Marina, retraitée âgée de 64 ans, risque l’expulsion à la fin de la trêve hivernale. Ses enfants ont donc décidé de se mobiliser en lançant un appel aux dons sur des plateformes de financements participatifs afin de solder les dettes de leur mère. Essonne Info a rencontré Elisabeth, une des filles de Marina.

La vie est parfois loin d’être un long fleuve tranquille. Et Marina, originaire de l’Aube, va l’apprendre à ses dépens au gré de nombreuses années de violences conjugales et de galères financières. Aujourd’hui mère de huit enfants dont trois sont encore à sa charge, elle tente de faire face, en dépit d’un avis d’expulsion et de dettes qui s’élèvent à hauteur de 15 000 euros.

Entre violences domestiques et difficultés financières.

« Les problèmes d’argent, c’était notre quotidien », raconte Elisabeth, à l’initiative du projet d’appel aux dons, aujourd’hui âgée de 34 ans. Mais pas seulement. Pendant plus de dix ans, la violence s’installe également dans ce quotidien. Après l’échec d’un premier mariage, Marina va rencontrer un homme qui lui fera subir le pire. « J’ai vu ma mère se recevoir une planche à repasser dans le ventre alors qu’elle était enceinte », se souvient Elisabeth avant de poursuivre : « Parfois, pour éviter cette montée en puissance dans la violence, on allait dehors, on errait, on dormait même ailleurs de temps à autre ». Jusqu’à ce qu’enfin, Marina trouve la force et le courage de quitter cet homme violent.

En 1989, elle s’installe à Grigny, dans un logement social. Mais en 1991, elle est licenciée et ne parvient pas à retrouver un travail. Huit ans plus tard, la vision des coups a raison de la patience d’Elisabeth, qui à seulement 19 ans, met son beau-père à la porte. Le temps passe et le poids des difficultés financières se fait de plus en plus pesant. A 60 ans, Marina est désormais retraitée. 1200 euros par mois, mais elle vit encore avec trois enfants à charge. Et même si chacun met la main à la patte, les retards de loyers et les factures s’accumulent.

A tel point qu’en avril tout bascule. Marina reçoit un avis d’expulsion. Elle va alors frapper à toutes les portes pour tenter de trouver une solution en urgence. Par chance, après de veines promesses tenues par des élus locaux, elle reçoit le soutient du député Malek Boutih et parvient à lever son avis d’expulsion. Toutefois, Marina le sait, cette victoire est temporaire. A la fin de la trêve hivernale, en avril prochain, son avenir sera une fois de plus remis en question. Consciente qu’elle ne peut s’en sortir seule, elle va alors avouer à ses enfants la situation critique dans laquelle elle se trouve.

Le financement participatif comme cheval de bataille

« Quand j’ai appris la nouvelle en avril, je me suis dit qu’on ne pouvait pas vivre comme si de rien n’était tout en sachant que toutes les semaines, notre mère allait au Secours Populaire pour avoir a manger », explique Elisabeth. D’autant plus que trois de ses frères étaient alors tout autant concernés par cette menace d’expulsion.

C’est en regardant un reportage sur le financement participatif qu’Elisabeth pense détenir la solution : « Une étudiante d’Amérique du Sud avait lancé un appel aux dons pour financer sa thèse, avec un objectif de 4 000 dollars qu’elle a d’ailleurs obtenus, et je me suis dit qu’on pourrait utiliser le même processus pour ma mère ». En accord avec l’ensemble de ses frères et sœurs, Elisabeth créée un compte sur lepotcommun.fr qu’elle partage sur une page Facebook au nom de sa mère. En l’espace de trois semaines, la page du projet a reçu pas moins de 1200 visites et généré 46 dons pour une somme totale s’élevant à 2930 euros le vendredi 12 décembre.

« J’ai été agréablement surprise par l’élan et ces 3 000 euros d’ores et déjà récoltés, même si l’argent nous vient tout de même essentiellement de proches ». Le but de l’initiative ? Atteindre la somme de 15 000 euros pour effacer entièrement les dettes de la mère d’Elisabeth pour « faire en sorte que sa retraite soit plus paisible que ces soixante-quatre dernières années ». En attendant l’échéance des dons déterminée pour le 31 mars, Elisabeth a créer un autre compte sur un autre site de financement participatif, gofundme.com, à portée internationale cette fois. Elle espère, comme ses frères et sœurs, que la générosité n’aura pas de frontières.