Québec solidaire est le choix préféré des jeunes de la province, mais voteront-ils ?

MONTRÉAL – Gabriel-Nadeau Dubois est monté sur un lutrin dans un parc de l’est de Montréal mercredi, promettant de livrer ce qu’il a appelé une « révolution des transports ».

Avec son costume vert forêt et le fleuve Saint-Laurent comme toile de fond, le co-porte-parole de Québec solidaire, âgé de 32 ans, a livré la dernière d’une série de promesses audacieuses qui ont inclus une surtaxe sur les VUS et autres véhicules polluants, de nouveaux impôts sur la richesse et les gros héritages et une promesse d’acheter 10 000 maisons pour les revendre à rabais.

Les jeunes, semble-t-il, sont à l’écoute.

Alors que les sondages successifs placent la Coalition Avenir Québec de François Legault loin devant dans la course aux élections provinciales du 3 octobre, le premier choix des électeurs âgés de 18 à 34 ans est Québec solidaire, un parti souverainiste de gauche axé sur le changement climatique, l’inégalité des richesses et la crise du logement.

Nadeau-Dubois, qui partage les fonctions de « co-porte-parole » du parti avec Manon Massé, est un ancien leader des manifestations étudiantes de 2012 au Québec. Il compte sur le soutien continu des jeunes Québécois instruits, qui sont aussi les moins susceptibles de se présenter aux urnes.

Bien que ses promesses aient suscité le mépris de ses adversaires, Nadeau-Dubois n’a pas peur de dire que la société doit changer si elle veut lutter contre la crise climatique et payer les services aux personnes âgées, entre autres. Le slogan de son parti, « Changer d’ère », se traduit par « changer d’époque ».

« Je suis honnête avec les Québécois. Je suis transparent avec les Québécois quand je leur dis que les choses doivent changer », a-t-il déclaré mercredi. « Les choses doivent changer si nous voulons un bel avenir pour nos enfants et nos grands-parents ».

Mercredi, il a annoncé un plan de 47 milliards de dollars sur huit ans pour investir dans le réseau de transport en commun de la région de Montréal par l’expansion du métro, un nouveau tramway et des voies réservées aux autobus.

C’est le genre de promesse qui plaît à sa jeune base, qui a contribué à propulser le parti vers une percée de 10 sièges en 2018, contre trois à l’élection précédente.

Un sondage Léger publié à la fin du mois d’août montre que la Coalition Avenir Québec est en tête dans l’ensemble, avec 42 % d’appui contre 17 pour les libéraux et 15 pour Québec solidaire. Mais chez les électeurs âgés de 18 à 34 ans, Québec solidaire est en tête avec 36 pour cent d’appui, contre 26 pour la CAQ et 16 pour les conservateurs – un autre parti qui a connu une augmentation de l’appui des jeunes.

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Danielle Pilette, professeure agrégée en stratégie, responsabilité sociale et environnement à l’Université du Québec à Montréal, affirme que les jeunes électeurs québécois ont été fortement influencés par les manifestations massives de 2012 sur les hausses proposées des frais de scolarité, au cours desquelles des dizaines de milliers d’étudiants en colère ont suivi Nadeau-Dubois dans les rues.

Selon elle, les manifestations ont suscité un intérêt durable pour des questions telles que l’accès à l’enseignement supérieur et les causes environnementales, et ont également conduit beaucoup d’entre eux à se retourner contre la vieille garde des libéraux et du Parti québécois, qu’ils considéraient comme ne répondant pas à leurs préoccupations.

Selon elle, il n’est pas surprenant que beaucoup de ces électeurs se tournent vers Québec solidaire, qui défend l’environnement et l’égalité des classes. Mais elle a noté que les électeurs jeunes et éduqués sont moins  » homogènes  » que les électeurs plus âgés, ce qui explique pourquoi certains se tournent vers  » l’ordre social  » promis par les conservateurs.

Et tout parti qui dépend du vote des jeunes a un chemin difficile vers la victoire. Non seulement ils constituent un segment plus petit d’une société vieillissante, mais ils sont moins susceptibles de voter.

Lors de la dernière élection québécoise de 2018, seulement 53 % des électeurs de moins de 35 ans ont voté, contre près de 70 % des 35 ans et plus.

Pendant que Nadeau-Dubois livrait sa promesse en matière de transport en commun dans l’est de Montréal, sa coporte-parole était à Trois-Rivières et à Québec, poursuivant sa tournée de plusieurs semaines dans les universités de la province.

En entrevue, Mme Massé a dit que son approche consiste à écouter ce que les jeunes ont à dire et à leur rappeler qu’ils peuvent faire une différence.

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« Les jeunes de moins de 34 ans représentent près du tiers de l’électorat québécois, et par conséquent, s’ils votent, ils ont la possibilité de façonner le résultat du vote », a-t-elle déclaré lors d’une entrevue téléphonique.

« Cela semble les toucher comme un argument, car j’ai vu ces derniers jours qu’ils sentent que leur vote peut compter ».

Ceux qui ne votent pas, dit-elle, lui disent généralement que c’est parce qu’ils n’ont pas l’impression que les politiciens se soucient suffisamment des questions qui sont importantes pour eux, comme le changement climatique.

Bien qu’il puisse sembler étrange que le parti envoie une femme de 59 ans aux cheveux argentés pour rejoindre les étudiants, Mme Massé a déclaré qu’elle était heureuse d’abandonner le rôle de chef parlementaire et de futur premier ministre à son jeune collègue afin de se concentrer sur ce qu’elle estime être sa plus grande force : établir des liens avec les électeurs sur le terrain.

M. Pilette croit que Québec solidaire a une base solide de jeunes partisans passionnés et que les inciter à voter n’est pas le plus gros problème du parti.

Le défi du parti est plutôt d’attirer les générations plus âgées qui seront probablement découragées par les promesses les plus radicales, comme une taxe sur la richesse ou les héritages de plus d’un million de dollars, dit-elle.

Elle croit également que le parti s’appuie peut-être trop sur Nadeau-Dubois, qui, selon elle, est une figure plus « dogmatique » et moins sympathique que Massé, qui est connu pour être accessible et au franc-parler.

« On voit les limites de leur programme, surtout en ce qui concerne la fiscalité, et on voit les limites du messager, qui est M. Nadeau-Dubois « , a-t-elle dit.

Nadeau-Dubois, au parc de Montréal, a semblé reconnaître le fossé générationnel et a demandé à ses jeunes partisans de faire appel aux membres plus âgés de leur famille pour donner une chance à son parti.

« Parlez à vos parents, allez parler à vos tantes, vos oncles, vos grands-parents », les a-t-il exhortés. « Nous avons besoin que toutes les générations travaillent ensemble si nous voulons réussir dans notre lutte contre le changement climatique. »

Ce reportage de La EssonneInfo a été publié pour la première fois le 8 septembre 2022.

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