Départementales 2015. Le calendrier est désormais connu : le renouvellement des élus du département aura lieu dans tout juste six mois. Dans les états-majors politiques essonniens, on met au point les stratégies d’alliance et de campagne pour la conquête du Conseil général.

Conseil général de l'Essonne - CG91

La scène se déroule à Etampes, vendredi dernier. Elle est rapportée par plusieurs témoins présents sur place. Le président du Conseil général (CG) est en visite départementale dans le sud-Essonne. Après l’inauguration du giratoire de la N20, le ton monte entre lui et le député-maire d’Etampes Franck Marlin. Ce dernier le critiquait quelques jours plus tôt sur son blog quant à sa réintégration au sein de l’IGAS.  » À l’heure où il faudrait choisir entre être fonctionnaire et parlementaire, celui qui prône le non cumul des mandats a choisi : il a tout pris ! Pour Jérôme Guedj, le changement, c’est surtout pour lui » le taclait-il. Réplique du président du CG lors de l’inauguration du rond-point d’entrée d’Etampes sur la N20 : « Il est maire mais n’est même pas là pour cette inauguration importante pour la ville. Il est toujours plus facile de critiquer quand ce n’est pas face-à-face ». Apprenant ces propos, Frank Marlin se présente à la signature d’un contrat de territoire à Morigny-Champigny un peu plus tard. Jérôme Guedj lui lance : « Vous cherchez l’esclandre public, ce n’est ni le lieu ni le moment, il fallait être présent (au rond-point de la N20) quand la parole vous était donnée » . Alors que dans le camp Marlin, on indiquait vouloir faire imputer ces déplacements du président du CG à ses futurs frais de campagne, l’ambiance est bien tendue entre ces deux élus à six mois du scrutin.

La campagne a beau n’avoir pas encore débuté, tous les ingrédients d’une lutte sans merci sont là à tout juste six mois des élections des représentants au Conseil général. En mars prochain, une partie des quelques 1 220 000 habitants que compte le département sera attendue au sein des bureaux de vote. Eh oui, une nouvelle élection se prépare. Après une série de reports, ces cantonales se tiendront bien en début d’année 2015. Initialement prévu en même temps que les élections régionales (reporté fin 2015), ce scrutin prendra le nom d’« élections départementales » permettant d’élire les conseillers départementaux qui siégeront à l’Assemblée départementale.

Il faudra donc revoter un an quasiment jour pour jour après les derniers scrutins municipaux qui avaient vu la droite essonnienne sortir grande vainqueur de ces élections, reprenant des positions à la gauche et quelques bastions comme Chilly-Mazarin, Palaiseau, Athis-Mons ou encore Viry-Châtillon.

Pour notre département, il s’agira de renouveler les représentants des 42 cantons. Pour ce nouveau scrutin, 42 sièges seront de nouveau à pourvoir. Seulement, quelques changements notables sont à noter par rapport aux dernières élections cantonales de 2011. Si le département doit bien élire 42 conseillers départementaux, le nombre de cantons sera quant à lui divisé par deux suite à un redécoupage de la carte opéré par le ministre de l’Intérieur de l’époque, Manuel Valls.

Départementales 2015

Ce nouveau découpage a été créé dans le but de corriger les inégalités démographiques. Les 21 cantons oscilleront entre les 45 594 habitants du canton le moins peuplé, celui d’Epinay-sous-Sénart, et celui d’Évry qui culmine à plus de 65 000 personnes. Autre nouveauté de ce scrutin, chacun des 21 cantons sera représenté par deux conseillers départementaux. En effet, le mode de scrutin sera binominal majoritaire à deux tours, chaque binôme de candidats étant constitué de deux personnes de sexe différent par souci de parité.

Des changements peu anodins qui pourraient rebattre les cartes. Actuellement, le PS et ses alliés sont majoritaires au Conseil général, avec 26 élus, globalement répartis dans le nord de l’Essonne. Pour sa part, l’opposition de droite compte 16 élus principalement regroupés dans le sud du département. D’un point de vue géographique, la droite couvre plus de territoires, mais la gauche encadre plus de population.

Départementales 2015

La recherche de l’union sacrée à gauche ?

À six mois du scrutin, les différentes sensibilités politiques présentes sur le département commencent déjà à préparer celles qui pourraient être les dernières élections départementales avant une possible refonte des départements d’ici 2020. « Les élus seront bien là pour cinq ans, quant à la réforme à venir, cela va encore évoluer » assure Jérôme Guedj, qui devrait être candidat à gauche à sa propre succession à la tête du département. Du côté du PS et de ses alliés, qui sont majoritaires au CG depuis 1998, on risque gros avec ce scrutin, avec une droite qui part en conquête à la suite de ses bons résultats aux municipales.

Et si les candidats ne sont pas encore choisis, pour le chef de file du PS, il s’agit de « réfléchir collectivement au meilleur dispositif » . Pour cela, les discussions vont s’ouvrir avec les autres partis de gauche et les élus sortants de la majorité. La question d’alliances au premier tour est par exemple posée, avec de possibles binômes PS-PCF. « Chacun devra prendre ses responsabilités » annonce Jérôme Guedj, qui tout en actant « des désaccords qu’on ne va pas minorer » au sein de la sa majorité, pense que tous voudront « sauvegarder la politique départementale » mise en oeuvre par la gauche.

Du côté des Verts qui comptent un conseiller général en la personne de Guy Bonneau, l’idée est de « conserver les acquis et les positions existantes », assure Jean-Patrick Le Duc secrétaire départemental d’EELV, conscient que la tâche ne s’annonce pas facile. « Même si rien n’est encore arrêté au sein du parti, nous souhaitons que la gauche reste majoritaire au sein du CG », confie le secrétaire départemental. Il n’exclut donc pas les alliances avec une gauche rassemblée en réitérant les accords conclus lors des précédentes élections cantonales.

Pour Philippe Camo, le secrétaire du PCF 91, qui compte trois élus départementaux, il est nécessaire de garder le CG à gauche. Lui-même considère que les communistes « pèsent dans la majorité » . « On a apporté des choses aux Essonniens » indique celui qui militera pour « le regroupement comme conception du Front de gauche » . Mais si des candidatures communes se feront peut-être, elle ne seront pas appuyées par le Parti de gauche (PG). Selon Mounia Benaili, sa secrétaire départementale, il n’y aura pas d’alliance avec le PS : « c’est clair et net, ce qui était valable aux municipales l’est toujours » . « On va essayer de partir avec le Front de gauche où on peut » explique la responsable du PG. Elle considère ainsi que Jérôme Guedj « a fait la politique la plus à gauche possible » mais qu’il n’est pas possible de soutenir le PS « tant que le département comme les autres collectivités est soumis aux critères d’austérité » .

La droite envisage aussi le rassemblement

Pour l’UMP et ses alliés, la donne est toute autre. Car c’est pour ses responsables l’occasion unique de reprendre le département à la gauche. « Jérôme Guedj a un bilan désastreux , il a fait du Conseil général l’un des moins bien gérés de France » tacle d’entrée Georges Tron, le président de l’UMP 91. Pour le parti de droite, il y a « une vraie chance de remporter les prochaines élections départementales » déclare le nouveau président du groupe d’oppostion UMP et aparrentés au CG, Eric Mehlhorn. Pour le moment, le parti commence à recevoir des actes de candidature en interne, et les candidats « seront reçus à partir de début octobre par la commission d’investiture » indique Georges Tron, puis vers la fin novembre, « se mettra en place une logique de concertation avec l’UDI pour essayer d’aboutir à des candidatures communes » .

Chez les centristes de l’UDI, en période de congrès, on est confiants sur les prochaines alliances. « Comme pour les municipales, il y aura un partenariat avec l’UMP » assure Vincent Delahaye, président du l’UDI 91. Pour le sénateur et maire de Massy, il y a une « volonté commune de rechercher les meilleurs candidats possibles » . Il faudra pour lui « ne pas trop se disperser en candidats de la droite et du centre » , au risque de « faciliter la tâche au FN » . « Nous pourrons soutenir des élus sortants UMP, si il y a eu du bon boulot » envisage pour sa part le responsable du Nouveau Centre Nicolas Roughol, qui croit que le basculement « est mathématiquement possible » .

Le constat est globalement le même pour le MoDem. Le parti centriste envisage aussi la possibilité de faire des alliances au niveau départemental « du moment qu’il y ait des points communs et des convergences entre les différents programmes. Nous ne sommes pas bloqués sur une ligne ni même obtus », confirme Serge Gaubier, président du MoDem 91. Même si rien n’est encore fait, le MoDem ne devrait pas présenter de candidats dans l’ensemble des 21 cantons. « Il faut analyser plus finement les différents cantons et nos chances avant de proposer des candidats ».

Le parti Debout La République sera aussi de la partie. Plus ou moins présent lors des précédentes élections municipales où seul Nicolas Dupont-Aignan avait été élu à Yerres, le parti devrait être présent en plus grand nombre pour le scrutin de 2015. « Nous proposerons des candidats dans les 21 cantons, certifie son président Nicolas Dupont-Aignan. A priori, nous devrions partir seuls afin que les Essonniens aient le plus grand choix possible », conclut le maire de Yerres qui entrevoit déjà de bons résultats dans deux cantons du nord du département.

À l’instar de DLR, le Front National ambitionne également d’investir des candidats dans chaque canton. Comme pour surfer sur la vague du dernier scrutin municipal, le parti frontiste a pour but de « poursuivre l’implantation locale du parti », indique la secrétaire départementale du FN Audrey Guibert. Fort de dix candidats parvenus au second tour des cantonales de 2011, le parti aspire à faire aussi bien voire mieux. « Nous sommes partis de zéro. En début d’année, nous n’avions aucun élu. Aujourd’hui, nous avons des conseillers municipaux et communautaires. Obtenir un siège serait déjà un bon résultat pour nous », affirme Audrey Guibert, qui estime avoir de bonnes chances dans le sud du département « où nous sommes le plus implantés ».

Bref, si nous ne sommes encore qu’à six mois du dénouement de ces élections départementales, les tractations vont déjà bon train. Quelques élus ont déjà fait savoir leur volonté de ne pas se représenter, à l’image du vice-président du Conseil général Francis Chouat. Certains pourraient aussi être amenés à viser les élections régionales de fin 2015. Les premiers candidats devraient se faire connaître d’ici quelques semaines.

Article réalisé avec Julien Monier