La municipalité des Ulis et le Conseil général s’écharpent à propos de la construction d’un EHPAD sur la commune. Alors que les débats portent sur la question du parking, il se pourrait bien que ce dossier devienne une thématique de campagne en vue des élections départementales.

 

Se construira ? Ne se construira pas ? Pour le moment, c’est le statu quo à propos de la construction d’un établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) dans la commune des Ulis. La municipalité ulissienne a en effet rejeté le projet « par manque de conformité par rapport au plan local d’urbanisme », résume Françoise Marhuenda, maire de la ville.

Initialement inscrite sur la liste des établissements publics gérés à 100% par le Conseil général de l’Essonne, cette maison de retraite proposera – si elle se construit – des prix plus accessibles à ses pensionnaires. Les résidents ne débourseront plus que 60 euros par jours alors que la moyenne des équipements privés avoisine les 90€. À ce jour, deux EHPAD de ce genre ont vu le jour. Inaugurés en 2014, les sites de Morangis et Courcouronnes ont déjà accueilli leurs premiers résidents. D’ici l’horizon 2018, d’autres établissements de ce genre doivent ouvrir leurs portes notamment à Dourdan ou à Draveil en plus de celui prévu aux Ulis. Si tout semble se passer convenablement pour les différents projets, celui des Ulis file droit dans le mur. À défaut de trouver une solution à court terme, ce dossier pourrait trouver une issue une fois les élections départementales passées.

Manque de place(s) pour un parking

Approuvé par les municipalités précédentes, dont celle de Sonia Dahou, le projet de construction d’EHPAD dans cette commune de près de 25 000 habitants a finalement été rejeté par la nouvelle équipe municipale. Non pas que la nouvelle équipe soit contre le projet, mais pour elle, le principal problème reste la question des places de parking. « Nous avons un PLU qui dit que nous devons avoir des places en souterrain. Seulement, cette réglementation n’a pas été respectée dans le projet qui a été choisi pour notre commune. Voilà le seul inconvénient de ce projet. Cependant, il se révèle être un inconvénient de poids », récapitule Françoise Marhuenda. Sur les 40 places de parking prévues, Françoise Marhuenda demande notamment que 20 d’entre elles au maximum soient souterraines.

Non conforme par rapport au PLU, l’édile ulissien a ainsi refusé d’octroyer le permis de construire. Un refus qui en a fait avaler de travers quelques-uns au niveau du Conseil général. « Ces travaux apparaissent toutefois inutiles et leur coût disproportionné, tonne le président du Conseil général Jérôme Guedj. Le fait d’enterrer 5 à 10 places déjà prévues en surface entraînera un surcoût des travaux d’enfouissement partiel d’un montant d’environ 900 000 euros. Cela devrait être répercuté sur le prix de journée payé par les futurs résidents, représentant pour chacun un surcoût de 600 euros par an ».

Des surcoûts qui annihileraient en partie les avantages proposés par le Conseil général avec ce projet. Un point que comprend Françoise Marhuenda. « Je veux bien entendre que c’est moins cher, mais cela ne correspond pas au plan ». La maire des Ulis pointe ainsi du doigt la configuration du quartier pour justifier le fait qu’aucune entorse ne doit être faite au PLU. « L’EHPAD doit se trouver à côté du Pôle emploi, des services emploi de la CAPS ou encore de la maison de l’enseignement artistique, bref dans un quartier très dense. C’est donc purement et simplement un problème d’espace. Ne pas enterrer des places nuira à la qualité de vie des Ulissiens », garantit Françoise Marhuenda.

Afin de trouver un terrain d’entente, le CG avait fait des propositions, toutes rejetées par la municipalité. « Le Département n’a eu de cesse de rechercher des solutions alternatives, confie Jérôme Guedj. Nous avions ainsi proposé de réaliser un léger décaissement des parkings, et de louer 5 places supplémentaires dans le parking souterrain situé en face de la rue, parking qui n’est que partiellement utilisé ». Sans succès.

Un dénouement post-électoral ?

À quelques semaines d’une échéance électorale, ce dossier occupera certainement une place particulière dans les débats de la campagne. D’autant plus que la maire des Ulis Françoise Marhuenda sera candidate aux côtés du maire de Villebon et conseiller général sortant Dominique Fontenaille. Dans tous les cas, cette discorde autour de l’EHPAD fait réagir les autres binômes qui se présenteront face au ticket composé des maires des Ulis et de Villebon.

Pour Jérôme Cauët, candidat socialiste à sa succession et soutien de Jérôme Guedj, l’élue ulissienne ne veut tout simplement pas de la maison de retraite. « Quand on veut tuer son chien, on dit qu’il a la rage. Elle ne veut pas cette maison de retraite donc elle ne signe pas le permis de construire. Les Ulis a beau être une des plus jeunes villes de l’Essonne, mais elle a quand même besoin de cet équipement », tacle Jérôme Cauët. « Je suis entièrement pour la construction d’un EHPAD !, rétorque Françoise Marhuenda. Le refus n’intervient qu’à cause du manque d’espace. Si je ne voulais pas de cette maison de retraite, elle aurait été retirée du contrat de développement du territoire (CDT). Nous y sommes toujours attachés ». La maire des Ulis va même plus loin pour chasser tout soupçon de la tête de ses adversaires. « Si je suis élue, ce sera le premier sujet sur lequel je tablerai. Si je ne le suis pas, je poursuivrai le combat que je mène actuellement auprès des nouveaux conseillers départementaux ».

Le candidat socialiste qui se présentera avec la députée et ancienne maire des Ulis Maud Olivier espère vivement qu’un terrain d’entente sera trouvé. « Cet EHPAD, c’est 108 chambres, c’est également 80 emplois de proximité et non-délocalisables. Il comblera le manque de maisons de retraite aux Ulis », poursuit Jérôme Cauët avant de conclure sur « l’intérêt général doit primer dans le dossier et l’intérêt général ce n’est pas la somme des intérêts particuliers ».

Le candidat du Front National Luc Martin qui s’alignera avec Sandra Guettala tempère quelque peu les débats. Entièrement d’accord avec la construction d’une maison de retraite aux Ulis, le candidat frontiste se positionnerait dans une logique « de gagner de la place. C’est un dossier très important et dans un premier temps, l’idée de places souterraines peut-être une bonne chose ». Toutefois, Luc Martin émet la possibilité de réétudier totalement le dossier. « Nous pourrions peut-être trouver un autre terrain pour la construction », propose le candidat. « Des terrains, il y en a dans les autres communes qui ne tarderont pas à émettre des candidatures pour obtenir l’EHPAD si la situation en restait là, assure Jérôme Cauët. Ce serait une grande perte pour les Ulis », soupire-t-il.

Alors qu’une pétition circule depuis quelques jours à l’initiative de l’ancien maire-adjoint des Ulis Etienne Charron intitulée : « Madame Marhuenda, non au blocage de la maison de retraite publique médicalisée aux Ulis », Françoise Marhuenda ne perd pas de vue de tomber sur un accord. Seulement, c’est un accord qui interviendra – s’il doit intervenir – après le scrutin départemental.