Au lendemain de la publication du rapport du GIEC sur le climat, Gabriele Fioni, le directeur des Sciences de la matière au CEA, répond aux questions d’Essonne Info. Il revient dans notre entretien sur le travail de référence mondiale mené par le Laboratoire des sciences du climat et de l’environnement, et exprime ses craintes quant au calendrier d’édification du prochain Institut du climat et de l’environnement, le projet ICE.

Gabriele Fioni est à la tête de l’une des cinq grandes directions opérationnelles du Commissariat à l’énergie atomatique, le CEA. Il dirige le pôle de recherche fondamentale de l’institution, la Direction des sciences de la matière, et ses 3800 salariés et chercheurs. Actuellement en visite au Japon, pour les collaborations internationales de son institution, il a répondu aux questions d’Essonne Info à la suite de la publication du rapport du GIEC – le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat.

C’est au sein de sa direction qu’existe le Laboratoire des sciences du climat et de l’environnement (LSCE), d’où sont issus plusieurs membres du GIEC. Laboratoire qui devrait d’ici 2017 intégrer le nouvel ICE, le projet d’Institut du climat du plateau de Saclay, dont les financements ne sont toujours pas garantis (lire notre article)

Essonne Info. Quelles sont les disciplines travaillées au sein de votre direction au CEA?

Gabriele Fioni. Nous menons toute la recherche fondamentale en physique et chimie au sein du Commissariat à l’énergie atomique. Cela va du climat à l’astro-physique, en passant par la recherche sur les particules et le nano-monde. En résumé il s’agit de l’infiniment grand jusqu’à l’infiniment petit.

« Un contributeur majeur aux simulations du GIEC »

Où en sont vos recherches dédiées au climat?

Nous portons l’idée d’un laboratoire phare sur la scène mondiale. Le travail effectué par le Laboratoire des Sciences du climat et de l’environnement est reconnu pour son excellence. Cela s’est confirmé avec l’obtention en 2012 du prix Vetlesen par Jean Jouzel, référence en terme de climatologie et vice-président du GIEC.

Nous avons eu avec ce laboratoire l’intuition d’utiliser les technologies du CEA et celles du CNRS. Nous avons ainsi eu la possibilité de détecter des molécules très rares, avec un travail sur les bulles d’air retrouvées dans les calottes glaciaires au Pôle Sud. Nous nous en servons aujourd’hui pour connaître la composition de l’atmosphère pour des périodes très anciennes, jusqu’à 800 000 années. Cela a ouvert un nouveau domaine de recherche, avec des simulations numériques très précises. Nous sommes grâce à cela un contributeur majeur aux simulations du GIEC sur le changement climatique.

Comment est venue l’idée d’édifier un nouveau bâtiment pour le Laboratoire?

Le LSCE a grandi ces dix dernières années. Il y a un effet médiatique, car le changement climatique fait partie des préoccupations de la société. Sur nos deux sites, au CEA, ainsi qu’au CNRS de Gif, on a poussé les murs, et avons eu recours à des algécos. L’idée de l’ICE – Institut du climat et de l’environnement, est d’avoir un bâtiment qui pourra réunir toutes les équipes, afin de pérenniser tout ce qui a été fait jusqu’ici. Nous pourrons nous doter de laboratoires très modernes, les mêmes que nos compétiteurs de classe mondiale.

Il s’agit de faire de la science dans des conditions meilleures. Je vois ici au Japon, ou en Corée ou en Chine, la qualité de leurs laboratoires, qui n’ont pas la même aura, et qui travaillent pourtant dans des conditions matérielles nettement différentes.

« Il faut des actes »

Le projet ICE risque-t-il de connaître un retard à l’allumage selon vous?

Nous devons investir pour ce qui est reconnu. Je me tourne vers les collectivités territoriales, la Région, le Département, qui sont la clé de voute du projet. Nous ne pouvons pas perdre de temps, nous devons boucler le tour de table financier rapidement, pour lancer la construction. L’institut sera livré 21 mois après. Quand je regarde le développement du Plateau, il y a un trou. Toutes les disciplines sont sûres d’avoir leurs locaux, la seule chose qu’on a laissé de côté c’est le climat et l’environnement.

Que manque-t-il exactement pour lancer les travaux?

Le Contrat de projet Etat-Région (CPER) a été repoussé plusieurs fois, il accuse un retard de deux ans. Si il est encore retardé de trois mois, on est mort. Je vois venir le télescopage, surtout si on approche de la période pré-électorale dite « de réserve » qui bloquera tous les dossiers.

Les élus assurent cependant que le financement sera là…

Nous avons des rendez-vous à venir avec Isabelle This-Saint-Jean (vice-présidente de la Région à la Recherche) et Jérôme Guedj. Mais maintenant les paroles ne servent plus à rien, il faut des actes. Ice risque de fondre, les constructeurs sont en attente. Je suis cependant serein, car le climat ne doit pas devenir un sujet de lutte politique, cela concerne toute la société.