Vendredi soir, 21h, les parkings qui jouxtent le bowling du centre commercial de Carré Sénart connaissent une affluence inhabituelle. Nous assistons d’ailleurs à un étrange ballet de voitures modifiées, aux bruits et aux couleurs variés qui dénotent fortement avec ce que nous avons l’habitude de voir chaque jour. Peu à peu, les véhicules s’enchaînent et viennent garnir le très imposant parking. Pour un vendredi soir, quoi de plus normal que de voir des centaines d’Essonniens venant de Brétigny, des Ulis ou encore d’Arpajon et des Seine-et-Marnais affluer vers ce lieu pour décompresser d’une semaine parfois stressante ? Pourtant, bien que l’établissement affiche quasi complet, les trois quarts des personnes qui se sont garées sur les parkings ne sont pas venus pour renverser des quilles ou boire un verre au bar du bowling. Ils viennent pour voir et participer à l’un des plus grands rassemblements sauvages de véhicules d’Île-de-France.

Chaque vendredi soir, c’est presque devenu un rituel. « Ça fait déjà plusieurs années que ce rendez-vous existe. J’y venais quand j’avais 16 ans et aujourd’hui j’en ai 20 », explique un jeune homme. « C’est parti de rien à la base. Les premiers rassemblements n’avaient même pas lieu à cet endroit, car ce site n’existait pas encore », renchérit cet habitué de longue date.

Parti de rien au début des années 2000 avec la création du centre commercial, ce rassemblement sauvage a vu sa réputation grimper grâce notamment à la technique du bouche à oreille. Entre amoureux de belles voitures et amateurs de sensations fortes, ce rendez-vous nocturne aux accents de tuning accueille entre 200 et 300 personnes chaque vendredi soir.

Un rendez-vous sauvage qui réunit plus de 200 personnes chaque semaine. (MM/EI)

Un rendez-vous sauvage qui réunit plus de 200 personnes chaque semaine. (MM/EI)

La passion des voitures avant tout

À partir de 21h, les premiers véhicules « tunés » arrivent et partent prendre place à l’extrémité du parking. Facilement reconnaissables à cause du ronronnement permanent de leur moteur, les premiers arrivés gardent des places pour leurs amis. Car les places sont chères chaque vendredi, tellement l’afflux de passionnés ou de simples curieux est important.

Pourquoi un tel engouement autour de cet événement ? Que se passe-t-il chaque vendredi soir depuis près de 10 ans ? « C’est avant tout le rendez-vous des amoureux des belles voitures », souffle Jimmy, un jeune homme de Bondoufle qui fréquente régulièrement cette manifestation sauvage. Ainsi, nombreux sont ceux qui viennent pour comparer leurs voitures plus ou moins modifiées avec celles des autres. Les petits groupes de personnes se forment, parlant de leurs voitures et commentant l’arrivée de chaque véhicule tels de véritables experts. Chacun va et vient entre les voitures plus ou moins modifiées pour examiner les bolides des autres « tuneurs ». « C’est presque un partage de compétences. Chacun explique ses expériences pour la modification ou encore l’entretien de son véhicule », poursuit Jimmy.

Les moteurs, les jantes, les ailerons ou encore les différents modèles comme les Volks Wagen, Seat, BMW ou même Hummer… tout est passé au peigne fin lors de ces soirées par ces passionnés de longue date. « Moi, ça m’a pris quand je n’étais encore qu’un enfant et cela ne m’a pas lâché depuis », assure Yann. Même constat pour Jimmy, qui rêvait d’avoir une Porsche « au moins une fois » dans sa vie. Un rêve finalement exaucé.

Jimmy, un des passionnés. (MM/EI)

Jimmy, un des passionnés. (MM/EI)

« Un spectacle à couper le souffle »

Outre ces moments d’échanges et de partage sur les différentes manières d’équiper leurs voitures, certains n’hésitent pas à faire « cracher les moteurs ». Chaque vendredi soir, dès que les conditions météorologiques le permettent, certains propriétaires de voitures « tunées » se livrent à des courses sur la deux fois deux voies qui alimente le parking du bowling. Le but est très simple : comparer les performances de sa voiture en faisant un face-à-face avec un autre véhicule. C’est une spécificité de ce rassemblement sauvage niché dans les plaines aux confins de l’Essonne et la Seine-et-Marne. C’est d’ailleurs un événement très attendu, comme en témoigne le nombre de personnes qui viennent se masser le long des longues lignes droites que proposent les alentours de Carré Sénart. Certains viennent en famille. « C’est impressionnant de voir ces voitures rouler côte à côte à grande vitesse », note ce père accompagné de son fils.

Avant ces « runs », chacun chauffe son moteur et vérifie ses réflexes en effectuant quelques passages sur la chaussée, ponctués de quelques accélérations. Les motos passent en wheeling – comprenez en roue arrière – à des vitesses folles. D’autres tentent des drifts, ces dérapages qui font littéralement couiner et fumer les pneus. Bref, « le spectacle est au rendez-vous et c’est vraiment à couper le souffle », garantit cet homme qui se déplace au moins une fois par mois pour les admirer.

Un spectacle loin d’être sans risque. « Il arrive qu’il y ait parfois quelques accrochages, voilà pourquoi je n’y participe plus, car c’est souvent trop dangereux », analyse Yann. Dangereux, c’est aussi ce que se disent les forces de l’ordre qui sont présentes en nombre ce vendredi soir pour contrôler tous ceux qui appuieraient un peu trop fort sur l’accélérateur.

Une passion souvent mal vue ?

À cause de ces quelques débordements, le milieu du tuning jouit d’une image quelque peu négative aux yeux de l’opinion publique. Une vision que déplorent les passionnés de ces voitures modifiées. « Ceux qui donnent une mauvaise image à notre passion sont ceux que l’on appelle les Jacky. En participant à des courses parfois dangereuses, ils ne calculent pas les risques qu’ils prennent et qu’ils font courir aux gens qui les regardent. Ce sont des personnes comme ça qui donnent une mauvaise image à notre passion et nous le regrettons », assure Yann qui préfère participer à des événements mieux encadrés.

D’autres commentent les styles des véhicules que certains jugent « trop excentriques » nous dit cet homme. À cela, les passionnés et « tuneurs » comprennent ces critiques, mais cela ne semble pas les toucher plus que ça. « Je suis fier de dire que cette voiture, c’est moi qui l’ai équipée seul. Même si elle ne plaît pas à tout le monde, cela n’a pas vraiment d’importance. Le principal c’est que ma voiture me ressemble le plus possible, c’est pourquoi je la personnalise au maximum », continue Yann. Un point de vue relayé par de nombreux participants de ce rendez-vous nocturne.

Enfin, d’autres prennent ces passionnés pour des « fils à papa, déplore Jimmy. Quand on me voit si jeune au volant d’une Porsche, on me qualifie de fils à papa. Pourtant, je peux vous assurer que ce n’est pas le cas. L’achat et les possibles améliorations que j’ai pu apporter ou que j’apporterai à ma voiture son payés de ma poche, avec mes économies. Je ne suis pas un favorisé. C’est dommage que les gens nous mettent tous dans le même sac », regrette Jimmy qui souhaite briser les idées reçues sur le milieu dans lequel il évolue.

Bref, quoiqu’il advienne, malgré les stéréotypes et la présence des policiers, ils seront encore nombreux à faire le déplacement vendredi prochain pour assister de nouveau à ce rendez-vous nocturne plus qu’atypique.