Au Québec, le décès de la reine soulève des questions sur l’avenir de la monarchie au Canada

MONTRÉAL – Les réactions mitigées au Québec à l’occasion du décès de la reine Elizabeth II mettent en évidence la relation complexe de la province avec la monarchie.

Dans les jours qui ont suivi le décès de la reine, le premier ministre sortant François Legault – qui est actuellement en campagne électorale en vue des élections du 3 octobre – a dû faire face à des questions sur l’élimination du poste de lieutenant-gouverneur, ainsi qu’à des critiques du Parti québécois pour avoir mis le drapeau du Québec en berne en l’honneur de la reine.

Les médias québécois ont publié des hommages à la reine et des rétrospectives sur l’émeute survenue lors de sa visite à Québec en 1964, connue sous le nom de « samedi de la matraque ».

La majorité des Québécois ne voient pas la monarchie d’un bon œil pour des raisons historiques et pour leur soutien à la démocratie, a déclaré Gérard Bouchard, un historien et sociologue qui enseigne à l’Université du Québec à Chicoutimi.

« Au Québec, cela apparaît comme un vestige d’une époque colonialiste que l’on croyait disparue », a-t-il dit en entrevue. « Au Québec, la majorité des gens diraient : « nous ne savons pas pourquoi cela continue au Canada et nous ne savons pas pourquoi cela nous a été imposé au Québec ». »

Bien que les Québécois puissent respecter la défunte reine en tant qu’individu, la monarchie évoque des souvenirs de la conquête britannique de la Nouvelle-France et de la domination coloniale britannique sur le Canada francophone, a déclaré M. Bouchard, qui étudie les mythes nationaux.

L’idée que le chef de l’État soit un monarque européen va également à l’encontre de l’idée que les Québécois se font de la démocratie, a-t-il ajouté, précisant que l’opposition à la monarchie est plus forte au Québec parmi les fédéralistes et les anglophones que dans les autres régions du Canada.

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C’est l’histoire du colonialisme que le chef du Parti Québécois, Paul St-Pierre Plamondon, a invoqué pour défendre sa critique de la décision de M. Legault d’abaisser le drapeau du Québec.

La monarchie a été imposée au peuple québécois par la conquête, a-t-il dit, tandis que le drapeau provincial, connu sous le nom de fleurdelisé, représente à la fois le droit des Québécois d’exister en tant que peuple et la démocratie de la province.

« Nous ne pouvons ignorer qu’elle représentait une institution, la couronne britannique, qui a causé un préjudice important aux Québécois et aux nations autochtones », a-t-il déclaré aux journalistes.

La déportation des Acadiens, l’exécution des chefs de la rébellion des Patriotes en 1839 et, plus récemment, le rapatriement de la constitution sans le consentement du Québec ont tous été faits au nom de la couronne britannique, a-t-il dit.

M. Legault, qui a accusé St-Pierre Plamondon de « petite politique », a fait face aux questions des journalistes qui se demandaient si le Québec profiterait de l’occasion pour se débarrasser du poste de lieutenant-gouverneur.

M. Legault a dit qu’il sait qu’il y a eu des appels pour remplacer le lieutenant-gouverneur, mais il a noté que ce n’est pas une de ses priorités s’il est réélu.

Le Québec a déjà réduit la proéminence du lieutenant-gouverneur. Contrairement aux autres provinces et au gouvernement fédéral, où les sessions législatives s’ouvrent par un discours du trône prononcé par le représentant du monarque, au Québec, le discours inaugural est prononcé par le premier ministre.

Mais ce n’est pas seulement au Québec que la popularité de la monarchie a baissé, a déclaré Benoît Pelletier, professeur de droit constitutionnel à l’Université d’Ottawa et ancien ministre du gouvernement libéral québécois de Jean Charest.

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Selon lui, au Canada anglophone, le soutien à la monarchie est également en déclin.

« Je pense qu’au cours des prochains mois, il y aura un débat sur l’avenir de la monarchie constitutionnelle », a-t-il dit, ajoutant qu’il s’attend à ce qu’il mène éventuellement à un référendum sur la question.

M. Pelletier pense qu’il serait possible de modifier la constitution canadienne pour abolir la monarchie, à condition que les négociations ne portent pas sur d’autres questions constitutionnelles.

Cependant, il soutient personnellement la monarchie.

« Je pense que le système fonctionne bien en ce moment et comme on dit en anglais, si ce n’est pas cassé, il ne faut pas le réparer », a-t-il déclaré.

Mais il est possible, a-t-il dit, d’intégrer un chef d’État élu dans un système parlementaire, comme l’a fait la Barbade lorsqu’elle est devenue une république en 2021.

Bien qu’il y ait eu des expressions de républicanisme dans l’histoire du Québec, ce serait une erreur de conclure que le Québec a toujours rejeté la monarchie, a déclaré Marc Chevrier, professeur de sciences politiques à l’Université du Québec à Montréal.

Après la conquête, les élites francophones du Québec se sont ralliées aux institutions britanniques, dont la monarchie, dit-il.

Il y a également eu des efforts pour associer la royauté britannique à la gloire de l’ancienne monarchie française, a-t-il dit, notant que le drapeau québécois fait référence aux symboles royaux français.

Contrairement aux mouvements indépendantistes dans des endroits comme l’Irlande, qui ont été fortement associés au républicanisme, le Parti Québécois n’a jamais fait la promotion de telles croyances lorsqu’il était au pouvoir, a-t-il dit.

Ce reportage de La EssonneInfo a été publié pour la première fois le 11 septembre 2022.

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