâces aux commissions paritaires », concède la CGT d’Evry. Moins médiatiques, les problèmes de relationnel entre agents, de garde d’enfant et de distance maison – travail sont également au centre des préoccupations syndicales. « Certaines salariées, avec les fermetures des Postes dans le Sud de l’Essonne, sont contraintes de faire 140 km par jour ! » raconte cette militante de la CGT, qui travaille à la Poste. Et de déplorer : « En tant que syndicaliste, je reçois beaucoup plus de femmes que d’hommes. Un jour, à la Poste, une responsable a dit à une salariée qui avait des difficultés à concilier travail et enfants en bas âge de changer de métier en lui proposant de devenir « nourrice agréée … » »
Enfin, en ce qui concerne le 8 mars au travail, « les femmes auront droit à la fameuse rose offerte par leur collègues masculins, à coup sûr. Bien loin de nos préoccupations quotidiennes ! » regrette la militante.

Un message en perte de vitesse ?

Si certaines collectivités locales ont prévu des actions concrètes et riches de sens pour rendre hommage à cette journée d’engagement pour l’égalité, d’autres acteurs comme des associations ou des politiques passent un peu à côté du message. Conseils beauté, opération shopping, distribution de roses et bons d’achats pour les femmes… Ces opérations partent d’un bon sentiment mais elles sont bien loin des réalités. « Je n’ai rien contre le fait d’offrir des roses, aux femmes comme aux hommes d’ailleurs, souligne Marie-Anne. Mais je ne comprends pas cette démarche, surtout quand elle vient de personnes engagées en politique. Souvent, elles ne savent pas pourquoi elles le font. La Journée internationale des droits des femmes, ce n’est pas la fête des femmes ! » Actions commerciales, journées « shopping » ou cadeaux dignes de la Saint-Valentin : en faisant le tour des événements prévus ce jour là, il est vrai qu’on constate que souvent, le côté militant propre à cette journée est maladroitement oublié.

Dans une démarche un peu plus concrète, à Evry, on semble avoir pris en compte l’importance de la question des femmes dans la ville. En réponse au problème du harcèlement sexiste dans la rue et les transports en commun, le colloque « Les femmes dans la place ! » entend « mettre en lumière l’appropriation inégalitaire de l’espace public par les femmes et les hommes. » Au programme notamment, les interventions de la géographe Edith Maruéjouls, de la ville de Marcoussis, de l’association Genre et Ville et du collectif « Place aux femmes » d’Aubervilliers. Objectif affiché : « viser une prise de conscience et l’émergence de propositions concrètes. » « A l’issue du colloque, annonce le Conseil général, huit collectivités signeront la Charte européenne pour l’égalité entre les femmes et les hommes dans la vie locale. Quarante collectivités essonniennes auront désormais signé cette Charte : l’Essonne représente ainsi à elle seule près d’un quart des collectivités signataires de la Charte. »
De même, à Massy, l’ensemble des associations et les services municipaux n’ont pas ménagé leurs efforts, l’idée étant de « faire du 8 mars un moment marquant de 2015 ». Du 8 au 14 mars, débats, tables rondes, matches de rugby, ateliers et conférences sont à prévoir dans la ville, toutes suivant le même thème : l’égalité entre les femmes et les hommes. Education, loisirs, culture, travail… La ville confirme ainsi sa volonté de toucher tous les domaines.

Chez les politiques, un thème qui touche

Pour l’ensemble des associations dédiées à l’égalité des sexes, surtout en cette période d’élections départementales, le 8 mars est aussi l’occasion d’interpeller les groupes politiques sur la question de l’égalité femme-homme. Le fait que la parité soit imposée suffira-t-il à faire évoluer les choses en politique ? « Les élus essonniens se sont emparés du sujet, ce qui est plutôt positif », explique Marie-Anne.
Jérôme Guedj, comme David Derrouet, le maire de Fleury-Mérogis, n’hésitent d’ailleurs pas à s’afficher sur Twitter avec du rouge à lèvres pour soutenir le mouvement « Mettez du rouge » ( une campagne sur les réseaux sociaux, où les hommes s’affichent avec du rouge à lèvres comme symbole contre les violences faites aux femmes). Qu’on apprécie ou pas ce type de geste, la Journée du 8 mars a, au moins, le mérite de mobiliser la créativité.