Suite au nouveau plan de restructuration des accueils de la CPAM 91, de nombreux centres de la Sécu vont fermer d’ici les prochains mois. Une action menée pour garantir une meilleure qualité de traitement aux assurés sociaux, mais qui inquiète une partie des élus concernés par ce plan.

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Le projet de la refonte de l’organisation de la sécurité sociale en Essonne fait parler de lui depuis déjà de nombreuses années. Après un premier projet de restructuration lancé en juin 2011 par la direction départementale de la Caisse primaire d’assurance-maladie (CPAM) visant à réduire le nombre des centres de paiement de neuf à trois, ce sont maintenant les centres d’accueil qui font l’objet d’une réorganisation. S’inspirant du modèle emprunté par la Poste, les instances départementales prévoient de fermer près des deux tiers des structures d’accueil sur les trois prochaines années. L’objectif étant de renforcer l’efficacité des services proposés aux usagers qui fréquentent ces équipements.

À termes, ce sont 15 centres d’accueil de la CPAM qui pourraient fermer leurs portes sur les 27 existants. Une refonte du système que voient d’un mauvais œil une partie des élus, des syndicats et des assurés sociaux directement concernés par ce programme.

La recherche de l’efficacité et de la qualité

« Aujourd’hui, 60% des demandes qui sont faites à l’accueil physique pourraient être traitées autrement ». C’est en partant de ce constat que le directeur de la CPAM de l’Essonne, Christian Collard, justifie le plan de réorganisation. « En Essonne, nous disposons de 27 points d’accueil sur le département plus ou moins importants, avec plus ou moins de fréquentation et aussi avec plus ou moins de personnel. Selon les endroits, la qualité des services n’est pas la même. Les files d’attente sont parfois trop longues. Tout le problème est là », résume Christian Collard.

C’est donc par souci de proposer une meilleure qualité et une plus grande efficacité aux assurés sociaux que la CPAM 91 a entamé son nouveau plan de réorganisation de ces services d’accueil. L’organisme de santé a opté pour le regroupement d’une partie de ces centres d’accueil qui seront pour la plupart repensés. « Nous devons créer des accueils plus grands que ceux existants. Nos services n’en seront que plus efficaces », confirme le directeur départemental.

De plus grands lieux d’accueil demandent des effectifs plus conséquents. Le personnel des antennes qui disparaîtront ira travailler dans ces nouveaux centres redimensionnés. « Aujourd’hui, s’il y a cent personnes qui sont consacrées à l’accueil physique, demain après la mise en place du plan il y en aura encore cent, mais regroupées au sein de quelques sites », assure Christian Collard.

L’une des principales missions de ce personnel qui travaillera dans les accueils sera d’orienter les assurés vers le service le plus adéquat. Outre les traditionnels guichets, le directeur de la CPAM mise également sur les bornes multiservices qui permettent aux assurés de « traiter eux-mêmes et donc plus rapidement leur demande. Le personnel supplémentaire sera là pour aider les assurés à se servir des bornes, tandis que d’autres intercepteront les gens dans la file d’attente pour les orienter plus rapidement. Cela dégonflera la file d’attente ». De nouvelles fonctions que dénonce Sylvia Thuault, secrétaire FO de la CPAM. « Cela change complètement la façon de travailler. Même s’il n’y a aucun licenciement, ce n’est plus leur métier de base », lâche la représentante syndicale.

La Sécu effectue donc ce virage vers le numérique et la dématérialisation des dossiers avec ces bornes qui s’ajoutent à un dispositif déjà complet avec le site internet www.ameli.fr et le centre d’appels qui enregistre 3 000 communications quotidiennes. « Deux tiers des demandes à l’accueil pourraient être gérés par le biais de ces outils. Pour ceux que la barrière de la langue arrête ou qui ne comprennent pas la complexité administrative, il y aura toujours un contact humain pour aider à régler ces situations », indique Christian Collard.

Un seul centre pour le Sud-Essonne

Quinze centres d’accueil fermeront donc définitivement leurs portes entre 2015 et 2017 (voir carte ci-dessus). Si la rive gauche de la Seine perd tous ses sites d’Athis-Mons à Viry-Châtillon, le sud du département semble être le plus touché par cette restructuration. Déjà fortement dépourvu avant l’exécution du plan, le Sud-Essonne ne devrait compter plus qu’un seul lieu d’accueil, celui d’Étampes. Exit Ballancourt et Dourdan qui seront progressivement fermés pour permettre l’ouverture d’un centre redimensionné à Étampes, « car à chaque fermeture de site, un nouveau plus grand sera ouvert, explique Christian Collard. Par ailleurs, ces nouveaux centres seront ouverts cinq jours par semaine et à horaires identiques, chose que ne proposaient pas tous les accueils auparavant ».

Un seul et unique centre pour la moitié sud du département, de quoi inquiéter une partie des assurés sociaux. « Dourdan est à une quinzaine de kilomètres d’Étampes. Nos études montrent que la grande majorité des assurés se déplace avec leur véhicule personnel. Pour ceux qui ne sont pas véhiculés, la ville d’Étampes est desservie par un réseau de transports en commun », raisonne Christian Collard. Des arguments jugés non recevables par la maire de Dourdan Maryvonne Boquet. « Je trouve cette décision regrettable, commente l’élue. Les liaisons Dourdan à Étampes ne sont pas si faciles que cela quand on n’a pas de véhicules. Il n’y a qu’un bus le matin et le soir. Pour les liaisons en RER, c’est presque aussi compliqué. Les personnes âgées ou non véhiculées pâtiront de cette décision ».

Pour Sylvia Thuault cela est une situation « catastrophique » pour ce secteur. « Dans certains endroits, on retire le service de proximité, mais là c’est incohérent. On éloigne encore plus les assurés des services publics », s’insurge la représentante FO. Des propos relayés par le maire de Ballancourt. « Depuis les premiers projets, nous nous sommes battus pour récupérer le centre du Sud-Essonne sans succès », rappelle Jacques Mione à propos de l’accueil de Ballancourt. Ce site en constante baisse de fréquentation depuis 2010 (de 85 personnes/jours à 60 pers/j en 2013) « fermera ses portes le 26 mars prochain », affirme le maire.

Pour tenter d’apporter une solution à cela, ces communes ont obtenu de la part de la Sécu essonnienne la possibilité de tenir des permanences régulières pour traiter les dossiers sur rendez-vous. « C’est un palliatif plutôt qu’une alternative intéressante », poursuit Jacques Mione, dont les services formeront du personnel pour assurer ces permanences. « Nous aurons une session par mois, ajoute Maryvonne Boquet. J’aurais préféré plus, mais nous verrons si cela suffira une fois mis en place ».

Incertitude au Val d’Yerres, Ris-Orangis poursuit son bras de fer

Quinze centres sont certains de connaître une issue funeste. Toutefois, il subsiste un doute sur l’identité de deux d’entre eux situés dans le nord-est du département. « Dans la plupart des cas, nous avons calé nos nouveaux accueils dans des locaux qui nous appartiennent. Or, dans le Val d’Yerres pour le moment, nous n’en avons pas », admet Christian Collard. Conscient que ce secteur de l’Essonne doit continuer d’avoir au moins un centre d’accueil, le directeur de la CPAM a rendu visite aux maires de Brunoy, Epinay-sous-Sénart et Yerres pour leur expliquer « les problématiques et le souhait de trouver une solution sur le long terme ».  Les maires de ces trois communes doivent ainsi proposer un projet à la CPAM 91 pour pouvoir obtenir le maintien du seul accueil dans le secteur.

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Le maire de Ris-Orangis (au micro) entend sauvegarder son centre (JL/EI)

Le maire d’Epinay-sous-Sénart, Georges Pujals, réfléchit déjà à ce projet avec la détermination de conserver cette antenne locale dans sa commune. « Nous sommes les moins bien lotis du Val d’Yerres avec de nombreux quartiers populaires. Perdre ce service public serait une réelle catastrophe pour les Spinoliens. Cela pourrait accroître les inégalités par rapport à l’accès aux soins », déplore l’édile.  Faisant l’objet d’une convention d’occupation dont l’échéance prend fin en août 2016, le centre d’accueil de la CPAM d’Epinay-sous-Sénart pourrait jouir assez rapidement de nouveaux locaux. « Dans le cadre de la rénovation du quartier du centre commercial, nous avons prévu un espace consacré au pôle de services publics. Il pourra accueillir la maison de santé ainsi que la CPAM », confie Georges Pujals qui espère que son projet sera retenu, « car le maintien de ce service ici a du sens », conclut-il. Ce projet sera étudié courant 2016 par le directeur de la CPAM qui se donne jusqu’à l’horizon 2017 pour prendre une décision.

L’incertitude est donc de mise pour le Val d’Yerres. Pour Ris-Orangis, l’avenir est déjà plus sombre étant donné que l’établissement doit fermer en 2016. Seulement, la municipalité et de nombreux Rissois n’acceptent pas ce jugement. Ils tentent même de faire reculer la CPAM 91 sur son choix. « Ris-Orangis reste une ville populaire, qui a besoin de services publics importants dans son périmètre, souligne le maire Stéphane Raffalli. Il y a une fracture numérique sur notre territoire. Le départ de cet établissement renforcera les inégalités au lieu de les faire disparaître ». Pour faire entendre la voix de cette commune de 28 000 habitants, des manifestations ont été organisées dans la commune et une pétition recueillant plus de 2 200 signatures à ce jour circule actuellement. « À l’image du combat gagné pour conserver l’annexe du bureau de Poste, nous poursuivrons une mobilisation forte pour le centre d’accueil », poursuit l’élu rissois. Seulement, même si la volonté est là, il sera bien compliqué pour les Rissois d’obtenir gain de cause. Christian Collard reste catégorique sur ce point : « Ris-Orangis est un des endroits les mieux desservis en points d’accueils avec les deux agences d’Évry, celles de Grigny et de Corbeil-Essonnes notamment. Les services de la CPAM restent à une portée raisonnable des assurés sociaux, accessibles par les transports en commun ».

Les premières fermetures prévues par ce plan de réorganisation interviendront dès le mois prochain avec l’arrêt de l’antenne d’Orsay prévu pour mars. Ballancourt et Brétigny suivront avant les vacances d’été.