L’application de la réforme modifiant le système éducatif, parfois difficile à mettre en place dans certaines communes, provoque un tollé général chez quelques parents, qui n’hésitent plus à faire entendre leur voix. Saint-Pierre-du-Perray résume à elle seule toute la complexité de la mise en vigueur de la réforme et le combat engagé par les parents pour trouver des solutions de substitution.

Et voilà, c’est déjà l’heure de la rentrée ! Toutefois, la rentrée 2014 tend à se démarquer des précédentes années. En ce 2 septembre, l’ensemble des communes de France est dans l’obligation de mettre en place le décret Peillon. Déjà mise en vigueur dans dix villes essonniennes dès l’année dernière à l’image d’Évry et d’Etiolles, la réforme des rythmes scolaires s’accompagne de son lot de couacs et de fausses notes dans certaines communes.

Cette réforme avait été accueillie d’un mauvais œil par une bonne partie des maires essonniens. Près de 120 municipalités avaient donné un avis défavorable à la mise en place de ce décret en avril dernier. Aujourd’hui moins nombreuses, une partie d’entre elles manifesteront leur mécontentement devant les grilles des écoles ce mercredi 3 septembre.

Outre ces « jusqu’au bouttistes », les autres communes ont dû réfléchir avec plus ou moins de temps au programme qu’elles allaient mettre en place. Il y avait déjà peu de temps pour appliquer cette réforme – maximum deux ans –, mais cela a été rendu encore plus compliqué avec les changements de municipalités suite aux élections municipales de mars dernier.

Plusieurs communes connaissent donc des difficultés plus ou moins importantes dans la mise en place du décret. Voici l’exemple de Saint-Pierre-du-Perray, qui présente une situation complexe que vivent de nombreuses mairies en Essonne.

Quand les parents tirent la sonnette d’alarme

Située à l’est de Corbeil-Essonnes, cette commune en forte croissance démographique – elle est passée de 1 000 habitants en 1980 à plus de 9 000 aujourd’hui – a changé de municipalité en mars 2014. Dans un premier temps, la nouvelle équipe municipale avait « demandé un report de l’application du décret pour la rentrée 2015 », explique la nouvelle maire, Catherine Aliquot-Vialat. Seulement, « le gouvernement actuel nous l’impose dès cette année » et la commune limitrophe avec la Seine-et-Marne a dû revoir ses plans pour la rentrée.

Après avoir effectué une nouvelle consultation auprès de parents et enseignants entre mai et juin, la mairie propose sa version finale durant l’été pour la rentrée de septembre. En reprenant les rythmes initiés par la municipalité précédente du socialiste Pierre de Rus, l’équipe de Catherine Aliquot-Vialat instaure entre autres des nouvelles tarifications pour les temps périscolaires. « C’est là que naît le problème !, s’insurge Virginie, mère d’un enfant scolarisé sur la commune. Le problème, c’est que Madame le Maire l’a fait savoir en plein cœur de l’été quand une bonne partie des familles était en vacances ». C’est en recevant mi-août un courrier concernant les inscriptions des enfants au périscolaire, garderie, cantine et centre de loisirs que cette jeune femme a choisi de réagir en fondant un groupe de parents mécontents. « Je me suis aperçue qu’il y avait énormément de changements par rapport aux tarifs de l’année dernière. En plus, le problème, c’est que nous avions inscrit nos enfants en ignorant que des nouvelles tarifications allaient être mises en place. C’est pourquoi j’ai eu l’idée de créer un groupe pour alerter les gens », assure Virginie.  

De fil en aiguille, cette jeune maman s’est lancée dans une mission qu’elle définit comme « apolitique » en créant une page Facebook pour prévenir les familles et commencer à dialoguer avec la mairie. « J’ai commencé à inviter les mamans que je connaissais, plus les personnes qui avaient envoyé des messages sur la page facebook de la mairie. Et puis c’est parti de là », se souvient-elle. En deux semaines, le mouvement comptait déjà plus de 350 personnes. Et il a pris une autre ampleur le soir du Conseil municipal de rentrée le 28 août dernier. À l’appel de la jeune mère, ce sont près de 300 personnes qui ont fait le déplacement afin d’assister aux différents votes de l’ordre du jour et pour avoir des informations sur la rentrée. « Une vraie surprise et une satisfaction », avoue-t-elle. C’est ainsi dans une salle du conseil, finalement trop petite pour accueillir tout le monde, que les premiers arrivés ont pu vivre ce conseil mouvementé, tandis qu’entre 70 et 100 personnes prenaient place dehors.

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Face aux parents, la nouvelle équipe municipale de Saint-Pierre-du-Perray (JL/EI)

Les parents « indignés » à propos des nouvelles tarifications

Ce jeudi 28 août en soirée, près de 300 personnes ont tenté ainsi de trouver des réponses à leurs questions durant ce conseil municipal de Saint-Pierre-du-Perray. Notamment à propos des nouvelles tarifications instaurées par la mairie. Car la réforme des rythmes de l’enfant n’impacte pas que les emplois du temps des écoliers et ceux de leur famille, elle touche aussi le porte-monnaie des parents. Outre des augmentations tarifaires, « nous allions être facturés par forfait, relate Virginie. Un forfait qui comprenait les quatre jours de la semaine, donc si on venait le lundi, mais pas les autres jours, on payait quand même pour le restant de la semaine. Tout le monde a fait ses calculs et au lieu de payer 200 euros par mois, cela leur revenait à 550 euros pour certaines familles. C’est hallucinant ».

Des augmentations tarifaires visibles dans de nombreuses communes. La maire de Saint-Pierre-du-Perray explique ainsi que la ville est dans « un contexte budgétaire tendu ». La mise en place des activités périscolaires « va entraîner des coûts supplémentaires pour les villes », poursuit Catherine Aliquot-Vialat du fait des recrutements massifs d’animateurs couplés aux « baisses de dotations pour la commune. Donc si on n’adapte pas aujourd’hui la manière de tarifier le périscolaire et qu’on ne prend pas des mesures importantes dès maintenant, nous serons dès  l’année prochaine dans une situation complexe », certifie l’édile investi en avril dernier.

Cependant, la pression exercée par les familles de Saint-Pierre-du-Perray a débouché sur une nouvelle étude de ces tarifications. « J’ai entendu vos inquiétudes, lu vos messages, notamment sur Facebook et nous avons convenu d’un assouplissement très important pour les forfaits à la semaine. Vous pourrez réserver les jours que vous souhaitez, du moment que c’est fait deux semaines avant », note la maire. Une petite victoire pour les familles mobilisées « contre la façon d’appliquer la réforme, plus que contre le décret lui-même », explique cette femme, mais les parents mécontents souhaitent maintenant se mobiliser « pour que cette augmentation devienne raisonnable ».

Faire baisser les tarifications est une chose que des parents d’autres communes ont également réussi à faire. À Soisy-sur-Ecole notamment, le groupe de parents « Mourir à Soisy » se satisfait que le maire ait « accepté de supprimer la majoration des tarifs de 10 % ».

Où iront les enfants mercredi ?

La soirée du conseil municipal s’est ensuite embrasée au fil des différentes délibérations prévues à l’ordre du jour. Après des votes houleux concernant les tarifications, Catherine Aliquot-Vialat a choisi de donner la parole au public, encore très présent sur les coups de 23h. Les questions n’ont pas tardé à fuser dans la salle du conseil de la part des parents inquiets. Les réponses, quant à elles, étaient parfois hésitantes.

Outre les nouvelles questions sur les prix des heures en accueils de loisirs, les interrogations ont rapidement porté sur le premier mercredi de la rentrée. Ayant voté la création de 25 emplois dans la soirée, les parents ont émis des doutes sur l’organisation de la journée du mercredi. « Étant donné qu’il vous manque des animateurs pour la rentrée, pouvez-vous nous assurer que nos enfants ne seront pas dans la rue le mercredi midi ? » lance une mère. Les réponses de l’équipe municipale restent confuses. « Nous ne disposons pas de structures assez grandes pour accueillir tous les enfants. Toutefois, nous ferons en sorte qu’aucun enfant ne finisse sur le trottoir », insiste la maire. « Nous rappelons les familles pour savoir si oui ou non elles maintiennent leurs inscriptions pour ce mercredi » afin de « préparer pour le mieux cette journée » annonce le maire-adjoint à l’éducation, Alain Aliquot. Une réponse peu convaincante pour l’assistance qui ne cache plus son inquiétude. « Les premiers enfants arrivés seront les premiers servis ! Les autres iront dans les rues ! », s’insurge une femme. Une interrogation que partageront les familles de Yerres, Viry-Châtillon ou encore Vigneux où les maires manifesteront symboliquement devant les grilles de l’école ce mercredi.

Bref, inutile de préciser que la fin du conseil municipal a été agitée ce jeudi 28 août à Saint-Pierre-du-Perray. Le collectif de parents qui s’est déjà beaucoup impliqué depuis mi-août devrait encore s’entretenir avec l’équipe municipale dans les prochains jours. Une pétition sera d’ailleurs déposée en mairie. Le combat devrait se poursuivre dans d’autres villes comme à Saintry-sur-Seine ou encore Soisy-sur-Ecole où des collectifs se sont également formés pour dénoncer la « mauvaise mise en place des rythmes scolaires ». Ces derniers manifesteront ce mardi 2 septembre devant l’école municipale.

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