BRUNO-PASCAL CHEVALIER > Nous ne pouvons que constater un vertigineux recul de l’accès aux soins pour tous. Les causes sont  simples à identifier : la loi Bachelot, la multiplication des forfaits, les franchises, les déserts médicaux organisés, les déremboursements de soins et bientôt la création d’une 5e branche concernant la perte de l’autonomie des personnes âgées  …

Depuis l’installation de Nicolas Sarkozy à la tête de notre état, le pacte de solidarité de 1945 « chacun paie selon ses moyens et reçoit selon ses besoins » est rompu.

Etre en bonne santé aujourd’hui, c’est également avoir de quoi satisfaire ses besoins au quotidien (logement, salaire décent, de bonnes conditions de travail, une aide adaptée aux personnes handicapées). La société traite de plus en plus mal ses membres en les soumettant chaque jour un peu plus à la violence du chômage et la précarité, à l’insécurité sociale du lendemain, à la concurrence entre les humains.

« Les inégalités sociales de santé sont le résultat des inégalités produites par les sociétés et qui s’expriment dans le corps. Autrement dit, les inégalités sociales de santé sont l’aboutissement d’un processus par lesquel le social passe sous la peau » D. Fassin

Il est important que le service public soit suffisamment financé pour répondre aux besoins de tous. Aujourd’hui, d’autres choix sont réalisés, aujourd’hui nous devons réagir.

Organisations associatives, syndicales et politiques  nationales représentant usagers, personnels et élus :

  • SE MOBILISENT POUR DÉFENDRE, PROMOUVOIR ET CONSTRUIRE DÉMOCRATIQUEMENT UN SYSTÈME DE SANTÉ PUBLIC, SOLIDAIRE, POUR TOUTES ET TOUS, PARTOUT SUR LE TERRITOIRE.
  • APPELLENT LA POPULATION ET LES PROFESSIONNELS À SE MOBILISER CONTRE LA POLITIQUE GOUVERNEMENTALE MISE EN PLACE PAR LES AGENCES RÉGIONALES DE SANTÉ (ARS).
  • APPELLENT DÉS MAINTENANT À UNE JOURNÉE NATIONALE D’ACTION UNITAIRE TOUCHANT TOUTES LES RÉGIONS

LE SAMEDI 2 AVRIL 2011 EN DIRECTION DES ARS (Agences Régionales de Santé).

Mon invité aujourd’hui est Michel Antony (Président de la Coordination Nationale des comités de défense des hôpitaux et maternités de proximité) www.coordination-nationale.org

BPC : Vous êtes président de la Coordination Nationale des comités de défense des hôpitaux et maternités de proximité, Pourquoi et comment est née cette coordination ?

MA : La CN se crée en avril 2004 à Sainte- Affrique (Aveyron). Elle regroupe alors une bonne trentaine de comités et collectifs qui luttent pour l’accès égalitaire aux soins et pour le maintien des structures sanitaires publiques de proximité, certains ayant déjà une existence de plusieurs dizaines d’années. Elle se crée grâce à la prise de conscience que méthodes de luttes et motivations sont communes pour sauvegarder hôpitaux et maternités. Sainte- Affrique et Lure-Luxeuil viennent de mener des occupations, et surtout des référendums d’initiative populaire dans leur bassin de population respectifs, et décident donc de lancer le mouvement. Cela explique que la première présidence a été exercée par Sainte- Affrique, et que Lure Luxeuil assume la présidence et le secrétariat de la CN depuis 2006. Mais la CN, c’est une organisation horizontale, une fédération libre de comités libres, et c’est lors de ses deux Rencontres annuelles qu’elle fixe ses orientations et ses objectifs, et qu’elle revoit ses analyses et propositions (tout est sur notre site)
Aujourd’hui il y a une centaine de collectifs adhérents (3 fois plus qu’en 2004) et la CN entretient des contacts avec plusieurs dizaines d’autres  collectifs dans d’autres localités (près de 200).

BPC : Pensez-vous qu’il y a un abandon des politiques concernant l’hôpital public et les politiques globales de la santé ?

MA : La progression de la CN un peu partout, en ville comme à la campagne, montre malheureusement que c’est désormais tout le pays qui est touché, et que la dégradation de notre santé publique s’est accélérée, la loi HPST Bachelot-Sarkozy n’en étant que l’ultime étape désastreuse.

En effet la proximité que nous défendons touche autant les villes que les campagnes. Partout on assiste à des suppressions ou réductions d’emplois, qui s’ajoutent à un accroissement de la crise de la démographie médicale, ce qui sert aussi de prétexte aux réductions. Partout on note des suppressions ou réductions de services (la plupart du temps chirurgie, maternités et centres d’IVG, mais aussi cardiologie, radiothérapie, centres de réanimation, urgences surtout de nuit…). Les politiques menées détruisent l’aménagement égalitaire du territoire en matière de santé (comme pour tous les autres services publics) et entraînent destruction du maillage d’établissement, désertification de nombreux secteurs, multiplication des transferts, et surcharge des établissements qui « apparemment bénéficient » des fermetures. Les transferts sont dangereux, longs et coûteux, et imbéciles sur le plan de l’écologie. La suppression de la proximité réduit les chances des malades, l’éloignement de leurs proches étant en plus un facteur de stress psychologique supplémentaire. Dans les établissements « préservés », avec l’accroissement des arrivées, et la diminution du nombre de postes, le stress de tous les personnels et une médecine de moindre qualité sont tristement au rendez vous. Personne n’y gagne, et encore moins les zones désertifiées, car les plus démunis et les plus enclavés limitent ou suppriment purement et simplement des soins pourtant nécessaires. Si on ajoute l’essor du reste à charge qui pèse de plus en plus sur les patients et leurs familles, on comprend que la crise médicale n’en est qu’à ses débuts, au détriment du bien être des populations concernées, et des personnels des sites en crise (c’est à dire pratiquement tout le monde).

BPC : Une étude de l’Agence régionale de santé (ARS) du 22 janvier 2011 fait état des inégalités de santé en Ile de France (1) Pensez vous que cette étude révèle les conséquences de toutes les réformes  et lois en matière de santé  depuis ses dernières années ?

(1) extrait de l’étude de l’ARS

Les habitants du 77 et du 93 vivent en moyenne deux ans de moins que leurs homologues du 78 et de Paris ; cela représente tout de même un écart de 28% ! Le record de la mortalité infantile.

On se suicide plus en Essonne que dans le reste de la France (19,6 pour 100 000 contre 11,3 en moyenne nationale)

Le record de la mortalité infantile est détenu, là encore, par le 93 (5,4 décès pour 1000 naissances contre 3,6 en moyenne dans notre pays).

La tuberculose est de retour en région parisienne et, bien sûr, dans le 93

MA : Ce rapport renforce malheureusement nos analyses, en révélant que la crise de notre santé publique touche parfois plus durement les secteurs urbains que les campagnes. C’est bien un processus général, qui touche notre santé à tous les bouts de la chaîne.
Comme les valeurs de base : solidarité, mutualité, gratuité et aménagement du territoire, sont bafouées et abandonnées par nos gouvernements successifs, les différences sociales et régionales ne peuvent tristement qu’augmenter, comme c’est déjà le cas aujourd’hui.
Il faut donc rétablir fermement nos principes, et combattre partout l’idéologie mise en place par les différents pouvoirs successifs.

BPC : Au regard du recul de l’accès aux soins pour tous, la fermeture des hôpitaux … Quelles sont vos propositions ?

MA : Il faut repartir des besoins, ceux des populations et ceux des territoires, car ce sont les principaux concernés. Bien entendu, en liens étroits avec le personnels et les élus locaux. Notre santé, au sens large du terme (prévention, soins, psychiatrie, médecine scolaire et du travail, dépendances…) doit donc être redéfinie partout de manière démocratique, avec des sortes d’États généraux de la santé.
Une fois ces besoins définis, il faut solidifier ce que nous appelons les sites hospitaliers territoriaux de proximité, c’est à dire les structures sanitaires publiques, en les dotant partout des services de base essentiels aux besoins exprimés, donc y compris ceux aujourd’hui menacés, particulièrement les urgences, la chirurgie et les maternités et centres IVG…
Pour leur permettre de fonctionner, il faut bien sûr un soutien financier adapté, mais ce n’est pas suffisant. Il faut augmenter le recrutement (numérus clausus) de tous les personnels de santé, et imposer une meilleure répartition de ceux ci sur tout le territoire, en soutenant évidemment leurs demandes de plus travailler de manière collective ou sous forme salariale. Pour cela il faut également monter des centres publics de santé, municipaux ou départementaux ou régionaux… et si possible les installer dans les structures publiques déjà existantes et parfois démunies. On ne voit pas pourquoi on soutiendrait avec des fonds publics des maisons de santé libérales ! or c’est l’étonnante voie choisie par la plupart des régions et départements. A la CN nous pensons que les fonds publics doivent servir les structures publiques. Point.
L’autre axe à développer, ce sont les réseaux entre établissements, mais des réseaux qui ne sont pas des fusions-absorptions comme actuellement. Ils doivent être choisis démocratiquement par les intéressés eux mêmes, et doivent mettre sur pied des conventions (cela se passe déjà ainsi) permettant, en conservant le cadre public et sans dépassements d’honoraires (la CN unanimement s’oppose à tous les dépassements d’honoraires comme à toutes les franchises et autres forfaits…), de mutualiser les moyens, notamment ceux en médecins spécialistes. Ce n’est pas aux malades de se déplacer et d’être encore plus fragilisés, quand on peut faire correctement les soins sur place.
A ce sujet il faut faire attention : la CN n’a jamais demandé de tout faire partout, c’est stupide et impossible. Mais on doit faire partout tout ce qui est possible, y compris en chirurgie. Ensuite il faut appliquer intelligemment le principe de subsidiarité pour les cas spécifiques ou graves, c’est à dire passer au niveau supérieur ou spécialisé quand cela s’impose. Mais surtout ne pas faire comme actuellement, fermer un service et tout transférer : car cela veut dire qu’on amène des malades qui aurait pu être bien traités, et humainement, sur place, dans des services spécialisés et plus coûteux  (les prix des lits entre hôpital local et ceux de CHU vont de 1 à 2 ou 3!) sans compter les coûts supplémentaires des transferts.

BPC : Une action nationale se prépare pour Le 2 Avril, vous pouvez nous en dire quelques mots ?

MA : L’action nationale unitaire, convergente et partout sur le territoire est une nécessité d’évidence face à une attaque généralisée contre notre système de santé publique. Tout se détruit ici et là progressivement, et malheureusement nous n’offrons souvent qu’une opposition locale ou catégorielle ou pire boutiquière… Il faut en finir avec le localisme et la concurrence entre organisations. Nous sommes toutes et tous concernés, c’est donc dans l’unité que nous devons agir.
Cette action souhaitée unanimement par tous les comités de la CN (décision de notre Assemblée générale de Brive la Gaillarde en fin novembre 2010)
est partagée par la plupart des sections syndicales et par les autres associations (notamment au sein du Colectif contre les Franchises) : la preuve notre appel commun pour une action Nationale Santé recueille aujourd’hui l’adhésion de près de 90 associations et collectifs.
Le 2 avril, partout où nous le pourrons, il faudra donc montrer que l’idéologie capitaliste et l’hyper concentration politique en matière sanitaire est une inhumaine grossièreté. L’idée est d’agir localement (partir des luttes menées souvent avec éclat) avec une visée nationale, en essayant de cibler les ARS-Agences Régionales de Santé, car celles ci sont le bras armé de l’État sarkozyste dans toutes les régions pour imposer une santé de plus en plus privée, antidémocratique et soumise à forte concentration, en réduisant partout la part des usagers, des personnels et des élus, qui sont pourtant les seuls vraiment concernés !!

Et en Essonne ?

L’hôpital Sud Francilien d’Evry, qui aurait dû ouvrir dans les prochaines semaines, illustre de manière dramatique les choix gouvernementaux.

L’Etat a imposé un partenariat public-privé avec un bail emphytéotique, présenté comme une solution moins coûteuse, plus rapide et moins contraignante.

Aujourd’hui, les coûts de construction et le montant prévisionnel du loyer dépassent de 40% les estimations initiales, portant le coût final de l’opération à 1,2 milliards d’€ !

Pour les loyers des 5 ans à venir, l’état ne finance qu’un tiers, l’hôpital peut payer un tiers sur ses fonds propres, au prix de restrictions drastiques de personnels… il reste 11 millions d’euros à trouver.

Enfin la construction présente de nombreuses inadéquations avec les normes sanitaires et de sécurité hospitalières, ce qui retarde de plusieurs mois la mise en service de l’établissement, avec un surcoût de travaux de 10 millions d’€…

Le syndicat Sud-Santé lance un cri d’alarme : « Le coût faramineux de cette opération à aussi des conséquences sur l’accélération des fusions et des restructurations des hôpitaux du département (fusion des hôpitaux de Dourdan et d’Etampes,  GHS entre les hôpitaux de Longjumeau, Orsay et Juvisy).

Les services doublons sont supprimés, les blocs opératoires fermés la nuit, les opérations de reconstruction ou de rénovation comme à Longjumeau par exemple sont suspendues ou revues à la baisse. Tout le territoire de santé de notre département est touché et impacté par des choix politiques qui vont à l’encontre de l’intérêt général. »

A bientôt pour une prochaine chronique

Bruno Pascal Chevalier