BRUNO-PASCAL CHEVALIER > Cette chronique d’un « malade ordinaire » est pour moi l’occasion de donner un visage à tous ceux qui aujourd’hui sont en difficulté pour des raisons sociales, santé, logement, emploi… Ma volonté est d’animer une chronique interactive, de débats, où chacun pourra donner son point de vue, proposer des solutions, partager son savoir dans un domaine sur lequel il possède une information.

Utopiquement (ça, l’avenir nous le dira ) je souhaite réveiller nos consciences et nos âmes de citoyen(ne)s pour revenir à une société solidaire tournée vers les autres.

Sans parti-pris partisan, cette chronique sera faite de témoignages, de portraits, d’informations, de coups de gueule …

C’est avec l’histoire de M. J., handicapé de 45 ans, que je veux inaugurer cette série de témoignages. Des « handicapés ordinaires » comme M.J., nous en croisons parfois dans la rue, les services administratifs, dans les magasins. Il nous arrive même d’occuper les places de parking qui leur sont réservées (juste cinq minutes, il n’y en a jamais pour longtemps).

M. J. n’est pas isolé, puisqu’il  a rejoint le collectif ni pauvre ni soumis (www.nipauvrenisoumis.org).

M. J : « Je suis handicapé (le taux et mon handicap importent peu car je considère que ma situation résume bien la situation de tous ceux qui vivent avec un handicap).

Je ne peux pas travailler. Je vis au dessous du seuil de pauvreté, avec pour seules ressources l’AAH (Allocation Adulte Handicapé) de 696,63 euros et une APL de 295,11 euros (pour moi les centimes sont importants), et je paie un loyer de 570 € auquel il faut ajouter les charges …

Depuis la mise en place des franchises « médicales », des déremboursements de médicaments… Il  reste à ma charge mensuellement 150  euros (toutes aides confondues, mutuelle etc..). Alors parfois, comme beaucoup de citoyens, il m’arrive parfois de reculer, et même renoncer à des soins de peur de ne pouvoir payer mon loyer.

Depuis la mise en place de la loi Bachelot des franchises, je culpabilise. j’ai l’impression que la société me tient pour responsable du « trou » de la sécu, des bénéfices faits par les laboratoires, les compagnies d’assurances..

Certains disent que les malades « abusent », qu’il faut « responsabiliser » les « consommateurs de soins »…

Mais, franchement… qui « consommerait » par choix des soins médicaux ? Je préférerais faire ma toilette seul, à 45 ans ! Je préférerais me lever le matin, me préparer, prendre le RER pour aller travailler, être autonome… Mon quotidien est rythmé par le passage d’une auxiliaire de vie pour ma toilette, d’un kiné, d’une infirmière. Elles sont dévouées, et compétentes.

Mais qui a envie d’une vie rythmée par les soins médicaux ? Cette vie, on la subit, on fait avec, on ne la choisit pas.

Malgré tout, mon handicap ne m’interdit pas d’être un citoyen ordinaire. La seule différence c’est que c’est plus compliqué, pour me déplacer, faire des courses, aller au restaurant … Je peux faire du soutien scolaire …

Je suis présent a toutes les manifestations qui concernent la lutte pour conserver ou améliorer nos acquis sociaux, pour défendre la dignité humaine. Je serai avec vous pour les manifestations du 4 septembre contre la xénophobie et celle du 7 pour la défense des retraites.

J’aimerais que les gens valides et bien portants soient aux côtés des handicapés, lorsque nous demandons au gouvernement de respecter ses engagements d’augmenter de 25% l’AAH sur 5 ans, même si ce n’est pas satisfaisant.

Aucun gouvernement ne peut me rendre mes jambes, mais faire en sorte que j’aie un revenu qui me permette de vivre décemment, oui.

Et cela concerne tout le monde, pas seulement les handicapés. Car, d’une part, cela peut arriver à n’importe qui. D’autre part, nous vivrons tous mieux dans une société humaine et solidaire.

M.J »

Toutes ressemblances avec …..

Ce témoignage et un assemblage de portraits de personnes qui répondent à l’enquête sur l’accès aux soins d’une des associations que j’anime avec d’autres . je vous invite à y répondre (ICI)

A lire sur www.ensemblepourunesantesolidaire.fr