La maire Martine Cartau-Oury annonce porter plainte contre certains de ses opposants ainsi que son adjoint Eloy Gonzalez. Les tranchées sont bien creusées dans cette petite ville essonnienne.

En élisant leur nouvelle équipe municipale, en mars dernier, les habitants de Saintry-sur-Seine ne s’attendaient certainement pas à connaître pareil scénario. Sur fond de soupçons d’irrégularités liées à sa campagne, le Conseil municipal qui se réunissait le 7 octobre dernier a mis au prise la maire Martine Cartau-Oury et son adjoint Eloy Gonzalez. Alors qu’elle souhaitait lui retirer ses délégations, l’édile a été mise en minorité par une partie de son équipe, obtenant 13 votes pour elle contre 15 à son désormais adversaire, plus une abstention.

La scission semble désormais confirmée, avec la décision de Martine Cartau-Oury de ne pas attribuer de nouvelle délégation à Eloy Gonzalez. Mais les choses ne sont pas près d’en rester là. Dans un communiqué parvenu ce mercredi, elle enfonce le clou, accusant ouvertement son adjoint de « faire partie d’un cabinet noir, formé par l’ancien maire (…) Michel Carreno, l’ancien maire de Tigery Thierry Noël (ndlr : prestataire de la campagne) et de Emmanuel Broz » . Selon elle, ces quatre personnes n’ont pour seul objectif que de « porter atteinte à [son] honneur et [son] honnêteté par pure vengeance » .

Accusations croisées

Des accusations étayées pour la maire de Saintry par divers articles sortis dans la presse, dont ceux de Mediapart, mettant en cause son deuxième adjoint, Machiré Gassama, ainsi que des tracts de l’ancien maire Michel Carreno. Selon l’entourage de la maire, le nom d’Emmanuel Broz est pointé comme « celui qui est derrière tout ça » . Ancien directeur de campagne de Martine Cartau-Oury, ce salarié de la ville de Corbeil-Essonnes est bien connu dans le paysage politique local. En mars dernier, il s’exprimait dans la campagne municipale de Mennecy, contre l’ancien maire Xavier Dugoin, avec un courrier aux Menneçois accusateur, publié sur le blog de l’opposition.

Pour l’entourage de la maire de Saintry, cela ne fait aucun doute, Emmanuel Broz aurait demandé à être payé pour son militantisme dans la campagne saintryenne, « et il demandait le poste de directeur de cabinet, qu’il n’a pas eu » , ce qui justifierait qu’il « fasse tout pour obtenir notre peau » explique-t-on en mairie. Martine Cartau-Oury annonce ainsi qu’elle va « déposer plainte auprès du procureur de la République pour dénonciation calomnieuse, diffamation, incitation à la haine raciale » contre ses opposants.

« Il faudra contrôler si elle dépose vraiment plainte » rétorque Emmanuel Broz. Interrogé par Essonne Info, l’intéressé dément les accusations portées contre lui : « est-ce qu’ils peuvent prouver tout cela? J’attends de voir les preuves de ce qu’elle dit, il s’agit d’accusations infondées » . Celui qui considère que la sortie de la maire de Saintry constitue « une atteinte à [son] honneur » charge à son tour Martine Cartau-Oury et son entourage. « Elle est incapable d’écrire un truc comme ça, j’étais son directeur de campagne, et j’étais obligé de la protéger de ses faiblesses » .

Des mises en cause qui dépassent Saintry

Pour Emmanuel Broz, il n’y a « nul complot contre elle » , mais plutôt, des élus « qui se sont étonnés de ne plus nous voir, Thierry Noël et moi après la campagne » . Alors qu’il « envisage » de porter plainte également, Emmanuel Broz accuse à son tour Martine Cartau-Oury, assurant avoir « l’intime conviction que Xavier Dugoin est derrière ce communiqué » de la maire. La maire de Saintry écrit que « monsieur Emmanuel Broz cherche à obtenir 400 000 euros de monsieur Xavier Dugoin » ainsi qu’il « tente de porter préjudice à (…) Manuel Valls (…) en tentant de constituer des dossiers sur les marchés publics de la ville d’Evry » . Pour Emmanuel Broz, il ne fait aucun doute : « j’ai fourni à la justice des éléments qui ont permis de mettre en prison Xavier Dugoin, c’est sûr qu’il ne m’aime pas » .

Difficile de savoir si des suites judiciaires seront données à ces accusations croisées, mais une chose est sûre, le climat n’est définitivement pas prés de se détendre dans cette commune d’à peine 5000 habitants. L’ancien maire et désormais opposant Michel Carreno dénonce pour sa part dans un tract des « pratiques de quelques membres de la majorité » rappelant la mise en minorité de Martine Cartau-Oury. Dans l’entourage de la maire, on se veut serein : « ce qui veulent remettre en cause l’intégrité du maire n’y arriveront pas » .