À l’occasion des élections européennes, de nombreuses formations politiques, souvent méconnues, présentent une liste pour ce scrutin. Entre les difficultés de finances et de visibilité rencontrées durant cette campagne, chaque candidat espère se servir de ces élections comme un tremplin pour l’avenir. 

31 listes. C’est le nombre de candidatures enregistrées en préfecture pour les élections européennes qui se dérouleront le 25 mai prochain. Un record pour la circonscription de l’Île-de-France qui est ainsi la seule à dépasser la barre des trente listes, les sept autres régions atteignant en moyenne un total de 24 listes. La plupart des partis dits « traditionnels » sont ainsi représentés dans ce contingent impressionnant, comme l’UMP, le PS, le MoDem-UDI, les Verts, le Front de Gauche ou encore le FN. Toutefois pour cette circonscription, une multitude de « petits partis » ont également répondu présents pour ce rendez-vous électoral européen. « Chacun a des idées qu’ils trouvent cohérentes pour faire avancer les débats. Je trouve que c’est très bien qu’il y ait des propositions », souligne Alexis Lenne qui sera troisième sur la liste des « Citoyens du vote blanc ». « C’est la démocratie » renchérit Valérie Bugault, deuxième sur la liste de l’Union Populaire Républicaine (UPR).

La majorité de ces listes participe même à leur première élection. Une campagne qui n’est pas toujours simple à mener pour ces petites formations politiques qui « ne sont pas toujours logées à la même enseigne », rappelle Valérie Bugault.

Une campagne faite avec les moyens du bord

Linas, lundi soir. Farid Ghehoueche et deux militants pour la liste « Cannabis sans frontières – stop la prohibition » attendent devant la salle de la Lampe. Une invitation avait été diffusée de leur part pour un « meeting-débat » dans le cadre des élections européennes. « Nous avions fixé un temps de campagne ici, car Linas est la seule ville d’Île-de-France qui nous a invités à utiliser une de leurs salles », confie Philippe Pereira, le mandataire financier de la campagne. À l’instar d’une bonne moitié des 31 listes qui se présentent dans la circonscription Île-de-France pour ce scrutin, celle conduite par Farid Ghehoueche fait campagne avec les moyens du bord.

Voici donc une des difficultés auxquelles doivent s’astreindre les petites formations politiques. Pour pallier ce manque de notoriété, certains partis politiques n’hésitent pas à remplacer les réunions publiques et les meetings par des « séances de tractages intensives sur les marchés, indique Valérie Bugault, colistière de François Asselineau à l’UPR. Nous organisons quelques rencontres dans des cafés également pour faire entendre notre discours ».

Même combat pour les autres formations politiques qui rencontrent également certaines difficultés pour financer leur campagne. C’est notamment le cas du Parti Européen fondé par Louis de Gouyon Matignon. Ce jeune homme de seulement 22 ans milite pour une Europe fédérale, unie, forte, solidaire et démocratique. « Notre parti est assez récent étant donné que je l’ai fondé il y a deux mois à peine. Cela n’a pas été simple de lever des fonds pour financer cette campagne, mais nous y sommes arrivés assez rapidement finalement », résume celui qui se présentera pour la première fois en tant que tête de liste.

Louis de Gouyon Matignon a ainsi récolté une enveloppe de 3 000€ pour ces élections européennes. « Une différence de taille avec les grands partis qui injectent plusieurs milliers d’euros », assure Alexis Lenne de la liste des Citoyens du vote blanc. Bénéficiant également d’un budget qui devrait avoisiner les 3 000€, le membre de l’association qui milite pour la comptabilisation et surtout pour le fait que le vote blanc soit exprimé explique que le financement de la campagne « se fait principalement par des dons. Bien souvent, nos déplacements de campagne se font même sur nos frais personnels ». Même constat pour Havera Larbi, porte-parole du mouvement « Démocratie Réelle ». « Nous avons très peu de moyens financiers et nous prenons en charge nous-mêmes une bonne partie de nos dépenses de campagne. C’est la cause pour laquelle on se bat qui nous anime », garantit celle qui veut mettre un outil démocratique en place pour permettre aux citoyens d’analyser, débattre et voter eux-mêmes les lois.

Des listes absentes de certains bureaux de vote

Outre les questions du financement de la campagne et de l’organisation de réunions publiques, les petits partis doivent aussi faire avec les moyens du bord concernant l’impression de leurs bulletins de vote. Un vrai problème pour certains, notamment pour l’association des Citoyens du vote blanc. « Dans la circonscription Île-de-France, tous les départements seront approvisionnés en bulletins à l’exception des Yvelines » confesse l’Essonnien Alexis Lenne, ancien candidat aux législatives 2012 en Essonne. La situation est quelque peu similaire pour le Parti Européen de Louis de Gouyon Matignon. « Pour nous, seuls les bureaux de vote de la capitale seront approvisionnés. Pour les Essonniens qui voudraient voter pour notre projet, des bulletins sont imprimables sur notre site de campagne », résume le jeune candidat. Un moyen plus économique pour lequel de nombreux petits partis ont opté comme Citoyens du vote blanc ou Cannabis sans frontière.

Les affiches de campagne de ce dernier, auxquelles le panneau numéro 6 est réservé sur l’ensemble de la région, n’ont en début de semaine été tirées qu’à 200 exemplaires. 400 000 bulletins ont également été imprimés, puis « dispatchés par les militants Cannabis sans frontières dans les mairies » indique Farid Ghehiouèche, qui portait déjà une liste en 2009 et avait obtenu 4 015 voix (0,14%).

Une situation inégalitaire par rapport aux partis traditionnels qui révolte Louis de Gouyon Matignon. « C’est ahurissant de voir que le code électoral ne permet pas à tous les candidats de pouvoir se présenter dans chaque bureau de vote, sous prétexte qu’ils n’ont pas assez d’argent. C’est assez discriminant pour nous comme pour nos électeurs qui n’auront pas tous la possibilité d’imprimer nos bulletins. J’accepte le fait que nous passions moins dans les médias que les autres, mais sur le point des bulletins, je trouve ça affligeant ».

Alors, tous les moyens sont bons pour relayer le message : Facebook, Twitter, site internet, et quelques affiches collées ici ou là. « D’une certaine manière on se met au niveau des grands partis en participant au scrutin » souligne Farid Ghehiouèche – qui s’était aussi présenté aux législatives 2012 – avec une visibilité bienvenue pour sa cause : « c’est utile pour la liberté d’expression, car toute l’année on nous dit que c’est interdit de parler de cannabis ». Pour sa part, l’UPR a fait le choix d’axer une grande partie de sa communication sur internet. Une méthode qui fait ses preuves. « Nous sommes le site internet le plus consulté selon Alexa Ranking pour des sites de partis politiques. Nous voyons d’ailleurs nos adhérents augmenter sensiblement de jour en jour », se réjouit Valérie Bugault.

Les européennes : une étape dans la quête de visibilité

Malgré les différents soucis rencontrés par ces petits candidats, ils finissent tout de même par trouver leur compte grâce à ces élections européennes. Outre l’attente des résultats, une élection de cette envergure permet de faire « un joli coup de projecteur » sur certains partis rappelle Havera Larbi de Démocratie Réelle. « Cette élection va nous permettre de faire passer notre message sur cet outil démocratique pour favoriser l’implication des citoyens dans la vie politique européenne que nous avons initiés ». Même constat pour le militant historique de la légalisation du cannabis Farid Ghehiouèche. Cette élection européenne est avant tout le moyen de « poser la question des drogues dans le débat public ». Selon lui, « le contexte a énormément changé depuis 2009, plusieurs États, notamment en Amérique Latine, reviennent sur l’échec des politiques de répression ». « Cela fait un zoom non négligeable sur notre cause », commente le militant du vote blanc Alexis Lenne qui espère que celui-ci sera bientôt comptabilisé et exprimé.

Faire passer un message, tenter d’obtenir des eurodéputés, mais aussi permettre à un parti de prendre son envol en vue d’autres échéances politiques, voici les objectifs de quelques formations politiques. C’est le cas de l’UPR. Créé en 2007, le parti qui se définit comme « la seule organisation politique à vouloir sortir de l’UE, de l’Euro et de l’OTAN », souhaite se servir de ces élections comme un tremplin pour l’avenir. « Ce sont les premières élections auxquelles nous prenons part. Notre tête de liste François Asselineau n’avait pas obtenu les 500 signatures pour l’élection présidentielle de 2012, résume Valérie Bugault. Ce scrutin sera donc notre galop d’essai et cela nous permettra certainement d’impulser une dynamique à notre parti, qui lui assurera de se développer encore plus en vue des prochaines élections nationales ». L’ambition est quasiment la même pour l’Européen convaincu qu’est Louis de Gouyon Matignon. « Je suis réaliste, je ne ferai pas 5% à 6% lors de ce scrutin. Cependant, cela donnera une bonne base pour nous permettre de devenir, pourquoi pas un jour, une force politique majeure qui a pour objet de promouvoir l’Europe », conclut celui qui mènera la plus jeune liste de l’histoire des élections européennes avec une moyenne d’âge de 23 ans.

Bref, malgré les difficultés rencontrées par chacun de ces candidats pour faire une campagne digne de ce nom, tous s’accordent à penser que cette élection ne sera que bénéfique pour l’avenir de leur mouvement. D’ici là, il ne reste plus qu’à connaître les résultats qui tomberont dans la soirée du dimanche 25 mai.

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