Ce jeudi 19 février, Marine Le Pen est en déplacement en Essonne pour soutenir les candidats frontistes. Un parti en pleine dynamique, dont se méfient les autres forces politiques, qui pourrait peser sur la composition de la future Assemblée départementale.

 

Après avoir débuté tranquillement, la campagne pour les élections départementales commence à s’animer. Les tracts à l’effigie des différents binômes et de leurs suppléants arrivent progressivement dans nos boîtes à lettres, les militants de chaque bord se font de plus en plus nombreux aux abords des marchés quand d’autres entament des réunions publiques. Bref, comme en février de l’année dernière, la campagne commence à reprendre ses droits.

Parmi les 93 binômes en course pour ce scrutin départemental, 21 d’entre eux sont estampillés Front National. Sur une bonne dynamique depuis les dernières élections municipales, le parti frontiste tentera de remporter ses premiers sièges de conseillers départementaux en Essonne. De quoi inquiéter une partie des autres forces politiques du département ?

Faire mieux qu’en 2011

Elle le disait en introduction de son discours de présentation des différents candidats mi-janvier. « Nous ne sommes pas là pour faire de la figuration », martelait Audrey Guibert, la secrétaire départementale du Front National. Et pour cause, pour ces nouvelles élections qui se tiendront les 22 et 29 mars, les électeurs essonniens auront tous un bulletin frontiste au sein de leur bureau de vote étant donné que le FN sera présent dans tous les cantons. Un premier résultat qui constituait ainsi une grande fierté pour celle qui sera aussi candidate sur le canton de Savigny-sur-Orge.

Et l’objectif pour ces nouvelles échéances électorales est clair, « gagner quelques sièges à l’Assemblée départementale », confiait Audrey Guibert. Une chose à laquelle veut croire la secrétaire départementale alors qu’il n’y a encore que quelques mois, le FN ne comptait aucun élu en Essonne. En effet, il n’y a que depuis les élections municipales de 2014 que ce parti possède des conseillers municipaux et communautaires sur le territoire. Aujourd’hui, ils répondent au nombre de 27.

Une forte progression pour le FN qui a sûrement pris ses racines lors des précédentes élections cantonales de 2011. A l’époque, le département comportait encore 42 cantons et seulement la moitié des sièges étaient renouvelables lors de ce scrutin. Ainsi, sur 21 cantons, le parti frontiste s’était hissé dix fois au second tour. Bien que battus à chaque fois, certains candidats avaient obtenu des scores honorables sur différents cantons, comme à Chilly-Mazarin, Athis-Mons ou encore Juvisy-sur-Orge, où la barre des 30% avait été franchie. Quatre ans après ce premier épisode, la dirigeante départementale espère bien poursuivre sur cette lignée, voire même faire mieux. « L’objectif sera de faire partie des qualifiés pour le second tour dans la majeure partie, voire dans la totalité des cantons », lâche Audrey Guibert.

Fort des résultats des dernières élections européennes, le FN affiche donc la couleur en vue de ces élections. Et comme pour bien lancer cette campagne, la présidente du parti Marine Le Pen est en déplacement à Savigny-sur-Orge pour soutenir le binôme Guibert/Fesler ce jeudi 19 février à 19h, mais aussi pour encourager les autres candidats frontistes.

« Un adversaire à prendre au sérieux »

Se définissant comme « l’arbitre » de ce scrutin, le parti de Marine Le Pen pourrait donc être un adversaire sérieux pour les autres forces politiques. « Arbitre ne me paraît pas être le terme adapté, car c’est quelqu’un qui est neutre et équidistant des compétiteurs qui sont sur le terrain, en général deux équipes. Le Front National, s’il présente des candidats partout, c’est qu’il a vocation à exercer le pouvoir et qu’il peut faire de bons scores. Nous sommes bien conscients de cela », admet le président du Conseil général, le socialiste Jérôme Guedj. « Nous devons les prendre comme de réels acteurs politiques, juge pour sa part le président de l’UMP 91 Georges Tron. Voilà pourquoi nous les combattrons avec fermeté ». Un adversaire à prendre au sérieux donc.

Bien que chacun soit conscient du rôle que peut jouer le Front National dans ces élections, les critiques sur le fond et la forme du mode opératoire du FN continuent d’aller bon train. « La politique locale, c’est de l’implication dans les dossiers, de l’implantation et du travail sur le terrain, résume le président de l’UDI 91 Vincent Delahaye. Dans certain cas, nous ne savons pas d’où ils sortent et s’ils connaissent bien les dossiers locaux ». « Il est vrai que nous défendons une politique avec des thématiques nationales, mais il n’y a pas que ça. Nous nous saisissons aussi au fur et à mesure des sujets propres aux cantons, comme celui de l’EHPAD des Ulis notamment », répond Luc Martin, candidat frontiste sur le canton des Ulis.

Autre point qui pourrait avoir son importance à ne pas négliger, le contexte politique particulier de ce genre de scrutin. « Les élections intermédiaires sont souvent des sortes de défouloirs. Le risque de voir les candidats FN faire de gros scores est vraiment présent surtout à l’heure où une partie des Français ont une réelle désaffection de la chose politique », assurait il y a peu Christian Schœttl, candidat UDI sur Dourdan. Avec la particularité de ce scrutin, et la difficulté d’obtenir une triangulaire en vue d’un second tour, si le FN fait « le plein de voix » dès le premier tour, « il éliminera sûrement un binôme de droite ou de gauche« , s’inquiète quelques candidats de tout bord.

Ce scrutin risque donc d’être très accroché. D’autant plus qu’un autre événement lié au contexte national pourrait s’immiscer dans le choix des électeurs. « Nous ne savons pas encore si les événements du 7 janvier dernier auront un impact sur ce scrutin, confiait récemment un cadre de la fédération socialiste essonnienne. Si oui, cela peut apporter des points à la majorité sortante ou au Front National ».

Bref, à la connaissance de ces différents paramètres, le FN pourrait bien être le détenteur des clefs du scrutin. Pour certains, une chose est sûre : « les possibles présences au second tour, ou voire victoires du parti sur des cantons influeront forcément sur la couleur de la prochaine majorité du Conseil départemental », analyse un proche de l’actuelle opposition départementale. Plus d’éléments de réponse dans cinq semaines.