Mardi 9 décembre, les élèves du lycée Baudelaire d’Evry et de Monge à Savigny-sur-Orge se sont réunis devant la Préfecture de l’Essonne pour apporter leur soutien à deux camarades risquant d’être expulsés du territoire.

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Ce mardi aura été une journée plus que mouvementée dans les cours du secondaire. Suite à la parution de la nouvelle carte du réseau d’éducation prioritaire (REP), de forts mouvements de contestation ont émergé dans quelques collèges et lycées du département. Élèves et professeurs des établissements concernés ont donc passé une partie de la journée dans la rue, pour protester contre ce projet.

Outre ces élèves et enseignants, d’autres lycéens étaient également dans les rues ce mardi 9 décembre. Ces élèves venant pour la plupart d’Evry et de Savigny-sur-Orge se sont d’ailleurs donné rendez-vous devant les grilles de la Préfecture de l’Essonne dès 8h30 du matin. Que nous vaut ce rassemblement matinal s’il ne s’agit pas de protester contre le nouveau REP ? Il s’agit en fait de soutenir deux lycéens qui ont reçu une OQTF, comprenez une obligation de quitter le territoire français.

Un risque d’expulsion à tout moment

Ce mardi 9 décembre au matin, l’avenue qui jouxte la Préfecture d’Évry était noire de monde. Entre 200 et 300 jeunes l’ont prise d’assaut pour défendre deux de leurs camarades. Massaman et Mohammed-Arselane, respectivement scolarisés à Baudelaire et au lycée Gaspard Monge sont susceptibles d’être renvoyés vers leur pays d’origine à tout moment. Comment ces deux jeunes en sont arrivés là ? « Après avoir entrepris des démarches pour renouveler mon dossier et pour demander une nouvelle carte de séjour, j’ai reçu un courrier en recommandé de la Préfecture fin novembre disant que j’étais obligé de quitter le territoire français  sous un délai de 30 jours, à compter de la réception de cette dernière lettre », relate Mohammed. La lettre étant reçue le 24 novembre dernier, « l’expulsion peut arriver à tout moment », s’inquiète-t-il. Même constat pour Massaman qui n’a pu renouveler son dossier à l’image de Mohammed.

Après avoir pris connaissance de ce qui allait lui arriver, le lycéen qui suit des cours au lycée Gaspard Monge de Savigny a immédiatement alerté l’assistante sociale de son établissement qui l’a orienté vers le Réseau éducation sans frontières (RESF). « Le préfet considère qu’ils ne sont pas en France depuis suffisamment longtemps. Or, il y a une circulaire du 28 novembre 2012 de Manuel Valls qui dit qu’un jeune arrivé en France avant ses 16 ans, qui a été scolarisé deux ans avant ses 18 ans et qui vit avec un de ses parents peut prétendre à avoir des papiers français. C’est le cas de ces deux élèves. Pourquoi n’ont-ils pas de titre de séjour », s’insurge Nadia Nguyen Quang, de RESF. « Nous entrons dans les critères requis, explique Massaman, actuellement en première au lycée Baudelaire. Je ne comprends pas pourquoi on me demande de rentrer en Afrique. D’autant plus que toute ma famille est ici ».

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Un réexamen des dossiers ?

Dès lors que le réseau éducation sans frontières s’est mis en action, un élan de solidarité s’est créé autour de ces deux jeunes. Si bien que ce mardi matin, près de 300 lycéens étaient présents pour manifester devant la Préfecture, aux côtés de personnalités politiques notamment. « Nous sommes derrière eux de tout cœur, car c’est inconcevable de voir ce qu’il leur arrive. Ils ont une situation en France, une vie sociale ici avec de nombreux amis, en témoigne la forte présence des lycéens aujourd’hui », remarque le vice-président du Conseil général Bruno Piriou. Des propos relayés par les nombreux lycéens qui ont fait le déplacement. « Massaman est un élève qui est correct à l’école. En plus, c’est un formidable athlète qui veut faire partie de l’équipe de France d’athlétisme », garantit un jeune. « Mohammed est un très bon élève très consciencieux. Il est très intégré à la société », assure une autre lycéenne.

Pourtant, malgré cette manifestation de soutien, la Préfecture en reste au fait de départ. « Les demandes des étrangers en situation irrégulière qui sollicitent leur admission exceptionnelle au séjour font l’objet d’un examen approfondi, objectif et individualisé. Dans les cas où les critères ne sont pas remplis, le préfet notifie au demandeur un refus d’admission au séjour assorti d’une obligation de quitter le territoire français dans le délai de 30 jours », commentent les autorités pour cette affaire qui ne serait donc pas recevable selon l’organe préfectoral.

Après avoir demandé le réexamen de leur dossier « à de nombreuses reprises », confirme Mohammed, le comité de soutien des deux jeunes élèves sans-papiers a finalement pu obtenir un rendez-vous avec le Préfet pour tenter de trouver un accord sur ce sujet. Une rencontre est ainsi prévue pour le 18 décembre prochain. Mais d’ici là, « hors de question de crier victoire. Nous allons continuer le combat », scandent en cœur les membres de RESF et les camarades de classe de Mohammed et Massaman.