Débuté il y a de cela quelques mois, le conflit opposant la section judo aux dirigeants de l’ASE est toujours d’actualité. Né d’une décision controversée prise par la direction, ce conflit n’a toujours pas trouvé d’issue, et ne cesse de faire parler de lui.

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« La section judo aujourd’hui, c’est plus de 300 adhérents avec environ 300 jeunes dont on s’occupe relativement bien. Et puis on a quelques adultes qui ne sont pas en accord avec les décisions prises par l’ASE », explique Christophe Hamelin, vice-président de l’association. Annoncée depuis septembre 2014, la mise en retraite forcée d’André Tharion, professeur de judo à l’ASE depuis 45 ans, a en effet suscité bon nombre de contestations. Une pétition a immédiatement été créée sur internet (environ 160 signatures) et de nombreuses autres démarches ont été entreprises par les défenseurs du professeur. « Nous on ne le défend pas parce que c’est André, mais parce que c’est un bon prof », insiste François Kodzo.

Une raison pour le moins insuffisante pour la direction, qui assure que toutes les décisions sont prises dans l’intérêt général. « Pour nous la chose est simple et claire. M. Tharion a 76 ans. On considère qu’à 76 ans, il est largement le temps de prendre sa retraite. C’est aussi simple que ça », se justifie le président Gérard Gouache. « Pour moi c’est un problème de personnalité, un problème relationnel avec les responsables de l’ASE », déclare pourtant André Tharion. « Ils m’ont catalogué comme quelqu’un d’ingérable alors que finalement je n’avais encore jamais eu à faire à eux », poursuit celui qui encaisse cette décision comme un manque de respect.

Une plainte contre X

Le bureau de l’ASE avait-il vraiment le droit de prendre cette décision ? C’est justement le sujet de toutes ces querelles. « Ce qu’on conteste, c’est que, puisque M. Tharion est salarié de l’ASE, la décision doit venir de la section, pas du bureau de l’ASE. C’est l’argent de la section qui le paie », explique alors François Kodzo. Mais à ce moment-là, la section éprouvait visiblement certaines difficultés. « Au mois de septembre, à nos yeux, et aux dires de ceux qui étaient là, le bureau de la section judo était incapable de fonctionner… Dans ces conditions là, le travail du bureau de l’ASE c’est de mettre la section sous tutelle. On a dit ‘on va s’occuper de la section, le temps de reconstituer une équipe capable, et surtout qui souhaite faire le travail’ », explique Gérard Gouache, alors que Christophe Hamelin est désigné président de la tutelle.

Une décision une fois de plus injustifiée pour le camp de M. Tharion, qui prend pour exemple les différents comptes des sections pour évoquer la bonne gestion du judo. « Au début, c’est parce qu’on était ingérables qu’ils ont mis le judo sous tutelle. C’était plus une affaire de personne. Après ils ont basculé ça en disant que c’était à cause du côté financier », se souvient Katia Delzenne ex-professeur de judo dans l’association. « La section karaté est à moins 10 000 euros, elle n’est pas mise sous tutelle, nous on est à plus 73 000 euros, et on est mis sous tutelle. Pourquoi ? », s’interroge-t-elle.

Pour le président de l’ASE, la raison est simple. « Dans l’antériorité de la vie de la section. Il y a eu un problème de gestion financière. On a un travail autour des finances qui se fait au jour le jour depuis le mois de juin 2013. Ce travail a abouti à une plainte que l’on a déposée », explique t-il. « On (fédération des clubs omnisports, FFJDA) nous a bien confirmé que, lorsque qu’il y a une plainte contre une section, il faut forcément que la section soit mise sous tutelle », poursuit le bénévole, stipulant que cette plainte avait été déposée contre X, faute de « grief spécifique » contre quiconque.

Les cours sont suspendus

En ce début 2015, rien ne s’est vraiment arrangé au sein de l’ASE. S’il aurait aimé continuer d’exercer, dans l’attente de la décision de justice qui confirmerait ou non sa mise en retraite, M. Tharion n’est plus professeur de judo dans l’association depuis le premier janvier. « On lui a proposé de rentrer au bureau, on lui a dit qu’il serait le président idéal pour la section judo. Mais il a refusé », s’accordent à dire Gérard Gouache et Christophe Hamelin. Suite à une médiation qui s’est déroulée courant décembre, « tous ceux qui avaient déposé un dossier d’inscription complet et recevable, ont été intégrés à l’ASE ce 15 janvier. C’est le cas de M. Kodzo », poursuivent les deux hommes alors que M. Kodzo s’interroge encore sur ce qui a poussé la direction à refuser l’inscription de certaines personnes au mois de septembre dernier.

Quoiqu’il en soit, réintégrées ou non, ces personnes ne peuvent toujours pas s’entraîner. Depuis la mise en retraite de M. Tharion, le cours de judo adulte se retrouve sans professeur. Si la direction a souhaité nommer un certain Romain Colacicco, François Kodzo, récent champion d’Essonne, ainsi que certains autres adhérents, s’y sont fermement opposés et souhaitent le retour aux affaires de M. Tharion. « Mettre un professeur à la retraite en pleine saison de judo, ça a été marqué noir sur blanc par la FFJDA que ce n’était pas une façon de faire », ajoute Christophe Lagarde, double champion de France de Judo, et ancien adhérent de l’ASE.

Selon François Kodzo, trois personnes en sport adapté seraient par ailleurs très affectés par la situation. Interrogée à ce sujet, la direction s’est montrée pour le moins étonnée. « On a entré environ 320 adhésions, et personne en sport adapté », assure Christophe Hamelin. Et si le dialogue semble difficilement passer entre les deux parties, c’est bien la justice qui se chargera de trancher…