Un nouveau modèle d’enseignement supérieur est en train de voir le jour avec la construction du campus Paris-Saclay. Mais son caractère hybride pose la question de la représentativité des différents acteurs dans ses instances, et plus largement, du modèle démocratique des universités.

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Avec la constitution de l’université Paris-Saclay, les cartes sont totalement rebattues au sein de l’enseignement supérieur. La Communauté d’universités et établissements (Comue) créée entre deux universités (Paris-Sud Orsay et Versailles-Saint-Quentin) et neuf grandes écoles chamboule totalement l’organisation du système universitaire tel qu’on le connaît (lire notre article).

Avec un calendrier qui s’accélère, puisque dès septembre prochain, l’université Paris-Saclay sera officiellement sur les rails, les établissements membres avaient à se prononcer sur les statuts de cette Comue. Ils ont par exemple été adoptés le 19 juin dernier par l’école Polytechnique, et ont été débattus puis votés ce lundi au Conseil d’administration de l’université Paris-Sud (ex Paris 11-Orsay).

Plusieurs représentants élus en ont profité pour soulever des interrogations quant au calendrier et l’organisation à venir de cet ensemble. Le 22 mai dernier, les organisations syndicales des différents établissements et organismes de recherche associés soulignaient dans un courrier à l’adresse du Premier ministre le manque de temps imparti pour la constitution de cette Comue. « Cela est incompatible avec un processus démocratique s’appuyant sur les acteurs concernés, que ce soit les personnels de l’Enseignement supérieur et de la Recherche (académique ou non), les étudiants, les collectivités locales » écrivent les 15 organisations signataires.

Risque de « chèque en blanc »

Au sein du CA de l’université Paris-Sud, plusieurs voix se sont également faites entendre sur l’intégration de l’établissement au sein du campus Paris-Saclay. Sabine Nagel est maître de conférence en économie et élue au Conseil d’administration de l’établissement. Selon elle, « la politique de coopération de site est très pertinente, j’y suis favorable, mais les universités offrent tout, nos doctorats, nos masters, avec un vrai risque de chèque en blanc, car dans cette organisation, ce sont les écoles qui impriment leur marque » . Comme d’autres élus, elle s’est ainsi abstenue sur ces nouveaux statuts.

Le futur Conseil d’administration de l’université Paris-Saclay sera composé de six représentants des établissements, cinq enseignants chercheurs, trois personnels administratifs et deux étudiants. Un poids jugé « ridicule » par le président de l’Union nationale des étudiants de France (Unef) William Martinet. Présent fin mai à Evry pour une rencontre nationale des élus étudiants, ce dernier n’hésite pas à critiquer le modèle démocratique en préparation : « on ne peut pas accepter qu’il y ait le moindre lieu de pouvoir, une université ou un regroupement d’universités, où les étudiants ne peuvent pas défendre leurs conditions d’étude. Par exemple, la représentation étudiante à Paris-Saclay est détestable, on est à deux représentants étudiants dans le Conseil d’administration. Je pense qu’il y a une volonté d’écarter les étudiants des centres de décision » .

« Une université à part entière »

« C’est un énorme chamboulement » concède Elisabeth Dufour-Gergam, directrice de la formation de la Fondation de coopération scientifique (FCS), structure de base de l’université Paris-Saclay, mais assure-t-elle, « ce sera une université à part entière, avec un modèle qui n’existe pas, c’est une structure originale à monter, à faire fonctionner, et nous avons la volonté de ce que chacun y soit correctement représenté » .

Représentant du Snesup à l’université d’Evry, qui est appelée à rejoindre Paris-Saclay d’ici trois ans, Philippe Naszalyi est quant à lui méfiant sur le modèle universitaire proposé : « les universités sont démocratiques depuis le XIIIè siècle, le principe de la FCS, c’est un système privé, dans lequel les grandes écoles ont le plus grand poids, c’est pourquoi les statuts de la Comue ont été rejetés dans les Comités techniques des différents établissements » .

Avec un Conseil d’administration lié au comité Idex (qui bénéficie des financements liés aux initiatives d’excellence de l’Etat) et un Conseil académique consultatif (CAC) de 200 membres, difficile de s’y retrouver dans cette future organisation. « Il y a un comité de pilotage et des directions, avec un CAC indépendant, ce qui favorisera la visibilité de notre excellence » souligne pour sa part Elisabeth Dufour-Gergam. L’année 2014–2015 sera ainsi celle de la mise en application de ces dispositifs. Le temps de se rendre compte si la mécanique en oeuvre sera bien huilée.