Le départ du directeur du Centre d’art contemporain de Brétigny ouvre une période d’incertitude au sein de cet équipement conventionné. Des doutes s’installent quant à la transition et au futur projet du lieu artistique.

Le CAC est situé au sein de l'espace Jules Verne à Brétigny  (JM/EI)

Le CAC est situé au sein de l’espace Jules Verne à Brétigny (JM/EI)

C’est une lettre ouverte suivie d’une pétition qui a mis le feu aux poudres. Trois réseaux professionnels dédiés à l’art alertent sur une « situation très préoccupante » concernant l’avenir du Centre d’art contemporain (CAC) de Brétigny-sur-Orge. Unique structure essonnienne conventionnée par le ministère de la Culture pour les arts plastiques, elle est gérée par l’agglomération du Val d’Orge. Dès 1976 au Centre Gérard Philippe, les arts plastiques se développent. L’établissement s’installe en 1988 au sein du nouvel espace Jules Verne, avec le théâtre et la médiathèque. Les trois structures partagent jusqu’à aujourd’hui les lieux.

Sous la direction de Xavier Franceschi (1991–2002), le centre d’art grandit et obtient en 2000 un conventionnement national. Un travail poursuivi jusqu’alors, avec un appui des collectivités. Selon l’adjoint à la culture de Brétigny jusqu’en mars dernier, Philippe Camo, « il y avait un travail intéressant, et nous souhaitions encourager l’art contemporain en banlieue ». Le centre travaille notamment avec le lycée Timbaud situé en face, et avec les élèves du CFA du Bâtiment, pour tout le côté créatif au sein de leur formation. La nomination d’un nouveau directeur en 2003, Pierre Bal-Blanc, va de pair avec le transfert de l’équipement à l’agglomération, qui obtient la gestion des lieux en 2004. La particularité de ce CAC, lié au conventionnement, repose sur une direction artistique autonome, qui détient la maîtrise de son projet de production.

Vers la fin du conventionnement?

Une situation qui serait amenée à évoluer, selon les représentants de l’Association française de développement des arts (d.c.a), le Réseau art contemporain Paris-Idf (Tram) et la Fédération des profesionnels de l’art contemporain (CIPAC). Dans leur « appel à soutien au CAC Brétigny » ils signalent un risque de dé-conventionnement imminent pour le centre (voir le texte complet). L’actuel directeur Pierre Bal-Blanc s’en va au 31 décembre, il est nommé commissaire associé d’une exposition internationale, la Documenta, à Athènes. Le conventionnement étant lié à la direction de l’établissement et son projet artistique, les signataires de l’appel pointent une volonté de l’agglomération de procéder à une refonte du centre d’art, en ne remplaçant pas l’équipe : « [le] Val d’Orge propose un nouveau fonctionnement pour l’Espace Jules Verne en vue de fusionner ses différents services sous la forme d’un établissement pluridisciplinaire à direction unique portée par le théâtre, une décision qui entraîne le dé-conventionnement du CAC Brétigny au 1er janvier 2015 ».

Il est également reproché à l’agglo de ne pas respecter la procédure prévue, qui implique un bilan d’inspection du ministère et un débat sur le rapport d’activité en cas de changement de direction, avant d’envisager la suite. « Si la mutualisation est souhaitable entre le théâtre et le centre d’art, une gestion globalisée à l’échelle de l’établissement ne peut être décrétée en sacrifiant sous couvert d’économie le conventionnement d’une des deux structures fondatrices du lieu » écrivent les réseaux d’art.

Un point de vue relayé par des artistes ayant déjà travaillé ou ayant un lien avec le CAC. Une pétition circule depuis quelques jours, à leur initiative, visant à sauvegarder le centre et son conventionnement. Une des initiatrice, Marie Vagnier explique ce soutien : « on était plusieurs artistes à se dire qu’il fallait réagir rapidement, car pour l’instant il n’y a pas de décision définitive ». Elle qui a grandi a Morsang-sur-Orge et exposait son travail dans sa ville le week-end dernier au théâtre de l’Arlequin, parle de ses « liens forts » avec le CAC de Brétigny. « C’est le premier centre d’art qui m’a permis d’exposer » indique-t-elle, « il doit pouvoir continuer à porter un projet artistique et soutenir la création ».

L’artiste essonnienne a ainsi adressé une lettre à Marjolaine Rauze, maire de Morsang et vice-présidente chargée de la culture au Val d’Orge. Interrogée par Essonne Info, cette dernière réfute vouloir mettre fin aux activités du centre. « La seule décision qui a été prise, c’est celle de maintenir un centre d’art, ainsi que de se laisser le temps de la réflexion pour refaire un projet, en lien avec le public » affirme Marjolaine Rauze. Selon l’élue, le CAC « ne rayonne pas suffisamment » et il s’agit pour l’instant de « donner un cadre politique ». Un nouveau projet sera proposé en janvier, et « en septembre 2015, le centre rouvrira avec de nouvelles ambitions » assure Marjolaine Rauze.

« Tout est ouvert »

« C’est une non-décision, dans les faits le label risque d’être perdu, car le conventionnement nécessite une programmation de transition » s’étrangle l’un des représentants des réseaux d’art. Pour l’élue chargée de la culture, « la transition n’est pas simple » à gérer pour l’agglo, et le projet de transition soumis par l’actuel directeur « vient juste d’être reçu ». Marjolaine Rauze conteste ainsi les arguments avancés par les réseaux d’art, et parle de « procès d’intention » à son encontre : « tout est ouvert, nous sommes en pleine réflexion sur un nouveau projet » jure-t-elle. Mais d’ici fin mars, des 4 personnes composant l’équipe du CAC, « il n’y aura plus personne, car les contrats arrivent au terme, donc plus d’activité, plus de continuité » commente un des responsables des réseaux d’art.

Pour la vice-présidente à la culture pourtant, « ces vacances de postes ne remettent pas en jeu le projet », et les réseaux « seront reçus » ajoute-t-elle. En attendant, au 1er janvier, ce qui reste de l’équipe du centre d’art contemporain sera placé sous l’autorité du théâtre. Un premier pas vers un regroupement des deux structures? « On va vers la fin du conventionnement si le CAC est placé sous la subordination du théâtre » veulent croire les réseaux d’art contemporain.

En octobre, les ateliers des frères Baschet ont exposé au CAC (DR)

En octobre, les ateliers des frères Baschet ont exposé au CAC (DR Marianne Maric & les Frères Baschet
& Maxime Delpierre, Thomas de Pourquery, Francesco Russo
& Girls)