Une semaine après l’attaque survenue à Charlie Hebdo, de nombreux essonniens ont tenu à rendre hommage aux victimes du journal satirique et des attaques de la fin de semaine dernière.

Ce mercredi midi, comme chaque jour de la semaine, le secteur d’Evry-centre est envahi par le ballet des pauses déjeuner. Ils sont des milliers à travailler à proximité de la cité administrative, du centre commercial ou de la gare, venant des nombreux bureaux et administrations alentours. Le temps va pourtant ce jour s’arrêter quelque peu. A partir de 12h, des dizaines de passants ralentissent, s’approchent. Quelque chose se prépare. Les ballons sont gonflés, circulent de mains en mains, tout comme de petites affiches, où il est écrit « Je suis Charlie » ou « Je pense donc je suis Charlie ».

A l’initiative des journalistes du département, ce rassemblement silencieux a réuni quelques 200 personnes. Quelques élus de la ville d’Evry et du Conseil général, ainsi que le préfet de l’Essonne Bernard Schmeltz ont également participé, tout comme plusieurs militants associatifs et syndicaux du territoire. Mais surtout, de nombreux citoyens, qui avaient tenu à marquer l’arrêt, en hommage aux événements passés, mais aussi pour construire la suite.

A exactement 12h30, les ballons se sont envolés dans le ciel, qui connaissait encore l’éclaircie mais avec de grandes bourasques de vents. Des ballons noirs, et blancs, partis très vite et loin, comme pour symboliser le deuil et la tristesse, ainsi que l’espoir. Après une minute de silence et beaucoup d’applaudissements, la foule s’est peu à peu dispersée, même si de petits groupes restaient à discuter de longues minutes.

Car le besoin semblait aussi être celui-là : se retrouver, se parler, échanger. Après une semaine entière de drame et de stress, suivi d’un grand moment d’unité nationale ce dimanche 11 (lire notre article), l’heure est à la prise de recul et l’analyse, afin de comprendre la situation que nous vivons et savoir au mieux en sortir par le haut. Si nous commencions par éteindre les chaînes d’information en continue et limiter notre utilisation des réseaux sociaux, nous aurions plus de temps pour nous re-rencontrer. Et apprendre à se connaître, se comprendre par exemple.

« Le vendredi vers 18h, je me rends régulièrement devant le kiosque à journaux à côté du théâtre, je retrouve souvent des gens que je connais et avec qui je discute, je passe un moment là » glisse André, à la fin du rassemblement, en évoquant ses moment où l’on se retrouve. Et si c’était ce genre de solution, la plus simple parfois, qui permettait de repartir de l’avant? Tout simplement saluer ses voisins, pour commencer, parler un petit peu avec la vendeuse, dire bonjour au chauffeur en entrant dans le bus. Tous ces gestes civiques, ces coups de main, comme aider une personne avec poussette à monter ou descendre du RER, ou tenir la porte derrière soi. Ces petites choses du quotidien que nous ne prenons plus la peine de faire, par manque d’énergie, de volonté… Moins se réfugier derrière son casque-tête baissée et chercher plus facilement le regard de l’autre. Un regard pas accusateur ou de peur ou de méfiance, mais un regard de gentillesse, de bienveillance et de confiance. C’est très souvent réciproque.

Photos : Mathieu Miannay / EI