La désignation des communes essonniennes qui bénéficieront des programmes du nouvel ANRU ouvre une nouvelle ère en matière de géographie prioritaire. Les collectivités peaufinent leur « Contrat de ville » pour obtenir les crédits permettant de rénover les quartiers les plus en difficulté.



La loi de Programmation pour la Ville et la Cohésion urbaine du 21 février 2014 a confié à l’ANRU (Agence nationale de rénovation urbaine) la réalisation du Nouveau Programme National de Renouvellement Urbain (NPNRU). Cette loi portée par François Lamy opère une refonte de la carte de la géographie prioritaire, en fixant les principes et objectifs de la nouvelle politique de la ville.

Ce sont 5 milliards d’euros qui sont fléchés par l’Etat pour les 10 prochaines années, pour un total espéré de 20 milliards d’euros de dépenses sur ces quartiers, en prenant en compte les partenaires. Une deuxième phase donc, pour la politique de rénovation urbaine, après le premier ANRU en vigueur de 2003 à 2013. A l’époque, le programme porté par Jean-Louis Borloo veut mettre le paquet sur la rénovation du bâti, en réservant des millions d’euros aux destructions-reconstructions. « A l’époque j’étais circonspecte, car les démolitions peuvent produire des traumatismes. Ce qui était valable à Valenciennes allait-il fonctionner? » se rappelle Evelyne Bouzzine, la directrice du Centre de ressources Politique de la Ville en Essonne (CRPVE). Mais après 10 ans de programmes urbains d’ampleur, la responsable du centre qui accompagne les professionnels de la rénovation urbaine se dit aujourd’hui « globalement satisfaite » du travail réalisé grâce à l’ANRU. « On voit bien l’effet qu’a produit la réhabilitation de certains quartiers, prenez le Noyer Renard d’Athis-Mons qui a changé d’image, poursuit-elle, agir sur le bâti et le logement redonne de la dignité ».

Un constat partagé par Joël Mathurin, le nouveau préfet délégué à l’Egalité des chances en Essonne (il est en poste depuis novembre 2014), qui a la charge de suivre les projets de rénovation urbaine dans le département : « on voit que les politiques sont efficaces, comme aux Tarterêts qui ont énormément changé, ou le Vieillet à Quincy qui est quasiment fini dans sa réhabilitation ». En mettant toutefois un bémol sur « les questions de cohésion sociale » où selon lui, « le bilan est plus que mitigé ». L’ANRU 1 aura vu de 2003 à 2013 les investissements de l’Etat se monter à 600 millions d’euros pour les quartiers de l’Essonne (2,3Mds au total).

Moins de saupoudrage

En élaborant la nouvelle politique de la ville pour prendre la suite de l’ANRU, l’Etat et le gouvernement ont décidé d’une approche transversale des enjeux liés à l’emploi, à la cohésion sociale et à l’environnement urbain dans les quartiers de la géographie prioritaire. Il est surtout annoncé un meilleur ciblage des crédits, en arrêtant ce que beaucoup appellent le « saupoudrage ». C’est ainsi qu’en juin dernier, 1300 quartiers prioritaires sont venus remplacer 2500 quartiers jusque là classés en CUCS (Contrat urbain de cohésion sociale). « Au total ce sont 24 communes concernées en Essonne pour 58 quartiers identifiés » indique Joël Mathurin.

Après le vote de la loi de Programmation pour la ville du 21 février 2014, le Nouveau programme national de renouvellement urbain (NPNRU) a été fixé sur 200 quartiers, ceux présentant de gros dysfonctionnements urbains et concentrant la pauvreté. L’effort public doit se concentrer sur ces quartiers prioritaires de la politique de la Ville, avec une mobilisation prévue de 5 Milliards d’euros en dix ans pour le pays (20Mds au total). Si le montant alloué aux huit quartiers nouvellement concernés* dans le département n’est pas encore connu pour les prochaines années, les territoires sont en ébullition pour définir les projets de rénovation à venir dans ces quartiers.

Concrètement, les programmes vont se poursuivre dans un certain nombre de quartiers déjà concernés par les précédents programmes de rénovation urbaine. C’est le cas à Grigny-Viry pour le quartier de la Grande Borne ainsi qu’à Grigny 2. « La rénovation de la Grande Borne n’est pas terminée, et nous allons avoir l’OIN – Opération d’intérêt national – pour la copro de Grigny 2, les opérations vont pouvoir s’accélerer fin 2015 » veut croire Philippe Rio le maire de la ville. Le territoire continue à discuter en vue de formaliser son prochain contrat de ville avant l’été.

Entrée de Savigny et Brunoy

Les quartiers des Cinéastes à Epinay-sous-Sénart restent également dans la carte de la géographie prioritaire. Tout comme les Tarterêts à Corbeil-Essonnes. Concernant Evry, qui signait son contrat de ville début février (voir plus bas), les Pyramides et Bois Sauvage restent en zone prioritaire et vont poursuivre leur mutation, avec un travail sur le secteur des Miroirs, tandis que le Parc aux Lièvres ‎entre dans le nouveau programme. Deux quartiers font leur entrée dans la dynamique de rénovation urbaine. Il s’agit des Hautes-Mardelles à Brunoy, « un quartier très enclavé tout au bout de la ville et mal desservi » explique la déléguée du préfet sur le Val d’Yerres Laurence Iughetti. Et surtout, Grand Vaux à Savigny obtient enfin la labelisation prioritaire, après des années de déclassement de ce quartier enclavé derrière l’autoroute A6 (lire notre reportage).

Ces huit quartiers doivent par ailleurs être complétés d’une liste complémentaire établie à l’echelle de la région, dans laquelle devraient figurer quelques uns des 58 quartiers en politique de la Ville du département. Le tout est piloté à l’échelle des agglomérations, qui deviennent les territoires références en matière de politique de la Ville. C’est ainsi que « 11 contrats de ville » doivent être signés sur le département selon Joël Mathurin, chacun regroupement l’ensemble des acteurs de ces territoires, collectivités, Etat et bailleurs principalement. « Ces contrats de ville sont la base de travail, les partenaires se fixent des objectifs en commun, et déterminent les actions qu’ils vont mener en terme de rénovation, d’emploi, de cadre de vie ou de cohésion sociale » résume le préfet délégué à l’Egalité des chances.

02

La signature du contrat de ville de l’agglomération d’Evry le 14 février dernier (JM/EI)

Et le premier territoire à avoir signé son contrat de ville n’est autre que l’agglomération d’Evry centre Essonne, en présence de quatre ministres dont le premier d’entre eux et ancien maire d’Evry Manuel Valls. Une signature symbolique, intervenue au siège de l’agglomération le 14 février dernier. Il s’agit pour le maire d’Evry et président de l’agglo Francis Chouat du « couronnement d’un travail intense » du site d’Evry désigné comme préfigurateur dès 2013. Un plan d’action est décliné sur l’ensemble du territoire concerné par le zonage en politique de la Ville. Outre la plupart des quartiers de la ville nouvelle d’Evry, sont inscrits le Canal à Courcouronnes et le Plateau à Ris-Orangis. « Nous voulons changer de braquet, d’échelle, en allant plus vite et plus loin » annonce Francis Chouat, qui illustre son propos par plusieurs objectifs phares comme « le regroupement des bailleurs » actuellement au nombre de 28, ou « l’ajout d’une clause sociale dans les marchés publics ». Dans la lignée des déclarations du Premier ministre, le maire d’Evry décrit le contrat de ville comme « un concentré d’initiatives républicaines ».

Une substitution au droit commun?

Parmi les gros travaux à attendre, une « requalification complète » de la place des Miroirs, la station de bus et les bassins dans le quartier des Pyramides, tout en poursuivant la rénovation du secteur Jules Vallès. Pour le Parc aux Lièvres, c’est une « démolition » de la dalle ainsi que des immeubles du parc social attenant qui est dans les cartons, dans un projet plus large de quartier jusqu’au secteur du Bras de Fer et de l’hôpital Sud-francilien. Le contrat de ville porte ainsi sur de multiples sujets concernant le quotidien des habitants. Outre tout ce qui a trait au bâti et à l’urbain, l’accent est mis sur « le peuplement et la cohésion sociale » indique Joël Mathurin. Les thématiques de l’éducation, la santé, la citoyenneté et la sécurité sont développées avec des engagements de chacun des acteurs. En matière de développement économique par exemple, la Chambre de commerce parie sur des dispositifs comme Réussir en banlieue. « On va aller chercher dans les quartiers, les personnes qui ont envie d’entreprendre. Il faut casser les barrières, et aider avec nos outils celles et ceux qui veulent avancer » avance le président de la chambre consulaire Philippe Lavialle.

Question soulevée cependant, celle de la cohérence de tous ces dispositifs prioritaires avec les politiques de droit commun. Ces dernières font l’objet de critiques ici et là, notamment lorsque des services publics quittent certains territoires, participant à les reléguer par manque d’équipements et de services. Le maire de Ris-Orangis Stéphane Raffalli s’est ainsi dit « en colère » de voir disparaître le centre de Sécurité sociale présent sur sa commune, dans le cadre d’une réorganisation départementale (lire notre article). Même situation à la Grande Borne à Grigny où la Poste n’a pas rouvert ses portes. Une certaine incohérence entre les moyens mis dans la politique de la Ville et les réalités vécues sur de nombreux territoires en matière de perte de services publics de proximité, que ne conteste pas le préfet délégué : « c’est le challenge, nous devons veiller à ce que la politique de la Ville ne soit pas une substitution à ce qu’il manque mais une addition des moyens » explique Joël Mathurin.

  • Notre reportage : « A Grand Vaux, tous les souhaits sont permis »
  • Parmi les nouveaux principes accompagnant la nouvelle Politique de la ville : la création des conseils citoyens, afin d’assurer une réelle participation des habitants au processus de rénovation urbaine. Un sujet à retrouver ce vendredi 27 février sur Essonne Info.

*Corbeil-Essonnes – Les Tarterêts, Épinay-sous-Sénart – Les Cinéastes, La Plaine, Brunoy – Les Hautes Mardelles, Evry – Les Pyramides, Miroirs, Bois Sauvage – Parc aux Lièvres, Grigny / Viry-Chatillon – Grande Borne, Grigny – Grigny 2, Savigny-sur-Orge – Grand Vaux (source ministère de la Ville)