Élections au Québec : L’immigration devient un sujet de débat politique alors que les partis s’affrontent sur la « capacité ».

MONTRÉAL – Le chef d’un important groupe d’employeurs du Québec affirme qu’une campagne électorale n’est pas le moment d’avoir une discussion sérieuse sur l’immigration.

Les slogans de campagne et les messages politiques ne sont pas adaptés à des conversations rationnelles sur la façon dont les nouveaux arrivants contribuent positivement à l’économie, a déclaré Karl Blackburn, président-directeur général du Conseil du patronat du Québec, lors d’une récente entrevue.

« Nous sommes tout à fait conscients qu’il s’agit de questions délicates, notamment en ce qui concerne la langue « , a ajouté M. Blackburn.

Mais trois semaines après le début de la campagne, les chefs de partis n’ont pas hésité à mettre l’immigration au centre de la campagne québécoise. Le débat a jusqu’à présent été superficiel, axé sur les chiffres – les partis ont été accusés de se surpasser les uns les autres avec des objectifs d’immigration – et sur le concept ambigu de la « capacité d’intégration » des nouveaux arrivants dans la province.

Le chef de la CAQ, François Legault, a maladroitement lié l’immigration à la  » violence  » et à l' » extrémisme  » – commentaires qu’il a repris – et quelques jours plus tard, il a déclaré à une foule en campagne que l’immigration non francophone est une menace pour la  » cohésion nationale  » dans la province. Au cours du débat des chefs de jeudi soir, M. Legault a prévenu que si le Québec n’obtient pas plus de pouvoirs en matière d’immigration, il pourrait se retrouver comme la Suède, qui est aux prises avec une vague de criminalité liée à l’immigration.

Blackburn, quant à lui, affirme que le Québec a la capacité – et a désespérément besoin – d’accepter jusqu’à 100 000 immigrants par an afin de remédier aux pénuries de main-d’œuvre qui affectent négativement la qualité, le prix et la disponibilité des biens et des services à travers le Québec. Ce chiffre est impossible à atteindre pour M. Legault, dont le parti a une avance considérable dans les sondages et qui veut maintenir le nombre d’immigrants à 50 000 par an – le maximum, dit-il, pour que le Québec puisse s’intégrer correctement et enseigner le français.

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Les politologues et les économistes affirment toutefois qu’aucune recherche n’offre de réponse définitive à la question de savoir combien d’immigrants une société – y compris le Québec – peut accueillir.

Pour Pierre Fortin, professeur émérite d’économie à l’Université du Québec à Montréal, le chiffre avancé par Blackburn est « farfelu » et entraînerait un « chaos administratif » dans la société. Augmenter les niveaux d’immigration à plus de 80 000 par année, dit-il, risque de créer de la  » xénophobie et du racisme  » envers les immigrants et de pousser les électeurs dans les bras de ceux qui réduiraient de façon drastique le nombre de nouveaux arrivants dans la province.

Mais Mireille Paquet, professeur de sciences politiques à l’Université Concordia, a fortement contesté cette théorie, ajoutant que les recherches ne sont pas concluantes.

« Ce que nous savons avec certitude, a-t-elle dit, c’est que ce qui provoque la réaction brutale (contre les immigrants) n’est pas, en soi, le nombre d’immigrants, mais le sentiment d’insécurité dans la population non immigrée, et ce sentiment peut être suscité par les politiques publiques, comme la réduction des services sociaux… c’est quelque chose que les politiciens peuvent aborder », a-t-elle déclaré dans une interview récente.

Selon Mme Paquet, l’idée qu’il existe une « capacité d’intégration » limitée est souvent présentée par les restrictionnistes et les personnes de droite comme une raison de limiter l’immigration. Le débat, dit-elle, ne devrait pas porter sur le taux d’arrivée ou le nombre d’immigrants annuels, mais sur ce que le gouvernement va faire pour atténuer le sentiment d’insécurité de la population locale.

« Cela dépend aussi de ce que nous attendons de l’intégration », a-t-elle dit. « Qu’est-ce qu’une bonne intégration ? Cela a changé au fil du temps, et cela continuera à changer. »

Le débat sur l’immigration au cours de la campagne électorale a également porté sur la question de savoir si un plus grand nombre de nouveaux arrivants aiderait à résoudre les pénuries de main-d’œuvre qui affligent la province.

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Le chef du Parti québécois, Paul St-Pierre Plamondon, affirme que ce n’est pas le cas et promet de réduire l’immigration à 35 000 par an et de n’accepter que les personnes qui parlent déjà français. Le chiffre des libéraux est de 70 000 nouveaux arrivants par an, et Québec solidaire dit vouloir accepter jusqu’à 80 000 immigrants par an afin d’avoir suffisamment de personnes pour aider à construire ses ambitieux projets sur les changements climatiques.

Fortin est catégorique : les immigrants ne règlent pas les pénuries de main-d’œuvre, mais pourraient même les exacerber. Même si une entreprise résout ses problèmes de main-d’œuvre en embauchant des étrangers, dit-il, ces nouveaux arrivants chercheront à dépenser de l’argent, à consommer des services et des produits, à obtenir des soins de santé et à inscrire leurs enfants à l’école.

Ces dépenses supplémentaires créent une demande et exigent une plus grande production de la part des entreprises québécoises, a dit M. Fortin. « Vous résolvez une pénurie dans un domaine et elle réapparaît dans un autre ».

Sa solution, cependant, n’est pas politiquement acceptable – surtout en période de campagne électorale. La seule façon de résoudre les pénuries de main-d’œuvre, dit-il, est d’augmenter le chômage.

Pour sa part, M. Blackburn demande au parti qui l’emportera le 3 octobre de convoquer un forum avec les parties prenantes afin de discuter – de façon calme, factuelle et rationnelle – de la meilleure façon de remédier aux pénuries de main-d’œuvre qui, selon lui, causent des pertes de plusieurs milliards de dollars aux entreprises de la province.

« Nous ne devrions pas considérer les immigrants comme des consommateurs de services publics », a déclaré M. Blackburn. « Ils sont ici pour contribuer à la vitalité économique du Québec ».

Ce reportage de La EssonneInfo a été publié pour la première fois le 19 septembre 2022.

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