Au terme d’une marche de 800 kms, Rosen Hicher, qui se définit comme une « survivante » de 22 ans de prostitution, est arrivée à Paris. Son passage remarqué en Essonne fut l’occasion de mettre en lumière son combat abolitionniste.

(Clara Delmas / EI)

Rosen Hicher marche vers Paris (Clara Delmas / EI)

Rosen Hicher, ancienne prostituée, a entamé une marche de 800 km. Son objectif, demander à Manuel Valls et au Sénat une date pour traiter la loi contre le système de prostitution.

En décembre 2013, l’assemblée nationale vote le texte. Mais depuis rien ne bouge, mis à part un amendement qui supprime une partie de la loi : la pénalisation du client. Pour la marcheuse, « sanctionner l’achat d’un corps » est un point essentiel pour stopper l’esclavage sexuel. Elle demande que la question de la pénalisation du client soit de nouveau posée. Cette bataille, elle la mène pour les milliers de personnes prostituées. D’après les chiffres de l’Office central pour la répression de la traite des êtres humains, elles seraient entre 18 000 et 20 000 en France, aujourd’hui.

Partie de Saintes (Charente-Maritime) il y a plus de cinq semaines, elle traverse la France et passe dans les villes où elle a vendu son corps. Sur sa route, cette femme attachante et simple discute avec les passants et rencontre les élus locaux. Des militants, venus la soutenir, l’accompagnent tout au long de son périple. Arrivée lundi dernier à Angerville, elle s’est également arrêtée à Etampes et Arpajon pour faire connaître son combat, au cours de la semaine.

Vendredi 10 octobre.
Rosen Hicher arrive à Evry. Elle est accueillie par un grand nombre d’élus tels que Maud Olivier, Michel Pouzol, Eva Sas, Jérôme Guedj et Francis Chouat. Des associations sont aussi là pour la soutenir. OLF 91, le Mouvement du Nid, Zéro Macho et Génération femmes sont au rendez-vous. Tous indiquent partager le combat de l’ancienne prostituée, à l’image de la députée essonnienne Maud Olivier, rapporteuse de la loi contre le système prostitutionnel, qui trouve en la marcheuse un soutien à sa proposition de pénalisation du client. C’est en grande pompe qu’elle est reçue au Conseil général, pour une rencontre autour de son combat.

(Clara Delmas / EI)

Rosen Hicher accompagnée de militantes venues la soutenir (Clara Delmas / EI)

« A elle toute seule, elle va arriver à faire avancer les choses »

Samedi 11 octobre.
Dernière étape avant son arrivée à Paris. Au programme, 20 km de marche d’Evry à Villejuif. Les médias sont au rendez-vous. I-télé, RMC, BFM, 50/50 et même une télévision russe viennent recueillir ses témoignages. La quinquagénaire joue le jeu des caméras et répond à chacun comme si c’était la première fois. La prostitution et l’abolition sont au cœur des débats. Elle décrit la réalité du terrain et raconte son passé. Enfant, elle est victime d’inceste. Puis, plus tard elle rencontre deux proxénètes, « l’un des deux me faisait croire qu’il m’aimait, il m’offrait plein de choses. Et puis il m’a fait coucher avec un de ses amis, puis deux, puis trois. C’est comme ça qu’ils fabriquent les prostituées ».  Elle rajoute «  ensuite, quand la fille est prête, ils la mettent dans la rue. » La militante parle de son passé de prostituée sans violence ni hargne. « Je suis une survivante. La prostitution c’est une drogue. Il est difficile d’en sortir, ça m’a pris du temps ». Elle dénonce aussi l’enfermement psychologique des femmes victimes de la traite. « On ne pense pas que l’on peut s’en échapper. On est conditionnées. On a peur » confit-elle. Derrière la marcheuse un petit groupe de militantes féministes la suit. Deux d’entre elles discutent, « à elle toute seule, elle va arriver à faire avancer les choses, c’est fou ». Rosen Hicher, elle, avoue appréhender la journée du lendemain à Paris.

(Clara Delmas / EI)

Rosen Hicher interviewée par I-télé (Clara Delmas / EI)

Dimanche 12 octobre.
Pascale Boistard, secrétaire d’État chargée des droits des femmes rejoint Rosen Hicher à la porte d’Orléans pour marcher à ses cotés. Elle lui annonce que la loi contre le système de prostitution sera mis à l’ordre du jour début 2015 au Sénat. Affaire à suivre.