Suite à l’attentat survenu ce mercredi 7 janvier dans la rédaction du journal Charlie Hebdo, le Plan Vigipirate a été placé à son niveau de vigilance le plus haut. Cela entraîne son lot de répercussions sur le quotidien des Essonniens.

L'accès est très contrôlé devant le collège la Tuilerie de Saint-Germain-lès-Corbeil. (JL/EI)

L’accès est très contrôlé devant le collège la Tuilerie de Saint-Germain-lès-Corbeil. (JL/EI)

C’est l’une des conséquences directes de la fusillade perpétrée dans les locaux du journal Charlie Hebdo ce mercredi 7 janvier. Le plan Vigipirate a été placé à son seuil d’alerte le plus élevé. Depuis le 7 janvier donc, l’ensemble des huit départements que compte la région Île-de-France sont placés en niveau « Alerte attentat ». C’est ainsi la première fois depuis la création de cet échelon en 2014 que ce niveau est activé par le Premier Ministre. Ce passage en niveau de vigilance le plus élevé prévoit « la mise en place de mesures draconiennes pour renforcer la sécurité en Essonne », expliquait le maire d’Évry Francis Chouat lors d’un des rassemblements de recueillement organisé dans la capitale essonnienne ce jeudi 8 janvier.

Également mis en place en région Picardie suite à la présence présumée des fugitifs, ce dispositif a pour but d’organiser une sécurité accrue au sein des établissements publics essonniens ainsi qu’un déploiement des forces de l’ordre sur le territoire.

Les écoles au centre du Plan Vigipirate

Avec le passage en niveau « Alerte attentat » du Plan Vigipirate, la surveillance des différents établissements publics a été renforcée au niveau du département. De nombreuses barrières fleurissent maintenant autour des mairies, écoles ou autres accueils de loisirs. À Saint-Germain-lès-Corbeil, l’accès au collège la Tuilerie est limité pour les voitures. Des agents de sécurité scrutent attentivement les différents véhicules, ouvrent le passage à quelques voitures et bus qui ne peuvent plus stationner sur la totalité du parking. « C’est un sacré dispositif, lance la mère d’un collégien en regardant le déroulement des opérations. Quelque part, même si ça ne va pas arranger les déplacements pour chercher mon fils, cela me rassure ». Les directives de surveillance des établissements publics données par la Préfecture de l’Essonne sont donc mises en place dans cette commune et prises avec le plus grand sérieux.

La situation est la même dans les autres villes du département, comme à Viry-Châtillon. « La mairie, la bibliothèque, le cinéma, la piscine font tous l’objet d’une surveillance particulière comme l’a stipulé la Préfecture, analyse Jean-Marie Vilain, le maire de la ville. Nous avons fait du barriérage autour de ces sites et nous avons indiqué le logo Vigipirate sur chaque équipement ». L’objectif de ces manœuvres, « écarter tous stationnements qui pourraient être suspects à proximité des établissements publics », résume Jean-Philippe Dugoin-Clément, le maire de Mennecy. Comme Viry-Châtillon, cette commune a également renforcé sa surveillance autour « des crèches, du théâtre, ou des écoles notamment », indique l’édile menneçois.

Car oui, les écoles font partie des espaces à protéger. Ce sont même la priorité de certaines communes comme celle de Viry-Châtillon. « Il a une surveillance toute particulière autour des établissements scolaires, explique le premier magistrat de la ville. Nous avons même supprimé les déplacements des classes hors et dans la ville, comme le souhaite l’académie de Versailles. Cet après-midi d’ailleurs (Ndlr : le 8 janvier), le lycée Saint-Clément a annulé sa sortie au cinéma le Calypso. Il y a certaines précautions à prendre », poursuit Jean-Marie Vilain.

Des précautions pas forcément au goût de tout le monde. « Pour des excursions vers la province ou vers Paris, d’accord, mais pour des déplacements intra-Mennecy, j’estime que nous n’avons pas plus de danger aujourd’hui qu’hier », rétorque Jean-Philippe Dugoin-Clément. Toutefois, l’académie de Versailles a bel et bien pris la décision de suspendre la circulation des classes en Île-de-France ou vers la province jusqu’au 10 janvier.

Une présence plus accrue des forces de l’ordre

Comme le prévoyait Matignon et la Place Beauvau, « toutes les forces disponibles sont mobilisées et des renforts civils et militaires seront déployés dans le cadre du plan Vigipirate ». Afin de donner encore plus de moyens au département, les forces de police et de gendarmerie « sont en état de mobilisation exceptionnelle pour répondre au renforcement de la sécurité », informe la Préfecture de l’Essonne. « La DDSP a mobilisé l’ensemble de ses effectifs, des rappels de personnels ont été décidés pour renforcer les commissariats et unités du département afin d’assurer la surveillance renforcée des points sensibles », ajoute l’organe préfectoral. Outre une compagnie supplémentaire de CRS, les différents commissariats de l’Essonne s’organisent pour déployer de nouveaux renforts. « Des réunions sont en cours à propos des effectifs de police », affirme le premier adjoint d’Athis-Mons, Antoine Guiseppone à ce sujet. Même chose au commissariat de Juvisy dont dépend Viry-Châtillon. « Des patrouilles en renfort circulent 24h/24 sur le secteur de Juvisy/Viry-Châtillon, confirme Jean-Marie Vilain. Le poste de police de Viry qui est ouvert trois demi-journées sera complètement fermé jusqu’à la fin de la semaine. Le personnel de ce poste est parti agrémenter les patrouilles sur le terrain. C’est un des moyens les plus efficaces à mon sens ».

Dans la partie rurale du département, les zones contrôlées par la gendarmerie nationale ont fait appel « à des réservistes départementaux » pour garantir la plus grande sécurité, assure la Préfecture de l’Essonne.

Ces contingents supplémentaires devront assurer un renforcement nécessaire de la vigilance au sein de différents secteurs, comme celui des transports notamment. Également, les grands centres commerciaux seront particulièrement surveillés. « Des contrôles des flux et des fouilles des personnes se trouvant dans les lieux concernés seront effectués », garantit la Préfecture. Le Préfet Bernard Schmeltz s’est d’ailleurs déplacé personnellement au centre commercial d’Évry 2 pour y rencontrer les responsables, évoquer avec eux la mise en œuvre de ces directives, et évaluer l’application effective sur le terrain des différentes mesures. En cette période de solde, les lieux sont quadrillés depuis mercredi par de nombreuses patrouilles de police.

Au niveau des communes, les maires ont également fait passer leurs directives aux équipes de la police municipale. « Nous travaillons sur un redéploiement des horaires de la municipale pour avoir un maximum de passages auprès des établissements scolaires au moment des entrées et sorties, récapitule Jean-Philippe Dugoin-Clément, le maire de Mennecy. Les équipes circuleront un peu moins la nuit et renforceront le nombre de trajets le jour ». Même constat plus au nord. « J’ai demandé à ce que la PM soit présente en uniforme devant les écoles. Le but est de montrer que nous sommes présents et attentifs », souligne le maire de Viry-Châtillon qui était personnellement devant les écoles ce jeudi 8 janvier.

A l'image du collège, les écoles sont entourées de barrières à Saint-Germain-lès-Corbeil. (JL/EI)

A l’image du collège, les écoles sont entourées de barrières à Saint-Germain-lès-Corbeil. (JL/EI)

« Ne pas terrifier les populations »

L’objectif du Plan Vigipirate est donc clair : assurer la sécurité des citoyens. Seulement, un tel dispositif peut parfois apeurer les populations. « Il y a certaines précautions à prendre, tempère Jean-Marie Vilain. Dans un premier temps, cela rassure les habitants, même s’il ne faut pas en faire de trop. Avec les drames de Charlie Hebdo et de Montrouge, nous pouvons toujours être inquiets. Quand la pression retombera quelque peu, nous pourrons assouplir si nécessaire. Mieux vaut faire le maximum dans un premier temps ».

Une vision que nuance Jean-Philippe Dugoin-Clément. Pour l’édile menneçois, l’objectif n’est « pas d’entrer dans une logique de rajouter de la panique à la trouille. Si les gens ne vivent plus, ce sont les criminels qui auront gagné ».

Pour l’instant, il est encore impossible de savoir combien de temps le Plan Vigipirate demeurera à son niveau maximal. Son évolution suivra à coup sûr celui de l’enquête en cours.