Ce jeudi matin devant le centre pénitentiaire de Fleury-Mérogis, une centaine de gardiens de prison manifeste afin d’obtenir de meilleures conditions de travail.

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« Ne sommes nous dirigés que par des inconscients, arrivistes, incompétents, pleutres et suicidaires ?? ». Ce jeudi matin aux alentours de 7h30, une centaine de matons manifeste à quelques dizaines de mètres du centre pénitentiaire de Fleury-Mérogis. Accompagnés par les syndicats FO pénitentiaire (Force ouvrière) et SPS (Syndicat pénitentiaire des surveillants), arrivés une demi-heure plus tôt, les gardiens de prison protestent notamment pour dénoncer leurs mauvaises conditions de travail.

Blocage filtrant

C’est donc avec l’objectif de faire bouger les choses que les matons se mobilisent. Palettes, draps et pneus bouchent la seule et unique route qui mène au centre pénitentiaire, l’avenue des Peupliers. « C’est un peu plus filtrant que ce qui était prévu », peste quelque peu Hubert Moreau, directeur de l’établissement. Les visiteurs sont en effet les premiers à être bloqués. Certains s’agacent : « C’est bloqué, il nous font chier », lance une dame d’une cinquantaine d’années. Et si quelques insultes fusent, d’autres conducteurs préfèrent descendre de voiture pour demander quelques renseignements aux manifestants ou alors traverser le barrage à pieds pour rejoindre le centre pénitentiaire.

Après plusieurs longues minutes de flottement, le barrage commence néanmoins à mieux s’organiser. « On filtre juste les gendarmes, les familles qui vont au parloir on les laisse rentrer », ordonne alors un des membres du syndicat FO à ses collègues. Encadrée par deux camions de gendarmes, la manifestation se déroule alors sans débordement notable. « La crainte c’est les personnes qui viennent d’ailleurs. Autant le personnel de l’établissement, j’ai confiance, autant certains pourraient être moins contrôlables », déplore pourtant le directeur en précisant que d’autres manifestants sont venus de plusieurs coins de France. Et si la solidarité est de mise sur tout l’hexagone, c’est tout simplement parce que tous les surveillants des prisons de toute la France sont touchés par ces mauvaises conditions de travail.

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Une revendication nationale

Le motif principal de cette manifestation : l’article 57 de la loi pénitentiaire de 2009 maintenu par Christiane Taubira, qui interdit les fouilles systématiques. « On est obligés de se justifier pour fouiller. Tout et n’importe quoi rentre en prison », lance un des membres du syndicat FO pénitentiaire. « Application loi pénitentiaire art 57, Taubira m’a tué », pouvons nous lire sur une affiche accrochée sur l’un des grillages près du centre pénitentiaire. Un sentiment visiblement partagé au niveau national puisque de nombreux blocages et manifestations se sont déjà déroulés dans le reste de la France à ce sujet cette année, notamment aux Baumettes à Marseille le mois dernier.

Autre objet de protestation, celui de la surpopulation carcérale. En France au 1er avril 2014, on comptait près de 69 000 détenus pour environ 57 700 places. Et si la construction de nouvelles prisons a, à plusieurs reprises été évoquée, notamment par Manuel Valls dans sa lettre au Président François Hollande, révélée par Le Monde en Juillet dernier, le problème reste bel et bien d’actualité. En ce qui concerne la prison de Fleury-Mérogis, elle compte actuellement aux alentours de 4100 prisonniers pour moins de 2800 places. Une situation inacceptable qui implique notamment le rassemblement de plusieurs prisonniers dans une seule et même cellule. « On travaille en sous effectif » , ajoute alors le syndiqué, qui affirme par ailleurs que ses collègues surveillants et lui-même sont « trop souvent agressés ».

La revalorisation salariale se présente alors comme une nouvelle revendication, compte tenu des risques auxquels se confrontent les matons chaque jour.« Officiers pénitentiaires nous sommes cadres. Nous en voulons le statut et la paye », souligne une autre affiche accrochée sur un grillage. Interrogé sur les fameuses revendications de ses salariés, le directeur du centre pénitentiaire, Hubert Moreau, n’a pas souhaité réagir.