Nouveau rebondissement à Saintry-sur-Seine. Après un nombre incommensurable de dépôts de plainte, des élus « frondeurs » en appellent au Préfet pour qu’il clarifie la situation de la commune. Certains d’entre eux n’hésitent plus à demander la démission de la maire.

Cela faisait deux semaines que la municipalité de Saintry-sur-Seine reportait la date de son conseil municipal. Après les reports consécutifs des 18 et 25 novembre dernier, les élus étaient conviés ce mardi 2 décembre dans la salle du conseil qui jouxte la mairie. Et c’est dans une ambiance pesante que s’est déroulée cette dernière séance municipale. Une ambiance électrique qui a poussé une partie des élus à quitter la salle, entraînant un nouveau report du conseil municipal.

A l’heure actuelle, l’exécutif de Saintry-sur-Seine se trouve dans une impasse totale. Le dialogue ne passe plus entre les différents conseillers. Comment cette petite commune de près de 6 000 âmes située entre la Seine et la Forêt de Rougeau a-t-elle fait pour en arriver là ? C’est une histoire assez complexe, digne des séries à rebondissements. Rappel des faits.

Tout commence après des interrogations par rapport aux financements de la campagne électorale de la maire nouvellement élue, Martine Cartau-Oury. Informé de la visite d’huissiers en mairie de Saintry, Eloy Gonzalez, le 4e adjoint-au-maire a demandé des comptes à Martine Cartau-Oury, s’inquiétant par rapport au non-paiement de quelques prestataires. Des tensions ont depuis vu le jour avec la maire. Quant à lui, le maire adjoint avertit le 22 juillet le procureur d’Évry.

Lors du conseil municipal qui se tenait le 7 octobre dernier, la maire Martine Cartau-Oury a souhaité retirer les délégations d’Eloy Gonzalez. Toutefois, l’édile a été mis en minorité par une partie de son équipe. Ce à quoi Martine Cartau-Oury a répondu ouvertement à son adjoint qu’il faisait « partie d’un cabinet noir, formé par l’ancien maire (…) Michel Carreno, l’ancien maire de Tigery Thierry Noël (Ndlr : prestataire de la campagne) et de Emmanuel Broz ». Selon elle, ces quatre personnes n’ont pour seul objectif que de « porter atteinte à [son] honneur et [son] honnêteté par pure vengeance ». C’est à ce moment que les plaintes ont commencé à fuser dans la commune (lire notre article).

Un conseil municipal éclair

Cela aurait pu s’arrêter là, seulement, de nouvelles pièces sont venues s’ajouter à cette histoire. Dernièrement, deux courriers ont été reçus en mairie. Ces deux plis concernaient la démission de deux élus appartenant à la majorité de Martine Cartau-Oury, Danielle Laurent et Luc Penhoët. Or, stupeur du côté des deux élus qui ne reconnaissent pas leur écriture et pire encore qui déclarent ne « jamais avoir pensé à démissionner, ni avoir rédigé de lettre ». « Faux et usage de faux, clame Luc Penhoët, qui insiste sur le fait que ces documents sont des imitations grossières de son écriture ». Après avoir clarifié leurs situations, ces derniers ont ainsi choisi de porter plainte contre X pour faux en écritures publiques et usage, tout comme la maire qui a également porté plainte au nom de la mairie.

Les derniers évènements sont ainsi liés aux reports successifs du conseil municipal et expliquent en partie ce qu’il s’est passé lors de la dernière séance de ce 2 décembre. Ce mardi soir, la salle du conseil municipal de Saintry-sur-Seine était comble. Les Saintryens ont répondu présents en masse pour y assister. Néanmoins, il ne fallait pas arriver trop tard. Débuté à 20h30 pétantes, le conseil a été de nouveau reporté quelques instants plus tard après le départ d’une partie des élus, moins de trois minutes après son début. L’élément déclencheur qui a fait fuir 16 des 29 élus que compte le conseil est l’intervention d’une conseillère municipale juste après la présentation de l’ordre du jour par la maire. « Nous souhaitons faire une déclaration », lance-t-elle, ce à quoi la maire répond : « Entendu, vous pourrez la faire, mais après avoir traité l’ordre du jour ». Excédés, les élus ont quitté la salle, laissant la maire clore la séance faute de quorum.

Une fois dehors les frondeurs signent la lettre envoyée au préfet. (JL/EI)

Une fois dehors les frondeurs signent la lettre envoyée au préfet. (JL/EI)

L’équipe municipale se déchire

Sur ces 16 élus, 15 ont sollicité la maire par voie postale le 28 octobre dernier pour lui demander d’organiser un conseil municipal extraordinaire avant le 30 novembre. Or, celui-ci n’a toujours pas eu lieu. « Madame le Maire n’a pas organisé cette séance au cours de laquelle nous aimerions parler des questions de sécurité, de démocratie au sein du conseil municipal, d’écoute et de respect des conseillers. En coupant court aux débats dès le début de la séance, nous avons choisi de partir, car nous estimons que c’est un déni de démocratie », s’insurge l’ancien maire de la commune, Michel Carreno, et actuel conseiller municipal d’opposition.

Parmi ces quinze noms figurent les six élus d’opposition, auxquels il faut ajouter neuf élus de la majorité. « On pourrait dire, c’est la gauche mécontente, mais visiblement ce sont 15 citoyens qui ont envie que les choses changent », poursuit Michel Carreno.

Au sein de ces 15 élus apparaissent les noms de certains maires adjoints, comme notamment celui d’Eloy Gonzalez. « Suite aux derniers évènements, nous allons envoyer une lettre au matin du 3 décembre au Préfet de l’Essonne. Nous demandons notamment au Préfet de respecter la loi et de se substituer à Madame le Maire pour qu’il convoque le conseil municipal extraordinaire », indique l’élu.

Cette lettre, cosignée par les élus évoquent de nombreux points forts, dont le retrait des pouvoirs de la maire. « Ce n’est plus possible, on ne peut plus travailler ensemble, assure Eloy Gonzalez. D’ailleurs, si elle m’avait laissé le temps de m’exprimer ce soir, j’aurai ponctué ma déclaration en lui demandant de démissionner ».

La guerre est donc plus que jamais engagée. De son côté, Martine Cartau-Oury prend ce nouveau rebondissement dans l’histoire saintryenne presque avec philosophie. « Je m’attendais au scénario de ce soir, confie-t-elle. Nous ne sommes pas surpris par cette attitude. Il n’y a pas de colère, mais de la déception ». Désormais minoritaire au sein de sa majorité, Martine Cartau-Oury ne cédera pas aux différentes pressions de ces élus « frondeurs ». « Ils veulent ma démission, mais ils ne l’auront pas. Tout est dans les mains de la justice et je sais que je n’ai rien à me reprocher », conclut l’édile.

Avant que le Préfet ne se charge du cas saintryen, la commune devra convoquer très prochainement un nouveau conseil municipal. La date est déjà connue. Ce conseil aura lieu le samedi 6 décembre à 8h du matin. Même si le quorum n’est plus obligatoire pour la prochaine séance, nul doute que cela ne calmera pas les tensions qui règnent sur cette commune depuis cet été.