Les politiciens québécois cherchent maintenant à séparer le « nous » du « eux ».

Le premier ministre du Québec, François Legault, pourrait bien être sur le point d’être réélu triomphalement, une victoire fondée non pas sur son charisme ou sur des plans audacieux pour l’avenir de la province, mais sur la division, l’exclusion et l' »altérité » d’une partie non négligeable de la population provinciale.

Il portera probablement des coups incapacitants à deux partis qui ont longtemps dominé la politique de la province – le Parti libéral du Québec et le Parti Québécois – ce dernier pourrait être réduit à un seul siège. Il n’y a pas de quoi se réjouir.

C’est ce qu’on appelle la nouvelle politique du nationalisme mou au Québec : plutôt que de se séparer du Canada, les politiciens québécois cherchent maintenant à séparer le « nous » du « eux », et à faire en sorte que l’élection de la « nous, » et non pas « vous autres. »

L' »autre », dans ce cas, ce sont les minorités culturelles de la province, en particulier les immigrants ou les Québécois de première génération. La psyché politique de la province est prise en otage par la croyance répandue, bien que non fondée, que cette population parle trop anglais et refuse de s’intégrer à la société et à la culture québécoises dominantes. Legault a construit toute sa carrière politique en exploitant cette croyance erronée.

Même si cela était vrai, cela n’aurait aucun effet sur la démographie de la province, où les francophones de langue maternelle d’origine européenne constituent environ 85 pour cent de la population provinciale, et où 95 pour cent de la population parle français.

Indépendamment de ces faits, le canard de la dégradation linguistique causée par les minorités a été répété si souvent qu’il a pris une vie propre et que Montréal est devenu une sorte de raccourci dans le langage de la politique québécoise pour les gens et les valeurs qui ne sont pas en phase avec le courant dominant au Québec.

La campagne de Legault est souvent perçue comme étant plus anti-montréalaise que pro-québécoise, une chose remarquable étant donné qu’il réussit à être ouvertement antagoniste envers le moteur économique de la province et le foyer d’un quart de la population du Québec. Dans une récente interview, il a averti à deux reprises les Montréalais de se mêler de leurs affaires lorsqu’il s’agit des politiques de son parti envers les autres régions de la province, comme si les Montréalais n’étaient pas des participants à part entière et égaux dans la gouvernance de la province.

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L’hostilité manifeste de M. Legault à l’égard de Montréal – et de ce que la ville représente – se manifeste de diverses façons, allant de la mesquinerie à l’ignorance en passant par le racisme. Au cours de la semaine dernière, Legault a tourné en dérision la réforme électorale comme quelque chose qui ne concerne que les intellectuels (comme Justin Trudeau, Legault était en faveur de la réforme électorale avant d’être élu ; Montréal n’est représentée que par environ 20 % des sièges à l’Assemblée nationale alors qu’elle représente un quart de la population de la province) et a ordonné le retrait de la traduction anglaise du programme de son parti de son site Web.

Plus grave encore, lorsqu’on lui a demandé pourquoi il refuserait d’accepter plus de 50 000 nouveaux immigrants, M. Legault a dit tout haut la partie silencieuse en déclarant : « Les Québécois sont pacifiques. Ils n’aiment pas les querelles. Ils n’aiment pas les extrémistes. Ils n’aiment pas la violence. Donc, il faut s’assurer de garder les choses telles qu’elles sont ».

Legault a commodément omis que les récents problèmes d’extrémisme et de violence dans la province ont été uniformément dirigés contre les minorités visibles du Québec, et non pas causés par elles.

Bien que le premier ministre ait par la suite présenté des excuses peu convaincantes, celles-ci étaient néanmoins conformes aux politiques adoptées par son gouvernement et à un changement général de ton dans le discours politique du Québec au cours des dernières années, qui semble parfois importé des États-Unis.

Une récente publicité du Parti Québécois suggère même la présence de hordes musulmanes à la frontière sud de la province. Dans un autre cas, une publicité dépeint la langue anglaise se répandant au Québec comme un virus émanant de Montréal.

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Le sentiment populaire anti-immigrant du Québec est particulier car la province a besoin d’augmenter l’immigration simplement pour maintenir son nombre de sièges au Parlement et tous les principaux partis veulent un plus grand contrôle de la politique d’immigration par le gouvernement fédéral.

Malgré cela, les politiques de Legault ne suggèrent pas que le Québec soit un endroit accueillant. Le projet de loi 21 interdit aux personnes employées dans le secteur public provincial de porter des symboles religieux, tandis que le projet de loi 96 étend la restriction de l’enseignement en anglais pour les non-anglophones au système des collèges communautaires provinciaux. Ces deux lois ont été largement condamnées pour leur parti pris inhérent contre les minorités de la province. Les conséquences de ces lois se feront sentir à Montréal d’abord et avant tout.

Bien que le Parti libéral du Québec aurait pu profiter de cette élection pour se présenter comme une alternative claire à Legault et à ses politiques de division, la chef Dominique Anglade semble plutôt s’aligner sur les fausses prémisses des politiques de Legault, allant jusqu’à critiquer ses propres candidats pour s’être prononcés contre les projets de loi 21 et 96 (qui ne sont pas populaires à Montréal).

Ainsi, la base de soutien traditionnelle du Parti libéral du Québec, composée de fédéralistes québécois, d’anglophones, de minorités culturelles et de Montréalais, est en train d’être rongée par les concurrents de pas moins de six autres partis.

Bien que le résultat de l’élection soit déjà connu d’avance, il reste une population de plusieurs millions de Canadiens vivant au Québec qui se retrouveront bientôt essentiellement exclus de la politique de la province. Ils seront représentés, mais sans valeur politique particulière, et soumis aux lois punitives promulguées par des populistes paranoïaques. Qui se battra pour eux ?

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