Après le succès de sa pétition, l’agglomération du Val-d’Orge en appelle au secteur associatif pour amplifier la fronde à l’égard de la « fusion imposée avec le Grand Évry ». Cependant, aucun projet alternatif ne semble émerger. 

Samedi 8 novembre, 10h30, la salle du théâtre du centre culturel de l’Espace Marcel Carné de Saint-Michel-sur-Orge est comble. Plus de 300 personnes sont là, pourtant aucune représentation artistique n’est au programme. Cette foule a répondu à l’invitation lancée par les élus de la communauté d’agglomération du Val d’Orge (CAVO). Le thème de cette réunion, le projet de schéma territorial qui vise à rebattre les cartes des agglomérations du nord du département.

Depuis sa présentation officielle le 28 août dernier par le préfet de région, ce schéma peine à séduire les différents élus essonniens et même des différents départements concernés. En cause dans de nombreux cas, la taille de ces nouvelles intercommunalités, que certains n’hésitent pas à qualifier de « mastodontes ». Quelques présidents d’agglos n’ont pas tardé pour montrer leur incompréhension et leur mécontentement vis-à-vis de ce projet. Toutefois, une intercommunalité a choisi d’entrer en résistance très rapidement, il s’agit de la CAVO. Depuis la fin août, une pétition circule. « Celle-ci compte aujourd’hui près de 18 000 signataires », se réjouit son président, Olivier Léonhardt. Les réunions d’information se sont succédé jusqu’à celle de ce samedi 8 novembre. Pour l’occasion, les élus communautaires du Val d’Orge avaient donné rendez-vous aux membres du secteur associatif local pour évoquer avec eux la question de la possible mutualisation des dettes des sept agglomérations concernées.

Avertir et propager le message

 

En prélude de cette réunion publique, un petit film réalisé lors des forums des associations sur le territoire de la CAVO annonce la couleur. Difficile de trouver un intervenant favorable au projet. « Sur une grande structure, les élus seront encore plus loin de nous », assure un homme. « Il y a beaucoup de choses qui se passent dans notre petite ville. Les communes ne pourront plus soutenir les différents projets et créer les infrastructures qui permettent le développement des activités », craint cette femme. L’argument des élus est clair. Avec cette fusion et la mutualisation des différentes dettes, « les budgets des intercommunalités vont être fortement impactés, s’inquiète Olivier Léonhardt. Nos villes et les agglos n’ont déjà pas besoin de ça, mais avec ce projet, les associations pourraient voir leurs subventions réduites ». « Que dire des associations qui ne perçoivent que des fonds émanant de l’agglo », renchérit David Derrouet, le maire de Fleury-Mérogis.

Le nouveau schéma territorial pourrait selon les élus « être le facteur qui causerait quelques pertes » dans le milieu associatif. « Nous avons beaucoup à perdre, commente Marjolaine Rauze, la maire de Morsang-sur-Orge. Ce que nous avons construit sera noyé avec un projet d’une telle envergure ».

Après quelques questions du public, le message lancé par les élus est reçu cinq sur cinq. « Nous devons expliquer aux gens pourquoi nous devons tous nous battre contre ce projet », résume en fin de réunion cette femme qui vient de créer une association dans le courant de l’été. Par ces mots, l’objectif des élus communautaires de la CAVO est rempli. Par cet engagement, les associations feront remonter le message à leurs adhérents et les rangs des « anti-Grand Évry » seront encore plus fournis. « Continuez à faire signer la pétition. Faites venir des élus de l’agglo dans vos conseils d’administration pour faire comprendre les risques d’un tel projet », scande en fin de réunion le président de la CAVO, avant de conclure sur « le combat sera long. Il faudra tenir la distance ».

Quelles suites donner au mouvement ?

 

Poursuivre le combat, voilà quel est le mot d’ordre. Si lors de cette réunion, certains ont reconnu l’importance de s’unir face au projet, d’autres ne souhaitent pas s’arrêter là. « Pourquoi ne pas proposer une alternative au Grand Évry ? », lance Arnold Stassinet, conseiller municipal d’opposition à Saint-Michel-sur-Orge au moment de sa prise de parole. « Nous devrions faire un Grand Val d’Orge, articulé autour d’axes structurants, comme le RER C, la RN20 ou encore autour de l’Orge », poursuit celui qui est également dans le milieu associatif saint-michellois. Selon lui, le projet de substitution à l’actuel schéma serait de présenter une agglomération qui épouserait les frontières du SIVOA. Le Syndicat mixte de la Vallée de l’Orge Aval (SIVOA) qui gère notamment l’entretien de la rivière comprend 37 communes ainsi que trois communautés d’agglomération allant du Val d’Orge au sud aux Portes de l’Essonne (CALPE) au nord, en passant notamment par les Lacs de l’Essonne (CALE).

Un projet également soutenu par le Parti de Gauche local. Par le biais d’un communiqué, les cosignataires du PG précisent que l’alternative « qui répond réellement aux besoins de la population est le renforcement de notre agglomération par un élargissement de l’Arpajonnais à la confluence Seine/Orge qui adopterait les frontières du SIVOA. Cette nouvelle agglomération permettra de reconstituer une véritable identité dynamique et fédératrice pour notre territoire. Cette proposition peut nous faire sortir par le haut de l’impasse dans laquelle on nous conduit ».

Pour leur part, les élus de la CAVO restent plutôt perplexes face à cette alternative. Ils ne souhaitent pas présenter de schéma de substitution pour le moment. Ce qui ne laisse pas indifférent les signataires du communiqué, à l’image d’Alain Lamour, conseiller municipal PG à Longpont. « Le Val d’Orge n’est pas un petit village gaulois replié sur lui-même », s’insurge l’élu. « Nous sommes anti-Grand Évry, mais nous ne sommes pas contre un projet de restructuration du territoire, tacle Olivier Léonhardt. Nous ne sommes pas des conservateurs ». Les élus de la CAVO ont choisi de ne pas brûler les étapes. « Pour l’instant, les villes et les intercommunalités doivent se prononcer pour ou contre le projet. La question d’un plan alternatif viendra sans doute après, mais nous n’en sommes pas encore arrivés là », insiste le président du Val d’Orge.

Cependant, cette option risque très prochainement d’être débattue entre les élus. Comme le confirme la Préfecture de l’Essonne, « les communes et les intercommunalités ont jusqu’au 5 décembre pour délibérer sur le sujet dans leurs conseils. Elles doivent émettre un avis pour ou contre et présenter leur alternative », assure le directeur du cabinet du Préfet, Philippe Loos. « Il y a vraiment moyen de faire bouger les lignes de ce schéma », conclut-il.

Bien que la majeure partie des collectivités touchées par ce projet s’apprête à voter contre, il ne reste plus qu’à connaître quelles seront les différentes alternatives qu’elles développeront. Nul doute que cela ne ressemblera plus à la carte initiale présentée cet été…