Drôle de campagne à Draveil, pour ces élections départementales. Le leader de l’UMP 91 Georges Tron y affronte des opposants avec lesquels les relations sont plus que tendues, et entre Nicolas Dupont-Aignan et lui, c’est la guerre ouverte.

Ambiance animée ce dimanche sur le marché de Draveil. A un peu plus d’un mois du scrutin départemental, les équipes de campagne ont pour la plupart arpenté les étals pour distribuer leurs tracts et présenter leur démarche. Chacun se place dans un coin du marché, et les discussions s’entament sur les enjeux locaux et surtout l’intérêt de ce scrutin, dont beaucoup ont du mal à capter le sens. Un passant se demande : « on n’a pas déjà voté l’année dernière pour le maire? ». « On n’y comprend rien » résume une dame âgée en passant devant les militants communistes.

Certains candidats se croisent sans même se regarder ni se dire bonjour. D’autres se toisent. Et lorsque Georges Tron arrête le représentant de la majorité départementale Jean-Marc Pasquet entre les stands, c’est pour lui tomber dessus. Passablement énervé, le maire de Draveil s’insurge contre la présence de son nom dans le tract double-page de son adversaire, cité en tant que « renvoyé aux Assises – Crimes et agressions ». « Ce ne sont pas des méthodes » se plaint-il.

« Ce sentiment de légèreté, d’impunité »

Une attaque présente sur ce document de campagne que justifie le candidat écologiste, soutenu par le PS : « je respecte la présomption d’innocence, mais on ne peut pas se permettre d’entretenir ce sentiment de légèreté, d’impunité.. ça participe au discrédit des élites politiques ». Même constat pour le conseiller municipal et opposant au maire Philippe Olivier, qui raille « cette classe politique qui ose présenter un candidat renvoyé aux Assises pour viol ».

Mercredi dernier, dans sa permanence de Champrosay, ce dernier avait ouvert les hostilités. « Il y a des combats éthiques à mener, il faut mettre fin à ce système » assure celui qui conduisait la liste 100% Draveil aux municipales 2014 (12,85%), et candidate cette année sur les Départementales. Le duel musclé entre les deux hommes va bien se reproduire à l’occasion de ce vote sur le canton de Draveil*.

Et Philippe Olivier dispose désormais d’un renfort de poids dans sa lutte acharnée face à Georges Tron. Il a rejoint les rangs de Nicolas Dupont-Aignan, le maire de Yerres. Celui-ci est venu en personne à Draveil l’adouber dans sa démarche, en soutenant sa candidature en binôme avec la responsable de son parti Debout la France en Essonne Anne-Christine Poisson. Une démarche assumée par l’intéressé, qui s’attaque frontalement à l’homme fort de l’UMP 91. « Le Conseil général est le jouet du PS, est ce que l’on veut qu’il soit le jouet de Tron? » se demande NDA, qui dit refuser que le Département « devienne un lieu de menaces et où règne la peur ».

Tron/NDA : creusez les tranchées

Une position inédite de la part de Nicolas Dupont-Aignan, qui traduit une rivalité éclatant au grand jour entre les deux responsables de droite. Pour Georges Tron, la réponse est cinglante : « c’est une clarification, tout cela est sans ambiguïté. Dupont-Aignan n’a ni conviction ni morale, il est passé par toutes les tendances. Ce soutien, c’est ce que tout le monde pense : il a quitté les rives des partis républicains pour blanchir le beau-frère de Marine Le Pen ».

Des arguments qui laissent de marbre Philippe Olivier, qui affirme en retour : « dans ma vie je n’ai jamais été poursuivi, ce n’est pas par Tron que je vais être blanchi ». « Trop c’est trop » éructe pour sa part NDA, « aurais-je été élu trois fois à 75% si j’étais d’extrême-droite ? Ce sont des accusations indignes ». « La droite en Essonne doit faire le ménage, nous voulons une classe politique propre et offrir le choix aux électeurs » insiste le maire de Yerres. Et d’ajouter qu’il ne veut cependant « pas faire de chasse-à-l’homme » à l’UMP.

Olivier / NDA

Nicolas Dupont-Aignan (à droite) adoube ses candidats Philippe Olivier et Anne-Christine Poisson (au premier plan) (JM/EI)

Alors que le candidat FN Cédric Giraud réclamait en décembre lors du renvoi de Georges Tron sa démission de son poste de maire, il ne veut aujourd’hui « pas en rajouter » tandis que la campagne est lancée : « cette crispation avec ses opposants fait que rien n’avance, c’est une guerre qui a laminé les habitants ». Cédric Giraud préfère pour sa part « parler du CG et de ses compétences » et critiquer le maire de Draveil sur ses positions et son bilan politiques, « qu’on se penche sur les six prochaines années des Essonniens ».

Du côté de la gauche, on défend le bilan et les actions de la majorité sortante au Département, vivement attaquée par Georges Tron pour « son endettement record », sa « mauvaise gestion » ou « les baisses des aides aux communes ». Pour le candidat PS-EELV au contraire, le Département n’a pas à rougir des politiques menées : « la gauche a mis en place la carte-jeune pour toutes et tous, l’accès aux PMI pour 80% des familles, et les maisons de retraite à 60€ par jour dont une qui ouvrira en 2017 à Draveil avec 153 places ».

Deux listes à gauche, le FN en embuscade

Jean-Marc Pasquet se réjouit par ailleurs de l’accord « historique » entre socialistes et écologistes sur le canton, alors qu’ils se disputaient les suffrages lors des dernières municipales. La gauche ne se présentera pas pour autant totalement unie sur ce canton. Le PCF-FdG ne faisant pas partie de l’accord sur Draveil, il se présente sous ses propres couleurs : « il y a eu une alliance sans nous, alors même que la gauche court le risque de ne pas accéder au second tour » explique le responsable PCF local Jean-Pascal Bonsignore.

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Jean-Marc Pasquet EELV) et Fabienne Bellay (PCF) sont notamment candidats (JM/EI)

Selon le candidat écologiste, les communistes auraient du le soutenir, « car au CG ils votent les mêmes textes que le PS », mettant en avant le fait qu’il soit également conseiller municipal pour appuyer son ancrage local. Une position que conteste Jean-Pascal Bonsignore, qui considère que le conseiller municipal écologiste « n’est pas le plus légitime ».

Parmi les éléments qui reviennent dans les campagnes des candidats, celle de la préservation de la forêt de Sénart, liée au cadre de vie local dans les communes du canton. Cédric Giraud propose ainsi que le CG prenne en charge le nettoyage de la forêt, récemment confié aux agglos : « il faut remettre la subvention de 100 000 euros, au nom de la préservation des territoires naturels ». « Nous devons avoir des espaces écologiques préservés de la spéculation immobilière, en particulier la forêt » indique de son côté Fabienne Bellay, candidate PCF-FdG.

*Draveil, Etiolles, partie sud et ouest de Montgeron, Saint-Germain-lès-Corbeil, Soisy-sur-Seine