A un an de la conférence mondiale sur le climat de Paris, Essonne Info a pu visiter les locaux du Laboratoire des sciences du climat et de l’environnement. Cet institut de pointe du Plateau de Saclay est reconnu pour l’excellence de ses recherches.

Les scientifiques créent des modélisations du climat sur des centaines de milliers d'années. (MM/EI)

Les scientifiques créent des modélisations du climat sur des centaines de milliers d’années. (MM/EI)

Parmi toutes les disciplines de recherche qui existent en Essonne, il y en a une qui est particulièrement dans l’actualité ces derniers temps. Quelques semaines après la publication du rapport du Giec, le groupe international des experts sur le réchauffement climatique, et au sortir du sommet préparatoire de Lima, Météo France annonce que l’année 2014 aura été la plus chaude enregistrée depuis plus d’un siècle..

C’est dans ce contexte que la France s’apprête à accueillir (fin 2015) le sommet mondial sur le climat, qui prend la suite de Copenhague 2009, dans l’espoir affiché de trouver un accord entre les principales nations sur des réductions des émissions de gaz à effet de serre. Le constat est désormais clair : les conséquences actuelles et à venir du réchauffement climatique du aux activités de l’Homme doivent faire réagir l’ensemble des pays industrialisés.

A l’origine de la compréhension de ces enjeux climatiques, on retrouve les multiples analyses scientifiques, construites aux quatre coins du monde dans des laboratoires dédiés au climat, associés au sein du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC). En France, le Laboratoire des sciences du climat et de l’environnement – LSCE – fait partie de ces instituts à la pointe de la recherche mondiale.

Située sur le plateau de Saclay dans la zone de l’Orme des Merisiers, il s’agit d’une unité mixte de recherche du Commissariat à l’énergie atomique (CEA), du CNRS (avec une antenne au sein du complexe de Gif), et de l’université Versailles-saint-Quentin. Installé au sein de modestes locaux datant des années 50, le laboratoire espère monter en puissance dans les années à venir quand le projet d’Institut du climat et de l’environnement – ICE – verra le jour.

Institut du climat

Ce spectromètre de masse tri les atomes et les molécules en fonction de leur masse, pour des analyses très précises des sédiments (MM/EI)

Membre de l’institut Pierre-Simon de Laplace avec cinq autres laboratoires, le LSCE concentre la recherche de pointe sur le climat, comme nous avons pu nous en rendre compte lors d’une visite. Avec 300 salariés et chercheurs, répartis sur deux sites, ce laboratoire est composé d’une vingtaine d’équipes de recherche,qui travaillent néanmoins en lien sur plusieurs thématiques.

L’évolution du climat sur plus de 800 000 ans

Comme le résume François Marie-Breon, responsable de l’unité de l’Orme des Merisiers, son laboratoire « étudie le paléoclimat, la composition de l’atmosphère et effectue des modélisations sur le climat. Il est partie-prenante du Giec ». Chercheurs, doctorants, ingénieurs s’affairent donc à comprendre et décrypter les évolutions du climat, en remontant à des époques très lointaines, comme en observant à l’instant T la composition de l’air ambiant.

Sur place, une équipe effectue des relevés atmosphériques, en lien avec les réseaux de surveillance aérobiologique. En clair, les appareils mesurent les particules de Co2 présentes dans l’air, et sont capables de déchiffrer la pollution qui s’installe, mais aussi les niveaux de pollen et de graminées. « Il y a quelques semaines on a retrouvé une petite quantité de souffre, grâce à sa signature chimique, cela venait d’une éruption en Islande » illustre Roland Sarda-Esteve, qui travaille sur le monitoring de l’installation.

Concernant la recherche sur le climat, le laboratoire s’est spécialisé dans l’étude et le recueillement d’informations datées de plusieurs millénaires. Alain Mazaud est ce qu’on appelle un « paléoclimatologue ». Il étudie depuis des années les variations climatiques passées, grâce à des données sur le climat qui remontent à plusieurs ères glacières. L’exploitation de ces informations permet de mesurer sur un très long terme l’évolution de la température sur terre, ainsi que dans la mer.

Le meilleur moyen de recueillir les informations sur ces temps anciens, est d’effectuer des relevés sous la forme de carottage. Dans la glace des pôles ou bien dans les sédiments accumulés au fond des océans, des équipes remontent des tubes de 40 mètres de profondeur, « que l’on coupe ensuite tous les 1,5 mètres » avant d’être transportés en bateau pour être étudiés. C’est à bord du Marion Dufrenne, qui ravitaille les îles de l’océan indien pour la France, que des équipes du LSCE embarquent. Les chercheurs profitent des rotations du bateau pour sélectionner des sites où creuser, et ainsi récupérer les sédiments marins.

L’ empreinte de l’Homme confirmée

D’autres carottes, celle-ci de glace, sont acheminées depuis l’Antartique. « Et nous pouvons aussi récupérer des données dans les cernes d’arbre ou encore les stalagmites » ajoute Alain Mazaud. L’étude des carottes de glace « permet de voir le rapport entres les températures et l’atmosphère au dessus de l’Antartique, en analysant les bulles d’air comprimées ou isolées, on voit la quantité de méthane, de Co2 emprisonnés dedans » explique le spécialiste. Les échantillons sont placés dans un spectromètre de masse qui sépare les molécules pour ensuite mieux les analyser. « Ce sont des mesures sur des quantités de gaz microscopique » ajoute François Marie-Breon.

Avec l’assemblement des données et les projections réalisées, les chercheurs sont en capacité d’affirmer que l’on est sortis des variabilités de millions d’années du climat, avec l’empreinte certaine de l’Homme sur le réchauffement climatique, « ce en quelques dizaines d’années » note Alain Mazaud. D’autres équipes du LSCE travaillent en parallèle sur des modélisations du climat, « selon différents scénarios » ajoute-t-il. Cela permet d’évaluer les conséquences prévisibles des changements climatiques, dans les zones tempérées comme au niveau des pôles.

Et de nourrir les débats qui traversent aujourd’hui notre société. Si la prise de conscience citoyenne semble de mise chez un grand nombre de personnes, beaucoup de pas restent à faire vers des changements radicaux mais nécessaires à venir pour nos modes de vie, sur une planète où les ressources sont limitées, et où le changement climatique impacte déjà très concrètement certaines régions du monde.

Institut du climat

Alain Mazaud pose devant les carottes de sédiments sur lesquelles travaille son laboratoire (MM/EI)

Photographies : Mathieu Miannay