Alors que des soupçons d’irrégularités planent sur le financement de sa campagne, la maire de Saintry-sur-Seine a tenté d’éjecter un de ses adjoints trop curieux lors du dernier conseil municipal. Une séance qui s’est déroulée dans une ambiance particulière. 

Légende. (DM/EI)

Le fronton de la mairie de Saintry-sur-Seine (DM/EI)

Mardi 7 octobre, 20h15, il ne reste plus qu’un quart d’heure avant le conseil municipal de Saintry-sur-Seine. Les gens commencent à arriver et se présentent devant les portes de la salle du conseil qui jouxte la mairie. Les élus d’opposition se saluent tandis que les membres de la majorité préparent la séance à huis-clos, sous les yeux de quelques Saintryens qui attendent l’ouverture des portes. Rien de plus normal que ce ballet d’avant séance.

Cependant, cette petite ville calme de 5 000 habitants va vivre un conseil municipal dans une ambiance pour le moins particulière, et qui soulève quelques interrogations. Les tensions couvent entre certains membres de la majorité municipale, comme le révèle Mediapart dans une enquête, sur fond de financement de la campagne électorale de mars dernier. Depuis plusieurs mois, deux prestataires de la nouvelle maire de la commune, Martine Cartau-Oury, attendent d’être réglés. L’édile devrait la somme de 8 000 euros à son imprimeur et l’agence de communication qui a réalisé ses documents de campagne. Informé de la visite d’huissiers en mairie de Saintry, Eloy Gonzalez, le 4e adjoint-au-maire a demandé des comptes à Martine Cartau-Oury, s’inquiétant que ce non-paiement des prestataires soit requalifié en don d’entreprise. Ce qui est proscrit pas le code électoral. Tensions depuis avec la maire, qui refuse de lui montrer les comptes de campagne. Le maire adjoint avertit le 22 juillet de procureur d’Evry.

Une affluence record

La salle du conseil était trop petite pour accueillir des Saintryens venus en masse pour assister aux débats sur la vie de leur commune. Une affluence exceptionnelle qui aura laissé de nombreuses personnes à l’extérieur. « C’est sûrement à cause de l’article de Médiapart qu’il y a autant de monde », s’exclame une dame, visiblement frustrée d’avoir été ainsi mis au banc de la réunion du Conseil municipal.

Outre les « habitués » des conseils, de nombreux jeunes avaient fait le déplacement pour assister à cette séance. Une réussite pour le maire adjoint en charge de la jeunesse Machiré Gassama qui se réjouit de « l’intérêt de ces jeunes pour leur commune ». Beaucoup dans l’assistance s’interrogent cependant sur la venue massive de ces jeunes. « Que font-ils tous là ? Ils ne viennent jamais », se demandent ces femmes.

Même si la tension est vite redescendue à l’extérieur, les personnes attroupées devant les vitres pour suivre tant bien que mal les débats discutent de l’affluence. « Il y a beaucoup de monde qui n’est pas de Saintry », ironise un homme à l’intention du public assis sur les chaises mises à disposition à l’intérieur de la salle. « S’ils ne sont pas de Saintry, ils n’ont qu’à partir et nous laisser la place », s’impatiente une vielle dame qui « s’intéresse aux débats de [son] village depuis de nombreuses années »« Habituellement il n’y a qu’une dizaine de personnes dans le public », glisse un autre homme.

« Ce soir, nous avons voté de nombreux points qui traitent des jeunes et donc qui intéressent les jeunes, voilà pourquoi ils sont venus plus nombreux se soir, et nous ne pouvons que nous en féliciter », résume l’adjoint à la jeunesse et au scolaire.

 

Légende. (DM/EI)

A la sortie de la séance (DM/EI)

Une scission dans la majorité ?

En plus des points classiques débattus lors du conseil municipal, cette séance mettait aussi à l’épreuve le maintien d’Eloy Gonzalez dans ses fonctions de maire-adjoint. Après lui avoir retiré ses délégations sur le développement durable, l’urbanisme, les travaux, l’environnement ou encore le cadre de vie, la maire Martine Cartau-Oury a donc choisi de porter au vote l’avenir de son élu au sein de l’exécutif saintryen. Une situation déjà vécue par la ville de Saintry-sur-Seine, et pas plus tard qu’en 2013. A cette époque « deux de mes adjoints avaient voté contre le budget que je présentais, rappelle l’ancien maire, aujourd’hui membre de l’opposition, Michel Carreno. Je leur avais retiré leurs délégations et nous avions décidé de les destituer leur mandat de maire-adjoint ».

Rebelote donc pour la petite commune plus d’un an et demi plus tard. Toutefois les conditions ne semblent pas être les mêmes. « Je l’avais fait sur un désaccord politique, relate Michel Carreno. Mais là, cela n’est pas sur une divergence de politique. La situation est toute autre ». A cela, la maire s’est ainsi expliquée. « Je voulais des adjoints loyaux » tacle-t-elle, « qui soit élus par les Saintryens, pour les Saintryens, or avec M. Gonzalez, ce n’a pas été le cas ».

Après un vote très tendu à bulletins secrets, coup de théâtre. Le maire-adjoint est de nouveau confirmé dans ses fonctions par 15 voix contre 13, avec une abstention. Martine Cartau-Oury est ainsi mise en minorité par sa propre équipe, étant donné que les rangs de l’opposition ne comptent que sept élus. « Grâce à l’opposition vous pourrez conserver votre indemnité de maire-adjoint » a pesté la maire à propos du résultat en s’adressant à son maire-adjoint. Un coup de tonnerre qui ne laisse pas indifférent Eloy Gonzalez, qui ne se fait que peu d’illusions sur la nouvelle délégation que la maire lui à promis lors du prochain conseil municipal. Il s’agira sans doute « d’une délégation sans trop de pouvoir ni d’importance », lâche l’élu qui s’est vu conforter d’une courte tête dans ses fonctions. Il va quand même garder son poste et l’assumer jusqu’au bout, dans l’intérêt des Saintryens : « un long et difficile combat commence », admet l’élu qui vient de déposer plainte contre la maire.

Du côté de la majorité, si ce score n’était pas réellement attendu, certains élus prennent acte du résultat. « C’est la vie démocratique, assure Machiré Gassama. Nous allons tout faire pour continuer à travailler objectivement ». Sommes-nous au début d’une scission au sein de la majorité municipale de Saintry-sur-Seine? Il faudra voir si avec le temps cet épisode fragilise la nouvelle équipe. De son côté celui qui reste finalement adjoint au maire, Eloy Gonzalez fait un bilan : « je m’attends désormais à avoir plus de pression » .