Les actionnaires de la chaîne locale ont repoussé à septembre leur décision de fermer ou non Téléssonne. Ils se donnent deux mois pour tenter de trouver de nouveaux partenaires financiers, afin de relancer les programmes à la rentrée. Sous peine de disparition.

La fin de Téléssonne n’a pas été actée ce lundi soir. Comme nous vous l’annoncions ce week-end, la chaîne essonnienne était sous le coup d’une menace de fermeture pendant l’été, avec le désengagement des principaux financeurs quant à une nouvelle saison. Le Conseil général (CG) ne cache pas qu’il ne croit plus en la viabilité économique de ce média qui existe depuis 25 ans, à cause notamment de la non-attribution par le CSA d’une fréquence sur la TNT.

La publication de cette information a fortement fait réagir en Essonne. Outre de nombreux messages de solidarité postés par des Essonniens sur les réseaux sociaux, inquiets de voir disparaître « leur » chaîne, plusieurs acteurs de l’audiovisuel du département notamment, se sont rapprochés du Conseil général ce lundi, pour faire part de leur étonnement voire de leur mécontentement. Un collectif d’une vingtaine de réalisateurs et producteurs ont ainsi fait parvenir une lettre à Jérôme Guedj, le président du CG et de Téléssonne, l’alertant sur le rôle essentiel que joue la chaîne dans le secteur de la production audiovisuelle en Essonne.

Selon Elie Seonnet, de la société de production BKE, « de nombreux films documentaires sont réalisés dans le département grâce à la diffusion sur Téléssonne, avec les subventions du CNC (Centre national de cinématographie). Sans elles, nous n’aurions pas pu produire nos films sur les studios d’Arpajon ou l’observatoire Camille Flammarion par exemple » . Un master de l’université d’Evry (Image et société) est également étroitement lié à la chaîne puisqu’il forme de jeunes réalisateurs sur le territoire.

Le Conseil général réagit enfin

Un ensemble de facteurs qui ont conduit le Département à revoir sa copie, et à envisager sur le tard une autre solution que la fermeture pure et simple de la chaîne. « On commence à travailler sur un nouveau modèle, peut-être pour redonner une impulsion à la chaîne » confiait-on ce lundi au Conseil général. Du côté des villes actionnaires (Les Ulis, Massy, Palaiseau, Chilly-Mazarin, Igny, Bièvres), on était avant cette réunion en attente d’une position ferme du Conseil général, avec une tendance plutôt pessimiste sur le devenir de Téléssonne.

Après deux heures de réunion, et de longs débats entre représentants des communes, des élus du département ou de la Chambre de commerce et d’industrie (CCI) de l’Essonne, le Conseil d’administration a repoussé la décision de mettre un terme ou non aux activités de la chaîne. Selon le communiqué de Téléssonne parvenu tard dans la soirée de lundi, « les administrateurs de la chaîne départementale, sur proposition de son président, ont accordé un délai de deux mois à la direction pour trouver les recettes nécessaires à sa survie » .

Il est demandé à la direction de la chaîne de trouver des partenaires privés, d’ici le mois de septembre, afin de « tenir, le temps d’avoir une fréquence TNT » résume Frédéric Louis, le directeur de Téléssonne. « Nous lançons donc un appel le plus large possible » indique-t-il, afin de trouver de nouvelles ressources. Une « Assemblée générale extraordinaire » devra se tenir dans la deuxième quinzaine de septembre, pour acter définitivement sur la suite. « On s’est donné un peu de temps pour trouver des solutions » indique Philippe Lavialle, président de la CCI de l’Essonne, qui regrette toutefois : « cela fait trop longtemps que l’on n’arrive pas à trouver un modèle économique qui fonctionne » . Nicolas Schoettl, conseiller général de Limours et membre de l’opposition départementale, a également validé l’idée de repousser la décision : « il faut trouver des sous, et pour cela nous laissons un délai » . Il est nécessaire selon lui de « donner une chance à la chaîne, ne pas la lâcher aussi vite » .

Guedj en appelle au « patriotisme essonnien »

Après un week-end de silence, Jérôme Guedj s’est finalement exprimé sur la situation à la sortie de ce Conseil d’administration. « Là, on était dans l’impasse, avec la conjonction de l’inertie du paysage audiovisuel et la baisse des dotations aux collectivités. D’ici à septembre, nous devons trouver des soutiens privés du département, ainsi que des collectivités, pour acheter de la publicité sur Téléssonne, j’en appelle au patriotisme essonnien » explique-t-il à Essonne Info. Selon le président de la chaîne et du CG, « personne n’a envie d’arrêter la chaîne, le salut passe par l’attribution d’une chaîne régionale sur la TNT » . Et de préciser que depuis son entrée majoritaire au capital de la chaîne essonnienne en 2003, le Département « a investi 15,7 millions d’euros » .

Avec cet appel au soutien financier auprès des collectivités et entreprises locales, Jérôme Guedj espère réunir « plusieurs centaines de milliers d’euros » pour maintenir la chaîne une année de plus .Parallèlement, Téléssonne souhaite obtenir la fréquence TNT d’ici la fin 2014, afin de développer ses recettes publicitaires. Elle compte pour cela sur le CSA, à qui il est unanimement reproché la situation actuelle, en n’ouvrant pas les canaux promis dès 2010 pour les télés franciliennes.

Ce délai de deux mois permet de prendre le temps d’envisager une suite pour la chaîne essonnienne, tout en imaginant plusieurs scénarios d’ici septembre. Mais jusqu’à aujourd’hui, peu d’initiatives ont été prises, ce qui rend la situation intenable, avec un manque cruel d’anticipation. Pour le moment, les salariés de la chaîne restent dans l’incertitude quant à leur devenir. Ce lundi soir, leur rédacteur en chef Patrice Arditti attendait les conclusions de la réunion des actionnaires. Au sortir de ce conseil, il ne peut cacher son scepticisme : « on est en attente d’éclaircissements, car l’équipe n’est toujours pas fixée sur son sort, on ne sait pas si on va devoir préparer une grille de rentrée » . « Concrètement, si on me demande si on existe à la rentrée, je ne sais pas, j’espère… » poursuit l’ancien présentateur de Canal + à la tête de la rédaction locale depuis huit ans, « mais l’appel est lancé : nous avons deux mois pour sauver Téléssonne » .

En s’accordant un délai, le Conseil général tente de faire bouger les lignes. Jérôme Guedj assure ainsi que « plusieurs agglomérations » seraient prêtes à mettre au pot. Reste à savoir si au delà de cette mobilisation attendue pour trouver de nouvelles ressources à la chaîne, il puisse être élaboré un véritable projet de territoire concernant l’audiovisuel en Essonne, en lien étroit avec la politique culturelle départementale, et tout en s’appuyant sur le riche tissu existant. Un vrai challenge.