Après avoir perdu ses délégations, la première adjointe au maire d’Epinay-sous-Sénart Khadidja Seddiki affiche au grand jour les raisons qui l’opposent au maire Georges Pujals. Elle vient d’entamer une grève de la faim. Un nouveau déballage qui vient ternir l’image d’une ville connue pour son instabilité politique. 

C’est presque devenu monnaie courante à Epinay-sous-Sénart ces dernières années, si bien qu’on peut presque dire qu’à chaque mandature il y a son lot de conflits. Après quinze ans parsemés de divisions et de troubles au sein des différentes équipes municipales, la nouvelle majorité élue fin avril se fissure déjà. En effet, le torchon brûle entre le maire sans-étiquette Georges Pujals et deux de ses adjointes, Khadidja Seddiki 1ère adjointe chargée des solidarités, de l’action sociale et de la démocratie participative et sa sixième adjointe Sophie Mianne, en charge des sports et du milieu associatif. Ces dernières ont d’ailleurs vu leurs délégations être retirées par le maire au cours de cet été.

Quinze ans de conflit

C’est une situation peu courante au sein d’une majorité municipale, toutefois, Epinay-sous-Sénart déroge à cette règle depuis le début des années 2000. Voici un bref rappel des précédents cas. Retour aux élections municipales de 2001, date du premier conflit au cœur de la majorité spinolienne. Après avoir effectué deux mandats consécutifs, Jacques-Louis Dôle s’est vu progressivement barrer la route qui le menait vers une troisième victoire par son protégé de l’époque, David Nadeau. Il s’agissait juste d’une guerre de succession comme on a pu en voir dans plusieurs communes, comme notamment à Viry-Châtillon en 1995, pouvait-on croire à l’époque. Cependant, cette première crise entre deux élus de la même majorité en a appelé d’autres.

Quelques années plus tard après, d’autres oppositions interviennent en plein milieu du mandat entre la nouvelle maire Christine Scelle-Maury et son adjoint Mourad Lebcir. Mais, après un nouveau scrutin municipal mouvementé en 2008, la maire sortante récupère son siège dès le premier tour. Durant le mandat 2008–2014, ce fut l’occasion de vérifier la pertinence du vieil adage : « jamais deux sans trois ». Et il disait vrai ! Comme un véritable mal chronique, voilà que les divisions refont surface en 2013. Christine Scelle-Maury et son premier adjoint Pascal Michelangeli finissent par faire bande à part à quelques mois des élections municipales de mars dernier.

Avec les dernières élections et la victoire de Georges Pujals, nous pouvions penser qu’avec de nouvelles personnes au pouvoir, le « cercle vicieux » aurait été cassé. Loin de là, l’histoire se répète.

Comment expliquer la multiplication de ces conflits ? « Rivalités, ego surdimensionné, avance cette ancienne élue de la précédente équipe municipale. C’est comme ci c’était marqué dans les gènes des Spinoliens ». Ce serait même historique selon François Frugier. « Cela ne date pas des années 2000 avec Nadeau et Dôle, c’est plus ancien que cela. Pendant la guerre, j’ai découvert par le biais d’une exposition que le maire d’Epinay-sous-Sénart faisait déjà son rebelle face à l’autorité », ironise l’ancien conseiller municipal.

La mairie d'Epinay-sous-Sénart encore en proie à des divisions. (JL/EI)

La mairie d’Epinay-sous-Sénart encore en proie à des divisions. (JL/EI)

Démises de leurs fonctions en 90 jours

Traditionnellement évoqué comme étant une période privilégiée pour un nouvel élu, les « 100 jours » n’auront finalement pas pu aller jusqu’à leur terme sans connaître de perturbations. L’entente dans la majorité municipale n’aura ainsi duré que trois petits mois.

Pour comprendre cette « nouvelle » période de trouble, il faut se reporter à la fin juin. « Un climat délétère s’est rapidement installé après les élections  », rappelle Khadidja Seddiki. Les choses se seraient enflammées lors d’un conseil municipal durant lequel la municipalité a tranché en faveur d’un arrêté sur les attestations d’hébergement. « Lors d’un conseil municipal, j’étais montée au créneau pour dénoncer la tournure prise par Georges Pujals dans sa politique de la ville. Une politique de droite dure », assure l’élue. Quelques jours après, elle apprenait que ses délégations lui avaient été retirées au même titre que la 6ème adjointe, Sophie Mianne. « Je pense que nous dérangions trop », souffle cette dernière.

La pilule est ainsi difficile à faire passer pour les deux adjointes d’autant plus que ces destitutions interviennent sans aucun motif.  Ainsi, les deux femmes n’hésitent pas à s’interroger sur une possible volonté de discrimination de la part du maire. « Je pense qu’il s’est servi de moi et de mes origines durant la campagne », s’insurge Khadidja Seddiki.

De son côté, l’édile spinolien balaie les critiques concernant les orientations droitières de sa politique d’un revers. « Des maires de gauche prennent des arrêtés sur les attestations d’hébergement et on ne les pointe pas du doigt en leur disant que c’est une politique de droite dure », explique Georges Pujals. Sur le point des discriminations, le nouveau maire est catégorique. « Si j’avais appliqué une politique de droite dure, aurais-je placé Madame Seddiki première adjointe, interroge le maire. Le retrait des délégations fait suite à des manquements graves et répétés dans son rôle d’élue et en aucun cas à une quelconque volonté de discrimination ».

Le passage à l’acte

Non contentes de la manière dont leur ont été retirées leurs délégations, les deux élues destituées ont commencé à organiser leur résistance. « Nous souhaitons encore œuvrer pour le bien de notre commune, lance Khadidja Seddiki. Nous avons été bannis de cette possibilité de travailler pour l’intérêt général des Spinoliens sans aucune raison ni motivation ».

Après une campagne d’affichage débutée la semaine dernière – qui a valu un dépôt de plainte de la part de la mairie pour affichage sauvage diffamatoire –, Khadidja Seddiki et Sophie Mianne sont passées à la vitesse supérieure ce jeudi 25 septembre. Les deux femmes ont commencé une grève de la faim à l’image du député des Pyrénées-Atlantiques Jean Lassalle en 2006. « Nous entamons cette grève afin d’interpeller les pouvoirs publics pour dire qu’à un certain niveau dans la politique, on est bafoué ou on ne peut plus s’exprimer librement. Nous souhaitons ouvrir un débat démocratique de grande envergure pour comprendre pourquoi le maire est notre égal en campagne, mais à tous les pouvoirs une fois élu. Il faut revoir ce système », garantit Khadidja Seddiki.

Pour sa part, le reste de la majorité regrette ces « polémiques politiciennes stériles et infondées pour défendre leurs intérêts ». Le maire avance ainsi des sanctions pour les deux élues. « Il ne faut pas que l’on aille vers un pourrissement de la situation comme il y a eu lors des derniers mandats. Nous devons rétablir la situation pour l’intérêt général de tous les Spinoliens », indique Georges Pujals.

Toutefois, les deux adjointes restent déterminées malgré les différentes pressions qui peuvent peser sur elles. « Nous sommes prêtes à nous battre jusqu’au bout », assure Sophie Mianne. « Même à demander la tenue de nouvelles élections municipales », renchérit Khadidja Seddiki.

Il ne reste maintenant plus qu’à savoir si le combat de ces femmes sera entendu comme l’avait été celui de Jean Lassalle. Ce dernier avait tenu près de cinq semaines et avait perdu plus de 20kg avant d’obtenir gain de cause.