L’association humanitaire musulmane a fait l’objet d’une perquisition de ses locaux mercredi 11 février dernier. Le procureur parle d’une opération « banale » tandis que les membres de l’ONG se sentent visées pour leurs activités.

C’est dans la zone industrielle de Courcouronnes que se trouve le siège de l’association Baraka City. Les gros camions blancs de l’association sont souvent croisés par les riverains, autour d’un lieu qui regroupe la direction de l’ONG et qui fait aussi office d’entrepôt. Les convois de l’organisation chargés de produits alimentaires ou de médicaments sont envoyés aux quatre coins du monde au nom de Baraka City. Créée en 2010, avec des projets au Togo, puis en Afrique centrale, au Moyen-Orient, et jusqu’en Birmanie, l’ONG effectue un travail destiné aux populations les plus exclues, basé sur des valeurs islamiques. Elle a récolté 8 millions d’euros de fonds pour 2014–2015.

L’organisation humanitaire est notamment bien connue des internautes, car elle a su développer une communication jeune et efficace à travers les réseaux sociaux. Des photos des membres de l’association lors de leurs missions sont régulièrement postées sur ses comptes, et des clips de promotion sortent pour chaque campagne menée. C’est pour l’une de ses prochaines opérations de communication que Baraka City a choisi de réaliser des images du départ de 20 camions d’aide humanitaire, à l’aide d’un drone muni d’une caméra. La suite, l’association le raconte sur sa page Facebook : « une équipe de la B.A.C (Brigade Anti Criminalité s’il vous plait) a intercepté celui qui commandait l’appareil en le sommant de le suivre. Il est alors placé en garde à vue sur le champ. A ce moment là un salarié de l’association sort pour en savoir plus, puis il est lui aussi menotté puis embarqué en direction du commissariat ».

Deux heures après, plusieurs voitures de police se présentent devant les locaux de l’ONG pour perquisitionner les lieux. « Cela a été fait de manière totalement disproportionnée, en étant pour beaucoup fouillés, de plus nous n’avons eu aucune explication ni justificatif à cette perquisition » affirme le président de Baraka City Idriss Sihamedi. Contacté par Essonne Info, le procureur de la République Eric Lallement livre le motif de la perquisition : « nous sommes intervenus de manière assez banale. Des riverains ont attiré l’attention des services de police car ils ont vu un drone survoler Courcouronnes et notamment au-dessus d’une voie de circulation à grande vitesse, une quatre voies. Cela peut évidemment provoquer un certain nombre de dangers en cas de perte de contrôle du drone ».

Saisie du drone

« Nous avons fait ça sur le parking privé de l’association, pas à côté de la voie rapide » conteste Idriss Sihamedi, « on ne voulait pas prendre de risque ». Quoi qu’il en soit selon le procureur, « les drones sont l’objet de beaucoup d’attention et on peut s’interroger sur l’utilisation de ces engins en milieu urbain et à proximité de grands axes routiers ». Après l’interpellation du pilote du drone, la perquisition se déroule dans les locaux de l’ONG, qui sont visités par les forces de l’ordre. Selon les services de l’Etat, l’ordre a été donné de « saisir le drone et voir si au sein des locaux il n’y avait pas d’autres engins de la sorte. Ils auraient pu être saisis ». Pour Baraka City, l’action des policiers est jugée « disproportionnée » par le responsable de l’association qui assure qu’ « un salarié a du montrer tout ce qu’il avait dans son ordinateur, d’autres leur permettre d’éplucher toutes les informations de l’association ».

Le procureur Eric Lallement indique pour sa part que « les fonctionnaires de police ont dû demander quel était le champ d’action de l’association. Les membres ont voulu justifier leurs activités en montrant eux-mêmes des documents (ordinateur) pour montrer leur parfaite légalité ». Les membres de Baraka City, eux, ne le voient pas du même oeil, et se disent victimes « d’intimidations ». Pour le président Idriss Sihamedi, cela ne semble faire aucun doute : « Il y a de quoi se poser des questions, le chef de la police de l’Essonne est venu en personne superviser la perquisition. De plus nous subissons depuis des mois des entraves à notre droit d’opérer et de panser les blessures. On nous a refusé 19 ouvertures de comptes, depuis la fermeture brutale de ceux à la Société générale et le CIC ». Selon le président de l’ONG musulmane, l’organisation serait « suivie de près par les services de l’Etat. Les fermetures de comptes relèvent-elles de l’administration ou du politique? » se demande-t-il, en dénonçant « une volonté d’étouffer notre champs d’action humanitaire ».

Un constat réfuté cependant par le procureur d’Evry, qui préfère rester sur les faits : « personne ne souhaite avoir un drone au-dessus de sa voiture. Cela ne partait pas d’une mauvaise intention de leur part, mais ils n’ont pas du mesurer les risques ». Quant à savoir si l’ONG serait la cible des autorités, Eric Lallement annonce plutôt qu’il « n’a pas été question de perquisitionner dans ce but. Nous ne faisions rien de mal. Ils doivent seulement jouer la victimisation ». L’ONG a fait passer un message racontant la journée du 11 février sur les réseaux sociaux, notamment à travers sa page Facebook qui cumule des milliers d’interactions, elle a récolté de nombreuses marques de soutien suite à cette situation.