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La rédaction d’Essonne Info est en deuil aujourd’hui. En tant que journalistes mais plus encore comme citoyens, nous avons accueilli comme un choc le drame survenu ce mercredi 7 janvier au matin. L’équipe du journal satirique Charlie Hebdo a été complètement décimée par un commando armé. Douze personnes se sont faites tuées, dont deux policiers dans l’exercice de leurs fonctions.

Indignation, colère, tristesse… les mots manquent pour décrire le sentiment qui traverse chacun de nous, bouleversés par le meurtre de personnalités majeures de la presse française. Les dessinateurs Honoré, Tignous sont morts, ainsi que le directeur de l’hebdomadaire et célèbre caricaturiste Charb, dont les dessins illustraient les manifestations et coups de gueule citoyens qu’il savait saisir comme personne.

Wolinski, c’est 50 ans d’images qui décrivent notre société française et ses moeurs. Une perception de génie des évolutions de nos époques et de celles de nos parents. Un humour frais et à la fois censé qui fait désormais partie intégrante de notre patrimoine du XXè siècle. Un travail regroupé dans une magnifique exposition à la Bibliothèque François Mitterrand il y a de ça deux ans, qui espérons-le sera de nouveau présentée pour l’intérêt historique et artistique de son oeuvre.

Et que dire de Cabu, sinon que nous perdons une plume majeure de la presse du pays. Un trait sans pareil pour décrire les atermoiements de la politique française et les grands sujets d’actualité. Des dessins réguliers et toujours pertinents dans Charlie et le Canard, tellement attendus qu’on en vient à connaître les périodes de vacances du bonhomme, tant il décryptait avec humour les titres de nos journaux. Sa famille ayant du subir le deuil de son fils et artiste Mano Solo, mort en janvier 2010, nos pensées les accompagnent particulièrement.

Tout comme elles accompagnent les proches de Frédéric Boisseau, Michel Renaud, Moustapha Ourad et Elsa Cayat, assassinés dans les locaux du journal. Nous ne pouvons bien évidemment pas oublier les familles des deux fonctionnaires de police morts dans l’exercice de leurs fonctions. Franck Brinsolaro, présent dans les locaux au titre du Service de protection des hautes personnalités, est tué à 49 ans, il était le père d’un enfant en bas âge. Policier dans le XIè, Ahmed Merabet est mort ce jour à l’âge de 42 ans. Il a été tué dans la rue en tentant d’arrêter les auteurs du massacre en fuite.

La disparition de Bernard Maris dit « Oncle Bernard », chroniqueur au journal et économiste de renom est une immense perte pour la vitalité intellectuelle et le débat sur les enjeux économiques de notre pays et de l’Europe. Membre du Conseil scientifique d’Attac, l’association altermondialiste, il était devenu une voix incontournable des critiques aux politiques d’austérité et pour la mise en place de démarches innovantes en matière économique.

Il s’agit d’un assassinat politique. Oui c’est politique, car être journaliste, c’est être engagé. Ceux de Charlie le savaient, et leurs assassins aussi. Ils ont voulu faire taire un journal, une rédaction qui fait son travail, que cela nous plaise ou non : sans autre arme que l’humour et la caricature. Si certaines publications ont pu blesser et recevoir légitimement des critiques, rien, non rien ne justifie une telle exécution. Cette barbarie n’a pour seul objectif que de tenter de déstabiliser notre pays, nous faire tomber dans la psychose et déclencher une « guerre » contre nos libertés.

A n’en pas douter cette attaque est bien dirigée contre notre République, notre patrie, notre vivre-ensemble, notre société, notre modèle et nos valeurs. Elle vise au replis sur soi, la peur de l’autre et à exacerber les tensions entre Français. Croyez bien que les exécutants comme les commanditaires de ce sinistre acte n’attendent que ça. Nous devons aujourd’hui faire front. Plutôt que de tomber dans le conflit comme le souhaitent ces barbares, il faut dépasser l’affect et plus que tout continuer le travail de Charlie Hebdo. Résistons aux sirènes des extrêmes, dans cette période où règne une certaine obscurité et où un climat nauséabond est entretenu.

Lors d’une émission télé, Oncle Bernard disait il y a quelques années: « le moyen de domination des humains c’est l’insécurité. C’est de dire : tu ne sais pas de quoi sera fait demain… non pas demain, mais même l’heure suivante. Et c’est vrai que ce monde est un monde d’insécurité extraordinaire, et que l’insécurité est un moyen de maintenir les gens sous la botte. Et les gens peureux sont des gens faibles, hélàs ».

En ce temps de deuil et d’hommage, souvenons-nous du travail réalisé par ces journalistes, dessinateurs, puis donnons du sens à leur engagement en poursuivant leur combat. Nous sommes tous responsables de ce qu’il adviendra de notre société. Résistons. Résistons à la peur, à l’amalgame, comme ceux de Charlie l’auraient voulu. Alors que certains utilisent déjà ce drame en appelant à la haine, nous encourageons chaque Essonnien à se rendre sur Paris samedi ou dimanche, pour les manifestations organisées par les associations et partis qui luttent contre la violence, toutes les formes de racisme, et les discriminations.

Julien Monier
Rédacteur en chef d’Essonne Info