Ce jeudi 22 janvier, les délégations des services de réanimation d’Arpajon et de la maternité de Dourdan avaient rendez-vous avec les représentants locaux de l’ARS. L’objectif, la sortie de la crise pour ces établissements et la poursuite de leurs activités. Une position pas forcément du goût de tout le monde.

 « Le travail c’est la santé, la réa faut la conserver, tout comme la maternité ! ». Ce jeudi 22 janvier, des chants comme celui-ci ont résonné tout l’après-midi devant les locaux de la délégation territoriale de l’agence régionale de santé (ARS). Situés en face de la Préfecture d’Évry, ces bâtiments auront vu défiler près de 200 personnes sous leurs fenêtres. Personnel hospitalier, patients, syndicats de la santé, ou encore élus de tous bords s’étaient donné rendez-vous pour protester contre la fermeture des lits de réanimation à Arpajon et de la maternité de Dourdan.

Pendant qu’une partie de cette foule s’était massée devant la porte d’entrée de l’antenne locale de l’ARS, une délégation était reçue par les représentants de cette instance. Leur objectif, plaider la cause des deux centres hospitaliers qui sont dans l’incertitude concernant le maintien de leur service respectif depuis de nombreuses semaines déjà.

Vers la fin des services de proximité ?

Fermée administrativement il y a un an, avec la suspension de son activité pendant trois mois, la maternité de Dourdan avait dû sa réouverture début 2014 à un travail de remise à niveau de ce service, accompagné d’une forte mobilisation des élus et des parturientes. Un an après cet épisode, ce même service de maternité est de nouveau au cœur des débats. Depuis fin 2014, on reparle de fermeture. « Les différentes instances souhaitent nous regrouper avec Étampes (Ndlr : auquel l’hôpital de Dourdan est rattaché administrativement depuis 2011). Nos locaux de Dourdan sont mieux équipés que ceux d’Étampes, expliquent ces sages-femmes de la maternité. En quittant Dourdan, la qualité de notre travail ne sera de fait plus le même ».

Une fermeture que voient également d’un mauvais œil les élus des territoires concernés. « Fusionner les services de Dourdan au sein de l’hôpital d’Étampes n’est pas forcément utile, indique le député de la 3e circonscription de l’Essonne Michel Pouzol. Les deux maternités touchent chacune leur propre bassin de population. Ce transfert va engendrer un désert médical dans cette zone », regrette l’élu.

Un désert médical qui pourrait s’accentuer avec le transfert du service de réanimation de l’hôpital d’Arpajon vers le centre hospitalier sud francilien (CHSF) de Corbeil-Essonnes. « Le service de réanimation de l’hôpital d’Arpajon touche une grande partie des habitants de l’Arpajonnais, souligne le président de cette communauté de communes et maire de Breuillet Bernard Sprotti. Le bassin de population concerné par cet établissement est d’environ 150 000 personnes ».

La disparition de ces différents services pourrait être un signe avant-coureur de la fermeture prochaine des hôpitaux d’Arpajon et de Dourdan eux-mêmes. C’est ce que craignent une partie du personnel et les élus. « Si ces services ferment, il faudra prévoir à moyen terme la fermeture totale des établissements, affirme Michel Pouzol. L’éloignement toujours plus grand des usagers de leur lieu de prise en charge entraînerait de fait une mise en danger des personnes qui auraient besoin de soins urgents ». La situation est également complexe pour une commune comme celle de Breuillet. « Nous nous trouvons à mi-chemin entre deux hôpitaux. Bientôt, il n’y en aura peut-être plus aucun, voilà pourquoi nous devons nous battre », explique son maire.

Dourdan - ARS

Les manifestants se sont rassemblés le temps que la délégation soit reçue (JL/EI)

Craintes de suppressions de postes

Outre une inquiétude sur la prise en charge et le suivi des patients, le personnel de ces deux établissements craint aussi pour son avenir. À l’hôpital d’Arpajon, le transfert des lits de réanimation vers le CHSF, qui devrait par ailleurs débuter en mai prochain, entraînerait de lourdes pertes financières pour l’établissement. « C’est une réa qui fonctionne très bien, car elle est dans les trois meilleures de la région, confirme Gilles Trouvat, permanent syndical Sud à Arpajon. Si le service ferme, cela coûtera 2,5 à 3 millions d’euros de pertes par an, ce qui correspond à 60 temps pleins. Ce sera un personnel que l’on perdra, qui ira soit vers le CHSF, soit vers le privé, soit ils se retrouveront sans rien ».

Du côté de la maternité de Dourdan, une partie des sages-femmes s’interrogent aussi sur les risques du transfert du service vers Étampes. « Bien que les deux centres hospitaliers soient rattachés, nous n’avons pas forcément eu de certitudes concernant notre avenir. Voilà en partie pourquoi nous sommes en train de manifester aujourd’hui », confient ces femmes.

« Ce n’est plus possible de continuer ainsi »

Très critiquée par une partie du personnel, les syndicats ou encore les élus, cette solution de centralisation de certains services trouve tout de même son lot de soutiens. C’est le cas pour le docteur Cédric Tahiri, pédiatre à la maternité de Dourdan. Fervent défenseur pas plus tard que l’année dernière de la réouverture de la maternité après trois mois d’inactivité, Cédric Tahiri milite aujourd’hui pour le transfert de ce service sur Étampes. « Il y a beaucoup d’événements qui se sont produits en un an », assure-t-il. Tout d’abord, la démographie médicale n’est plus la même. « Nous avons du mal à engager de nouveaux médecins. Les départs en retraite ou autres départs volontaires sont très difficilement remplacés, et encore quand ils le sont, si bien que la pédiatrie est à deux doigts de fermer. Nous avons des carences en termes d’effectif et il faut dire que cela n’attire pas forcément les gens ».

L’autre point qui jouerait contre la maternité de Dourdan selon Cédric Tahiri est la faible attractivité de la structure. « C’est une petite ville, difficile de convaincre des personnes de venir travailler ici, surtout dans la situation actuelle, où chaque médecin doit faire de plus en plus de tâches. Ça devient difficile pour nous, voire invivable pour certains. Plus nous augmentons notre temps de travail plus le facteur risque est présent. Voilà pourquoi j’estime que ce n’est plus possible de poursuivre ainsi ».

Face aux plus sceptiques comme Michel Pouzol ou encore les syndicats de la santé qui voient ce transfert comme « faisant partie de la logique financière de l’ARS », Cédric Tahiri dément immédiatement. « C’est moi qui suis allé voir l’ARS. Je leur ai dit que je n’avais plus les ressources démographiques qu’il me fallait et nous avons essayé de trouver la meilleure solution pour nous en sortir. Nous ne sommes donc pas dans une logique de broyer les hôpitaux de proximité pour faire des économies ».

Si ce n’est plus qu’une histoire de semaines pour que la maternité de Dourdan ferme selon le docteur Tahiri, le combat pour son maintien va lui continuer. Le Conseil général votera ce lundi 26 janvier une motion de soutien aux deux hôpitaux. C’est ainsi un dossier qui circule auprès des plus hautes sphères de l’État. « Cette année j’ai sollicité la ministre de la Santé Marisol Touraine. J’ai déjà rencontré à ce sujet le Premier ministre Manuel Valls et même le président de la République François Hollande. Ce dernier a vraiment pris conscience de la nécessité de garder ces services ouverts », indique Michel Pouzol. Rien n’est donc encore certain sur ces deux dossiers, même si le docteur Tahiri assure « que nous allons droit dans le mur si nous persistons à vouloir conserver la maternité en l’état ».