Ils l’avaient annoncé, ils ont mis leur menace à exécution. Ce mercredi 3 septembre, les maires récalcitrants ont bloqué l’accès à leurs écoles pour interpeller le gouvernement afin de leur laisser un délai supplémentaire pour appliquer la réforme des rythmes scolaires. Une matinée forte en rebondissements qui s’est conclue par une manifestation devant la préfecture.

Très attendu, le premier mercredi de la rentrée aura été très agité. Si dans une grande partie des communes ce deuxième jour de l’année scolaire 2014–2015 s’est plutôt bien déroulé, on ne peut pas dire que c’était le cas partout en Essonne. Certaines municipalités ont choisi de bloquer l’accès à leurs écoles ce mercredi 3 septembre. Ces villes sont celles dont les maires estiment « ne pas être en capacité de mettre en place la réforme des rythmes scolaires », comme l’explique le maire de Janvry, Christian Schœttl. En cause, le recrutement d’animateurs qualifiés, ou encore le coût de l’application de la réforme ont incité ces maires à demander un report d’un an pour leur permettre de pouvoir mettre en place dans les meilleures conditions le décret Peillon. Seulement celui-ci n’avait pas été accordé.

Ces maires récalcitrants avaient choisi de manifester ce mercredi en bloquant les portes de leurs écoles pour « alerter le gouvernement sur le caractère pratique des choses », souligne le maire de Yerres, Nicolas Dupont-Aignan. Une journée riche en événements.

Les écoles quasiment vides dans les communes « frondeuses »

Ce mercredi matin, une partie des écoliers de l’Essonne auront pu rejoindre leurs maîtres et maîtresses dans leurs écoles, tandis que dans douze communes, les choses étaient tout autres. Dans les villes des élus récalcitrants à la mise en place de la réforme des rythmes scolaires, les équipes municipales ont fait en sorte qu’aucun enfant ne puisse entrer dans les établissements scolaires. Pour cela, certains sont même allés jusqu’à cadenasser les grilles des écoles, comme à Savigny-sur-Orge. Éric Mehlhorn expliquait ainsi sa position sur la réforme des rythmes scolaires à des parents parfois compréhensifs, devant les yeux médusés des institutrices assises devant le bâtiment . (lire notre article)

Même constat du côté de Yerres où de nombreuses chaînes de télé avaient fait le choix de se rendre. Le député-maire de la commune Nicolas Dupont-Aignan commençait ainsi son marathon médiatique, enchaînant les directs en duplex devant des grilles fermées avec des chaînes. (lire notre article)

Une ambiance un peu plus tendue attendait les parents dans la commune voisine de Montgeron. Dans la ville administrée par François Durovray, les portes étaient elles aussi cadenassées. Seulement, une partie des serrures avaient été également changées pour éviter que des cours puissent se tenir. Une situation qui a poussé certains parents à se rendre en mairie pour rencontrer le maire. D’autres parents ont également tenté de faire entrer leurs enfants dans les écoles. (lire notre article)

Ainsi, la majeure partie des villes frondeuses procédait à « l’école morte » ce mercredi, comme l’indiquait le maire de Janvry, Christian Schœttl. Toutefois, quelques communes à l’image de Viry-Châtillon ont manifesté leur hostilité à l’application de la réforme d’une manière plus symbolique, sans cadenas. Quelques pancartes étaient disposées à l’entrée de certaines écoles de la ville, tandis que le maire Jean-Marie Vilain manifestait en compagnie de ses élus devant l’école élémentaire des Érables. Les 2 500 élèves que compte la commune ont pu suivre leurs cours ce mercredi. « Il ne faut pas qu’il y ait de la violence devant les enfants », assure l’édile pour commenter la manière dont son équipe a manifesté ce jour.

La majeure partie des manifestants était des élus. (MM/EI)

La majeure partie des manifestants était des élus. (MM/EI)

« Nous sommes ouverts au dialogue »

Cette matinée de blocage s’est ensuite poursuivie par une manifestation dans les rues d’Évry. Sur les coups de 10h, les premiers bus affrétés par les maires « rebelles » sont arrivés devant la Préfecture de l’Essonne. En tout, 200 personnes avaient fait le déplacement pour venir « soutenir les maires dans leur combat » relate cette mère de deux enfants, profondément contre l’application de cette réforme. De très nombreux élus avaient également pris part au cortège en compagnie des quelques parents d’élèves qui avaient fait le déplacement.

Pendant presque une heure, les instigateurs de cette manifestation vont attendre une entrevue avec le Préfet Bernard Schmeltz. Retenu, c’est finalement le sous-préfet d’Étampes qui a reçu une délégation conduite par Christian Schœttl et NDA en présence de l’inspection académique. Après quelques minutes, le petit groupe d’élus est ressorti. « On leur a dit : « arrêtez d’être bloqués, écoutez, ouvrez des portes, soyez souple, les rythmes scolaires ça s’adapte selon les communes », raconte le maire de Janvry. On a demandé des ouvertures, des souplesses et qu’enfin on arrête d’être psychorigide et autoritaire ».

« Déjà un premier pas de fait », souffle Nicolas Dupont-Aignan pour exprimer le fait que la préfecture leur « ouvre enfin les portes ». Cependant, tout le monde est bien conscient qu’il ne s’agit pas encore d’une victoire. « Ils vont transmettre », poursuit Christian Schœttl. « Dans tous les cas, cela montre que nous sommes prêts pour discuter avec la ministre de l’Éducation Najat Vallaud-Belkacem, renchérit le maire de Yerres. Qu’elle nous reçoive ». 

Les élus attendant le retour de la délégation. (MM/EI)

Les élus attendant le retour de la délégation. (MM/EI)

« Tenir jusqu’au Conseil d’Etat »

Cependant, la fermeté semble être de rigueur dans le gouvernement à propos de cette réforme. Il faudra donc que le mouvement tienne encore jusqu’à cette hypothétique rencontre avec la ministre de l’Éducation nationale. Et c’est bien là le problème. Le maire de Janvry a ainsi demandé « à tout le monde de tenir et de boycotter jusqu’au Conseil d’Etat qui devrait se réunir durant le mois de septembre ». Ce dernier pourrait abroger ce décret.

« Tenir » sera le maître mot pour ce mouvement s’il veut avoir une chance de faire bouger les lignes pour le moment inflexibles du gouvernement. D’autant plus que les élus récalcitrants font l’objet « de pressions monstrueuses de la part de la gendarmerie, la police et des renseignements généraux », affirme Christian Schœttl. Afin de faire perdurer cette action et de remotiver les troupes, les élus frondeurs se réuniront « en fin de semaine pour décider de la suite à donner à notre mouvement », insiste François Durovray.

De nouveaux blocages pourraient être à prévoir dans les écoles mercredi prochain. Reste encore à savoir si les nouvelles menaces du Préfet seront cette fois-ci prises plus au sérieux par les élus. Car, à l’issue de leur entrevue, « il leur a été rappelé que le blocage des écoles ne saurait en aucun cas être toléré, assure la préfecture. Le juge administratif sera saisi des situations de blocage constatées ce matin ».

Il ne reste maintenant plus qu’à savoir qui cédera le premier entre le gouvernement et les « frondeurs ».