Alors que le pont de Villeneuve-Saint-Georges sera partiellement fermé pendant près de 6 mois à partir de juillet, le projet de pont entre Athis-Mons et Vigneux refait surface. Même si la région a choisi de rejeter ce projet, les élus locaux n’en démordent pas et projettent de financer eux-mêmes une enquête publique.

Voilà maintenant près de quarante ans que ce dossier traîne dans les cartons des élus. Autant d’années qu’on le remet au goût du jour, mais il finit toujours par repartir aux oubliettes après. Ce projet, c’est la création d’un nouveau point de franchissement de la Seine dans le nord du département. Le but serait ainsi de relier Athis-Mons et Vigneux-sur-Seine par le biais d’un pont.

Cette idée était ressortie des placards en fin d’année 2012, lorsqu’une partie du pont de Villeneuve-Saint-Georges s’était affaissée suite à des opérations de salage successives. C’est à cette même période que le Conseil régional s’était notamment positionné sur la création d’un nouveau pont réservé aux transports en commun et qui ne devait pas être construit avant l’horizon 2030. Une décision qui réjouissait certains élus de l’époque, comme l’ancien maire de Montgeron Gérald Hérault, mais qui en offusquait d’autres comme son opposant de l’époque François Durovray. Pour ce dernier, la date de la livraison du pont et sa fonction ne correspondaient pas aux attentes des milliers d’usagers.

Des ponts qui arrivent à saturation

C’est ainsi qu’il y a quelque mois, un nouvel amendement sur ce projet a été déposé afin de raccourcir les délais de construction auprès du Conseil régional. La raison principale, un trafic routier de plus en plus important. « Il n’y a qu’un seul pont pour 600 000 habitants, s’emporte François Durovray, nouveau maire de Montgeron et conseiller régional en charge de la question des transports. Les autres ponts sont ceux de l’A86 au Nord et de Juvisy-sur-Orge au Sud. C’est le seul endroit où l’on peut franchir la Seine sur un tronçon de 11 km ».

L’état des lieux des ponts en activité est presque sans appel pour le Montgeronnais. « Le pont de Villeneuve-Saint-Georges est surchargé. Et c’est déjà presque un enfer de l’emprunter ». Difficile donc de traverser ce nœud routier aux heures de pointe, matin midi et soir. Un passage déjà laborieux pour les usagers, d’autant plus qu’il sera en travaux jusqu’à la fin de l’année. « Il y aura une fermeture partielle du pont de Villeneuve-Saint-Georges à partir de juillet. Une seule voie sera ouverte de la rive gauche vers la rive droite », déplore François Durovray, qui s’inquiète des conditions de circulation que cela engendrera. « Soit les gens se dirigeront vers les transports en commun, soit ils se rabattront sur un autre itinéraire avec leur véhicule. Dans les deux cas, cela impactera négativement sur leur quotidien avec une à deux heures de plus à passer sur le trajet », poursuit-il.

Des itinéraires de substitutions pour traverser la Seine de la rive droite vers la rive gauche, il y en a peu dans le secteur. Et pour le pont de la Première Armée Française qui relie Juvisy-sur-Orge à Draveil, la problématique est la même que pour celui de Villeneuve-Saint-Georges. « Il arrive malheureusement aussi à saturation rapidement, explique Robin Reda, maire de Juvisy. On a vraiment besoin entre ces deux points majeurs d’un nouveau point de franchissement, d’autant plus que la rive droite de la Seine s’urbanise de plus en plus et qu’il y aura donc encore plus de migrations sur la Seine », souligne l’édile Juvisien.

Outre la question du désengorgement d’une partie du département, les défenseurs du nouveau pont avancent un nouvel argument, celui des économies qu’il procurerait. « Le pont est estimé à 30 millions d’euros. Cependant, ce n’est rien par rapport aux 22 millions que coûtent annuellement les embouteillages sur le pont de Villeneuve-Saint-Georges en termes de pollution et d’heures perdues », détaille François Durovray.

Voilà donc pourquoi une nouvelle proposition a été présentée sur ce sujet au Conseil régional le 19 juin dernier. Finalement, cette dernière a été rejetée lors d’un vote au grand dam du maire de Montgeron qui regrette le choix de ses collègues conseillers régionaux.

Les agglos veulent lancer leur propre enquête publique

Abattu, mais pas définitivement enterré ; c’est vraiment ce qui pourrait définir ce projet qui devrait rebondir une énième fois dans les prochains mois. François Durovray souhaite ainsi qu’une enquête publique soit organisée. Seulement, celle-ci ne pourra se faire sous l’égide de la région, mais sous celle des élus locaux eux-mêmes. « Ce projet est tellement vital pour nos concitoyens que nous ne devons pas baisser les bras maintenant », garantit le maire de Montgeron qui fera prochainement voter une date pour réaliser l’enquête publique au sein de l’agglomération Sénart-Val de Seine (CASVS) qu’il préside.

Du côté de la rive gauche, les élus sont également en bonne voie pour accorder leurs violons avec leurs homologues de la rive droite, même si certains d’entre eux émettent toutefois quelques inquiétudes. « Je suis plutôt favorable au projet, mais il faudra au cours de cette enquête publique bien évaluer l’impact de la création d’un nouveau pont sur nos routes entre Juvisy et Athis-Mons », note Robin Reda, qui est également président de la communauté d’agglomération des Portes de l’Essonne (CALPE). En effet, ce projet pourrait augmenter le trafic routier sur des axes de la rive gauche. « C’est d’ailleurs ce que craignait l’équipe municipale de l’ancien maire d’Athis-Mons, François Garcia, rappelle Robin Reda. Avec l’arrivée de Christine Rodier, il y a une position moins dogmatique des élus de la commune envers ce projet et nous avons pris conscience qu’il fallait faire quelque chose ». Pour sa part, Christine Rodier dément ardemment être en accord avec ce projet. « S’il y a bien un point sur lequel j’étais d’accord avec l’ancienne majorité athégienne, c’est sur le sujet du pont. J’y suis tout à fait hostile. Il est hors de question de déverser la rive droite sur la rive gauche qui est déjà surchargée de camions. Toutefois, il est clair qu’il faudra trouver une solution, mais il s’agira d’en trouver une autre que celle-ci », assure Christine Rodier, maire d’Athis-Mons.

Les inquiétudes sont là, mais la volonté de faire évoluer les choses est également présente chez certains élus de la rive gauche. Pour François Durovray qui comprend totalement ces angoisses, « l’idée n’est pas de rajouter des voitures sur la rive gauche, mais d’apporter plus de fluidité sur nos routes respectives ».

Ainsi, la CASVS, la CALPE et l’intercommunalité de Villeneuve-Saint-Georges devraient financer elles-mêmes d’ici l’automne cette enquête publique qui déterminera l’impact d’un nouveau point de franchissement de la Seine. Ce pont qui coûterait la coquette somme de 30 millions d’euros pourrait en plus de désengorger la rive droite du fleuve, réorganiser également totalement les réseaux de transports en commun du nord-est du département. Voilà pourquoi Robin Reda et François Durovray ne souhaitent « pas se précipiter dans la réalisation de ce programme » et « prendre le temps pour ne pas brûler les étapes en réalisant une enquête rigoureuse ».

Il faudra donc attendre encore quelques temps pour peut-être voir et emprunter ce pont. Ne reste plus qu’à savoir si cela se comptera en années ou en décennies…

Article mis à jour vendredi 27 juin, à 10h30, avec les propos de Christine Rodier, maire d’Athis-Mons.