En plein débat sur l’avenir des collectivités, le territoire du projet d’agglomération qui se dessine au Nord-Est du département est en train de se morceler et semble voué à l’échec. 

Depuis sa publication en août dernier, le schéma territorial qui vise à rebattre les cartes des agglomérations du nord du département a engendré une véritable levée de boucliers dans plusieurs communes. Ce plan qui n’est encore qu’un projet à l’étude présente la création de trois intercommunalités géantes, regroupées dans le nord du département. En tout, pas moins de 11 des 17 intercommunalités de l’Essonne sont concernées par ce programme. Outre les « mastodontes » de 800 000 habitants réunissant Versailles, Massy et Saint-Quentin-en-Yvelines, et celui de 530 000 habitants s’étendant de l’Arpajonnais jusqu’aux contreforts de Melun, une dernière intercommunalité doit voir le jour dans le Nord-Est de l’Essonne. Cette dernière doit permettre le regroupement des communautés d’agglomération des Portes de l’Essonne (CALPE), du Val d’Yerres (CAVY) ou encore de Sénart-Val de Seine (CASVS). Deux communes pourraient venir agrémenter cette nouvelle intercommunalité. Il s’agit de Varennes-Jarcy et de Viry-Châtillon. Pour la première, les autres villes qui forment la communauté de communes du Plateau Briard intègrent toutes la Métropole du Grand Paris, tandis que Viry-Châtillon sera séparée de Grigny, qui s’oriente vers l’agglomération au sud, tournée vers Évry. Ainsi, la nouvelle agglo du Nord-Est de l’Essonne pourrait accueillir 310 000 habitants. Elle s’articulerait autour de villes comme Juvisy, Draveil, Montgeron ou encore Yerres.

Comme les deux autres intercommunalités, celle-ci n’est pas épargnée par une avalanche de critiques lancées par les élus locaux. Pire encore, alors qu’elle n’est qu’au stade de projet, cette agglomération est déjà en train de se morceler suite aux délibérations prises par les différentes collectivités territoriales.

Une agglo-dortoir ?

 

« C’est un projet qui a réussi une seule chose, faire l’unanimité contre lui ». Avec cette phrase, François Durovray, le maire de Montgeron et président de la CASVS résume la situation au sein des communes de la future agglo du Nord-Est de l’Essonne. « Seize communes sont impactées, et chacune d’entre elles donne un avis défavorable au projet », poursuit-il.

C’est un véritable plébiscite contre ce schéma. Outre les questions concernant les mutualisations des dettes que soulèvent aussi la CA du Val d’Orge ou encore la CA de Seine-Essonne dans leur projet d’intercommunalité commun avec Evry, les élus du Nord-Essonne s’interrogent également sur la cohérence géographique d’une telle union. « Malgré tout le respect que nous avons pour ces communes et leurs habitants, qu’avons-nous en commun avec des villes comme Brunoy, Quincy-sous-Sénart ou encore comme Varennes-Jarcy ? », se questionne Antoine Guiseppone, premier maire adjoint de la commune d’Athis-Mons et vice-président de la CALPE.

Des propos relayés d’une certaine façon par François Durovray. « Bien sûr, nous pouvons travailler sur les questions de développement économique et de transports ensemble. En revanche, nous ne comprenons toujours pas en quoi un habitant de Montgeron ira plus facilement au conservatoire de Savigny-sur-Orge et comment un Morangissois ira plus facilement à la piscine de Montgeron », expose l’édile. « La Seine marque une vraie rupture dans ce plan d’intercommunalité », surenchérit Alain Védère, le maire de Paray-Vieille-Poste. « Un Paraysien aujourd’hui traverse rarement la Seine, même pour faire ses courses qu’il va faire vers Thiais ou Paris. S’il traverse la Seine, c’est pour faire des promenades en Forêt de Sénart et encore ». Il faut dire qu’avec un seul pont dans le périmètre de la nouvelle agglo à Juvisy-sur-Orge, le transfert de populations peut être plus limité.

De son côté, François Durovray espère entrevoir la création d’une intercommunalité exclusivement sur la rive droite de la Seine, articulée autour de la Forêt de Sénart. « Ce ne sont pas les décisions administratives qui font les territoires, mais bien l’inverse. J’ai plaidé pour que nous réfléchissions avec SAN de Sénart en Essonne. Il faut construire quelque chose autour de la forêt. C’est un bon moyen de concilier le développement économique ».

Le développement économique, voilà un ultime grand point de discorde soulevé par les élus. Le président de la CALPE Robin Reda n’hésite pas à parler d’agglo-dortoir par manque de projet. « L’ensemble des activités est regroupé vers l’aéroport d’Orly et le MIN de Rungis, analyse le jeune élu. Notre intercommunalité ne sera qu’un vaste endroit où les populations viendront vivre, et non pas travailler. Bref, une agglo dortoir », déclarait-il il y a quelques semaines.

L’appel du Grand Paris

Il y a donc un vrai manque d’unité au sein de ce projet d’intercommunalité. Et cela n’est pas forcément près de s’arranger avec l’ombre de la Métropole du Grand Paris qui plane au-dessus de certaines communes. En effet, cette métropole qui doit réunir la capitale et l’ensemble des communes des Hauts-de-Seine, de la Seine-Saint-Denis, du Val-de-Marne et du Val-d’Oise offre la possibilité aux villes limitrophes du projet de faire une demande pour intégrer cette collectivité territoriale. Déjà composée de 124 communes, la métropole de près de 7 millions d’habitants ouvre donc ses portes aux 45 communes limitrophes de grande couronne. Quelques-unes d’entre elles ont donné un avis favorable comme Argenteuil (95) notamment, mais aussi des villes de l’Essonne.

Paray-Vieille-Poste est ainsi la première à s’être prononcée sur le sujet. En septembre dernier, la ville a formulé une demande d’adhésion au Grand Paris. « Outre la cohérence du territoire, sur l’aspect économique, il n’y avait pas photo non plus », certifie le maire Alain Védère. Avec deux tiers de ses terres qui se trouvent sur l’aéroport d’Orly, et stimulée notamment par son adhésion au Contrat de Développement d’Intérêt Territorial (CDIT), la commune de Paray-Vieille-Poste a choisi de demander à l’intégrer bien que certains doutes persistent. Ces interrogations avaient notamment poussé la ville de Wissous à se prononcer contre une entrée dans la métropole il y a quelques semaines. « Il est vrai que l’organisation de la métropole reste floue, mais c’est aussi le cas au niveau de l’intercommunalité, affirme Alain Védère. Un autre point qui nous a fait trancher en faveur du Grand Paris est la représentativité. Au conseil de métropole, nous n’aurons qu’un élu. Seulement, la métropole sera découpée en territoire. Nous visons à intégrer le territoire du Grand Orly, au sein duquel nous aurons le double d’élus. À l’inverse en restant dans l’intercommunalité avec Draveil et Varennes-Jarcy, nous n’aurons qu’un seul élu. Je fais le pari que je serai plus à l’aise pour décider des choses du quotidien de ma ville dans la métropole », assure le maire de Paray-Vieille-Poste.

Les Paraysiens ne sont pas les seuls dans ce cas, étant donné que les Athégiens les ont rejoints le 12 novembre dernier. Pour Antoine Guiseponne, le premier adjoint d’Athis-Mons, les raisons sont globalement les mêmes que celles de son homologue Paraysien. « Des raisons de territoires, économiques et de représentation nous ont conduit à franchir le pas », explique l’élu.

D’autres communes pourraient être sur le point de voter. C’est ce que confirme la Préfecture de région. « Vigneux réfléchit et doit encore délibérer dans les prochains jours ». Enfin d’autres voudraient bien incorporer le Grand Paris, mais ne sont pas encore dans la possibilité de le faire. C’est le cas des villes des Portes de l’Essonne. « Soit toute la CALPE rejoint l’ensemble, soit on est disloqués » commente Robin Reda qui aimerait voir un amendement être voté, permettant à sa commune de se prononcer sur son adhésion à la métropole. « Dans tous les cas, si Paray entre économiquement dans le Grand Paris, ça rend caduque l’existence de la CALPE. Notre agglo est presque déjà morte ».

Bref, le débat sur les intercommunalités en général n’a pas fini de faire parler de lui. D’autant plus qu’il ne reste plus beaucoup de jours avant la date butoir pour que les conseils municipaux et les conseils communautaires délibèrent. Comme le rappelle la Préfecture de l’Essonne, « tous les avis sur le schéma régional de coopération intercommunal doivent être connus pour le 5 décembre dernier délai ».