Alors que la nouvelle carte de l’éducation prioritaire sera présentée prochainement, la sortie de quelques établissements de ce dispositif inquiète le corps enseignant. Le collège Pasteur de Longjumeau et les quatre écoles qui lui sont rattachées pourraient notamment perdre les nombreux avantages que confère le statut de « prioritaire ».

Ecoles - Manifestation - Longjumeau

Dans le cadre de la réforme sur l’éducation prioritaire, la ministre de l’Éducation Najat Vallaud-Belkacem officialisera dans quelques jours la nouvelle carte des REP (Réseau d’Éducation Prioritaire). Les REP, qui ont remplacé les ZEP (Zone d’Éducation Prioritaire) à la rentrée 2014, regroupent de nombreux établissements scolaires français et de surcroît essonniens en leur sein. Octroyant une série d’avantages aux écoles, collèges et lycées faisant partie de ce programme, la nouvelle réforme risque de rebattre les cartes pour une partie de ces établissements. Une partie d’entre eux pourrait perdre le statut de « prioritaire ». En Essonne notamment, un collège et les quatre écoles qui lui sont rattachées devraient perdre ce label, tandis que la situation reste floue pour ce qui concerne l’avenir des lycées dits prioritaires.

Des changements, mais toujours 22 établissements concernés

À la rentrée 2014, le réseau d’éducation prioritaire regroupait pas moins de 22 collèges en Essonne. Pour la rentrée prochaine, le département comptera toujours 22 REP. Seulement, la répartition a changé, puisqu’un seul des 22 établissements ne fera plus partie de la prochaine carte des REP. Le collège Pasteur de Longjumeau va sortir de ce réseau et il sera remplacé par le collège Albert Camus de Ris-Orangis en 2015. Une vraie surprise pour le corps enseignant du collège et des quatre écoles qui lui sont rattachées, à savoir le groupe scolaire Albert Schweitzer, l’école maternelle Maryse Bastié, et l’école élémentaire Antoine de Saint-Exupéry. « Nous ne nous y attendions vraiment pas », confirme la directrice de l’école Saint-Exupéry Michèle Mary.

Ce qui expliquerait la décision de congédier du dispositif le collège Pasteur et les écoles du quartier Sud de Longjumeau serait les progrès enregistrés dans ces établissements. « Les résultats ont porté leurs fruits grâce aux moyens mis en place. C’est en tout cas de cette manière que l’Éducation nationale justifie son choix », indique Sophie Vénétitay, secrétaire de la section SNES-FSU de l’Essonne. « Bien sûr, nous entendons ces arguments avec notamment une mixité sociale plus forte, etc… mais, nous estimons que le collège Pasteur doit encore rester dans ce dispositif, car tous les critères ne sont pas encore au vert ».

L’équation n’est donc pas si simple d’autant plus que la secrétaire de la section SNES-FSU de l’Essonne estime également que le collège Camus de Ris-Orangis remplit lui aussi les critères pour intégrer les REP. « Nous en avons détecté plus que cela encore. Je pense au collège Montesquieu d’Évry ou encore le collège Nicolas Boileau à Saint-Michel-sur-Orge par exemple. Ils sont vraiment tout proche eux aussi de rentrer dans les 22. Seulement, comme l’enveloppe budgétaire des REP est bloquée à 22, l’académie ne peut en faire rentrer d’autres », regrette Sophie Vénétitay, ce qui la pousse à dire que « ce sont finalement les moyens qui déterminent l’enveloppe et plus les besoins ». « Longjumeau et d’autres établissements en pâtissent de cette logique », déplore un instituteur longjumellois.

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Longjumeau s’inquiète pour ses avantages

L’annonce de l’unique remplacement du collège Pasteur par l’établissement Camus de Ris-Orangis n’aura pas forcément été accueillie avec le sourire par les enseignants et les parents longjumellois. « La situation commence à aller mieux dans nos établissements et on choisit de nous retirer le statut d’éducation prioritaire. C’est comme si on nous coupait l’herbe sous le pied », constate l’une des directrices d’école du quartier Sud de Longjumeau.

En effet, la perte de ce label pourrait être préjudiciable pour les cinq structures de la commune. « Les avantages que nous offrent le REP, comme les effectifs réduits par classe, les demi-groupes, les avantages sur les prix lors des sorties pour les écoles ou encore le budget supplémentaire de fonctionnement alloué au collège, pourraient tous disparaître dès la rentrée prochaine », s’inquiète Gilles Lesauvage, CPE du collège Pasteur.

Et les déclarations de la ministre de l’Éducation nationale sur les ondes de RMC Info ce lundi 8 décembre concernant les établissements qui quittent les REP n’auront pas pour autant rassuré le corps enseignant. « Les sortants ne partiront pas comme ça d’une manière sèche, il y a des clauses de sauvegarde pour trois ans, affirmait Najat Vallaud-Belkacem. Ils n’ont pas à s’inquiéter outre mesure, car ils seront toujours autant suivi ». « Une annonce ne remplace pas une loi rédigée noir sur blanc, tacle Michèle Mary. C’est pourquoi nous continuons à émettre des réserves quant à la qualité du suivi ». Des interrogations relayées par la secrétaire de la section SNES-FSU de l’Essonne. « Suite à un nouveau mode de calcul des moyens pour la prochaine rentrée, le collège Pasteur bénéficiera de fonds pour préserver ses avantages que si et seulement si la dotation globale horaire augmente pour la prochaine rentrée. J’attends de voir ce que ça va donner en données chiffrées ».

Les grandes lignes du plan peuvent-elles encore bouger ?

Autres oubliés pour le moment de la nouvelle carte des REP : les lycées. Quatre lycées généraux et technologiques du département (Ndlr : Doisneau à Corbeil-Essonnes, Essouriau aux Ulis, Maurice Eliot à Epinay-sous-Sénart et Einstein à Sainte-Geneviève-des-Bois) « ne font plus partie de la liste, indique Sophie Vénétitay. Il n’y a aucune information sur eux. La crainte, c’est la sortie des lycées de l’éducation prioritaire ». Ce mardi 9 décembre, plusieurs mouvements de contestation ont d’ailleurs eu lieu sur le territoire au sein des différents établissements concernés par la nouvelle carte des REP. Même constat du côté de Longjumeau où le collège et les quatre écoles étaient en grève. Plusieurs dizaines de parents, professeurs et enfants étaient présents pour manifester leur mécontentement. « Il y a encore peut-être moyen pour nous de faire bouger les lignes. Voilà pourquoi nous nous battons », résume une des directrices d’école de Longjumeau.

Chaque établissement a promulgué une demande d’audience auprès de l’académie. Soutenus par la mairie et par la députée Nathalie Kosciusko-Morizet, les différents établissements de Longjumeau rencontreront vendredi 12 décembre l’Inspection académique pour évoquer l’avenir des différents sites. D’ici là, de nouvelles manifestations pourraient se produire avant la trêve des confiseurs.