C’est terminé pour Téléssonne. La dissolution de la chaîne essonnienne a été actée ce jeudi soir. A quelques jours de son vingt-cinquième anniversaire, la fermeture de l’antenne locale était inéluctable aux yeux de ses actionnaires.

Téléssonne cessera d’émettre à la fin du mois. Une Assemblée générale des actionnaires votera la dissolution de la chaîne et de ses actifs le 30 septembre. C’est ce qu’a décidé le Conseil d’administration de l’antenne essonnienne qui se réunissait ce jeudi soir à Massy. La chaîne présente depuis 25 ans dans le département était proche de la fermeture au début de l’été, à la suite d’une nouvelle baisse de sa subvention du Conseil général, combinée à la non-attribution par le CSA d’une fréquence sur la TNT francilienne. Malgré l’obtention d’un sursis lors du Conseil d’administration du 7 juillet, afin de trouver de nouveaux partenaires privés, et l’annonce d’une ouverture des candidatures pour une fréquence TNT laissée vacante en Ile-de-France, il n’était plus possible de continuer pour les financeurs.

Au sortir d’un Conseil d’administration de plus de deux heures, c’est « la mort dans l’âme » que Jérôme Guedj annonce la nouvelle aux salariés présents, ses collègues lui laissant volontiers la parole. Le président du Conseil général et président de Téléssonne décrit sobrement ce qui a été acté. « On va proposer à l’AG une dissolution à l’amiable. Il n’y a pas eu de retentissement cet été, et l’appel à candidature du CSA arrive trop tard, ce qui ne donne pas les conditions optimales pour y postuler » résume-t-il. Avec la réduction des ressources des collectivités et les économies à réaliser par le département, il n’était plus possible selon lui de continuer à subventionner la chaîne, même si « Téléssonne a été la dernière entité concernée par les baisses de nos dotations » précise Jérôme Guedj.

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Les administrateurs de Téléssonne réunis jeudi soir à Massy (MM/EI)

« Une énorme désillusion »

Les dix salariés de Téléssonne vont donc être licenciés dans les prochaines semaines, et l’actif sera vendu. « Nous assumerons nos responsabilités envers les salariés » indique Jérôme Guedj, qui affirme vouloir « fermer proprement » la chaîne. Face à lui, une partie de l’équipe écoute attentivement ses propos, se doutant des conclusions de la réunion. Parmi eux Patrice Arditti, le rédacteur en chef et présentateur de Téléssonne, ne peut cacher son amertume. « C’est une énorme désillusion, lâche-t-il, il y avait énormément d’espoir depuis plusieurs années parce que la TNT on y croyait tous. Encore cet après-midi on y croyait. Je trouve d’une débilité féroce qu’on n’ait pas réussi à nous faire patienter jusqu’à la décision finale du CSA, en décembre ou janvier. On échoue très près du but » .

Journaliste depuis deux ans à Téléssonne, Maxime Le Men se montre aussi triste : « c’est dommage pour l’Essonne de perdre un média, et surtout un média de télé. Tous les politiques, les artistes locaux, font leur début dans les télévisions locales. Aujourd’hui qui va venir les filmer?  » Et de s’interroger sur « l’avenir de l’information sur le département » . « Pour les jeunes gens de Téléssonne, ils l’oublieront au bout d’un certain temps car ils ont tout leur avenir professionnel à faire. Mais pour moi c’est un peu plus dur » grimace Patrice Arditti, qui affirme en vouloir « terriblement » à ceux qu’il nomme les « fossoyeurs » . Le présentateur de Téléssonne parle ainsi de personnes « qui seront ravies » de cette fermeture, « car si Téléssonne capote, ça sera mis à l’actif ou au passif de certains. Et saborder ces personnes là à travers Téléssonne, c’est peut être bien pour les gens qui ont contribué à nous faire ce naufrage » .

Légende. (MM/EI)

Jérôme Guedj au sortir du CA de Téléssonne (MM/EI)

Cette fin programmée pour Téléssonne sonne le glas d’une expérience de télévision locale adossée aux collectivités. Plusieurs chaînes en région ont également cessé d’émettre ces derniers mois. IC1 (ex Clermont 1ère), Calaisis TV et Voo TV (Dijon) ont arrêté leur diffusion, tandis que TV8 Mont-Blanc est placée en redressement judiciaire. A Toulouse, TLT doit sa survie à une réinjection d’argent de la part de la municipalité. « C’est une réalité, les chaînes régionales en province ferment » commente Michel Pouzol, présent au CA de Téléssonne.

Jérôme Guedj ajoute cependant qu’il n’exclue pas que Téléssonne puisse renaître de ses cendres : « ce n’est peut-être pas une fin totale, il faut envisager toute sorte de possibilités et partenariats pour voir exister un média télévisuel dans le département » . « Pourquoi pas une autre chaîne locale essonnienne, imaginons que quelque chose d’autre se monte » se demande le journaliste Maxime Le Men, je croise les doigts pour que ça se fasse » .

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