Raymond Gûreme, 89 ans, affirme avoir été molesté par des policiers d’Arpajon. Véritable personnalité locale, il est le dernier survivant du camp d’internement de Linas-Montlhéry dans les années 40.

Raymond Gûreme

Raymond Gûreme déclare avoir été molesté par des policiers (Clara Delmas / EI)

L’information circule sur internet et les réseaux sociaux depuis quelques jours. C’est une vague d’indignation qui accompagne les différents témoignages de Raymond Gûreme, 89 ans, qui raconte ce qui lui est arrivé mardi 23 septembre dernier. Depuis, une page de soutien sur Facebook a été créée, et la mobilisation est lancée dans le monde associatif derrière celui que beaucoup considèrent comme une personnalité tzigane du département.

C’est entouré de sa famille et de ses proches que Raymond Gûreme reçoit les visites, une semaine après la violente altercation qu’il a subi avec une brigade de policiers du commissariat d’Arpajon. Ce mardi, presque une semaine après les faits, sa belle-sœur venue de Bretagne est de passage. « Quand j’ai appris ce qui lui était arrivé, je devais venir le voir » confie-t-elle. Le vieil homme est quant à lui marqué. Il porte une minerve, et décrit des douleurs persistantes aux cervicales. Contusions aux bras et tibias témoignent des stigmates de sa rencontre avec les forces de police (voir son témoignage en vidéo).

Nous sommes à Saint-Germain-lès-Arpajon, à la limite de Brétigny. Depuis 1972, la famille Gûreme, faisant partie de la communauté du voyage, s’est stabilisée sur un terrain acheté, sur lequel adultes et enfants vivent dans des maisons construites en dur, avec la présence de plusieurs caravanes. Plusieurs membres de la famille font état de relations parfois tendues avec les autorités depuis plusieurs années, mais tous indiquent vouloir simplement « vivre tranquillement » sur place sans être dérangés.

Que s’est-il passé ce 23 septembre? Selon les affirmations de Raymond Gûreme, l’un des policiers présents s’en serait pris à lui après un échange verbal. Il décrit comment l’agent l’aurait fait sortir de force de sa caravane, puis, passablement énervé, l’aurait roué de coups. Les choses semblent ensuite avoir dégénéré, comme le montre une vidéo tournée par un téléphone que garde sa famille. Plusieurs de ses enfants, qui vivent au même endroit, interviennent pour le défendre. En s’opposant aux forces de police, certains ont été embarqués, et sont passés en comparution immédiate. Bilan : deux mois de prison ferme pour outrage pour l’un, quatre mois avec sursis et 110 heures de Travaux d’intérêts généraux pour l’autre.

Raymond Gûreme

L’homme de 89 ans soutenu par ses proches (Clara Delmas / EI)

Plusieurs procédures ont été lancées par Raymond Gûreme et ses proches à la suite de cette altercation. Celui qui affirme avoir été molesté s’est rendu avec ses soutiens à la gendarmerie, où une plainte est déposée auprès du procureur. Le Défenseur des Droits a aussi été saisi. Enfin, une plainte à l’IGPN, la police des polices est en cours. « Nous avons les certificats médicaux qui prouvent qu’il a été très durement tapé » assure André Sauzerre, vice-président de l’Association départementale des Gens du voyage de l’Essonne (ADGVE) et ami de Raymond, « nous ne mettons pas en cause l’institution policière, mais certains qui portent l’uniforme et qui se permettent ce genre de choses » . Plusieurs associations ont d’ores-et-déjà annoncé qu’elles se portaient parties civiles dans les différentes procédures engagées.

Raymond Gûreme

Raymond Gûreme montre ses insignes de Chevalier des Arts et des Lettres (JM/EI)

Marqué physiquement, mais aussi moralement, Raymond Gûreme n’hésite pas à dresser le parallèle avec certains épisodes de sa vie : « ça me rappelle ma jeunesse, cela fait 70 ans que j’ai les flics sur le dos, ils m’ont frappé comme l’avaient fait ceux qui nous avaient conduit de la gare de Brétigny au camp de Linas-Montlhéry » . Ce tragique événement, mis en lumière il y a trois ans lors de l’inauguration d’une plaque commémorative, est revenu en tête du vieil homme. Il est en effet le dernier survivant de la communauté des voyageurs, internés durant la seconde guerre mondiale au sein du camp essonnien.

Si les rapports entretenus par Raymond Gûreme et sa famille avec les institutions sont loin d’être apaisés, celui-ci affirme que « les policiers n’ont pas été insultés » . « Attention, ce ne sont pas des enfants de chœur » assure une amie de la famille, qui relate plusieurs épisodes de tension sur place avec les forces de l’ordre, « mais de là à s’en prendre à ce vieil homme de cette manière… »

Joints par Essonne Info, les services de l’Etat confirment une « altercation » survenue sur place. Le rapport de la police d’Arpajon, du 23 septembre relate « des jets de projectiles sur les policiers » . S’en sont suivies les interpellations de trois personnes, « plusieurs personnes de la famille Gurême ». Il n’est cependant nullement question de Raymond Gurême pour les autorités.

Raymond Gûreme

Raymond Gûreme habite à Saint-Germain-lès-Arpajon depuis 1972 (Clara Delmas / EI)