Les chefs de parti du Québec présentent des points de vue divergents sur l’immigration dans un contexte de pénurie de main-d’œuvre

MONTRÉAL – Les chefs des principaux partis du Québec se sont opposés lundi sur le nombre d’immigrants qu’ils accepteraient chaque année s’ils étaient élus, alors que la province est aux prises avec une pénurie de main-d’œuvre et des préoccupations concernant le déclin du français.

Trois des cinq principaux partis du Québec ont indiqué qu’ils réduiraient ou maintiendraient les niveaux d’immigration actuels s’ils formaient le gouvernement le 3 octobre, malgré un taux de chômage presque record et les appels des groupes syndicaux à faire venir de nouveaux travailleurs.

Le chef du Parti Québécois, Paul St-Pierre Plamondon, a présenté la proposition de réduction la plus radicale, promettant lundi de ramener les niveaux d’immigration à ceux d’avant 2003 afin de protéger la langue française et la culture québécoise.

St-Pierre Plamondon, dont le parti souverainiste est le dernier des grands partis à être sondé, a suggéré que la réduction des niveaux officiels de 50 000 à 35 000 par an, combinée à d’autres mesures telles que l’exigence que 100 pour cent des immigrants économiques parlent français à leur arrivée, est la meilleure façon d’assurer la pérennité de la langue dans la province.

« La réalité linguistique et culturelle du Québec implique que nous trouvions un modèle propre au Québec, que nous ne soyons pas obligés d’adopter le modèle canadien », a-t-il déclaré aux journalistes à Québec.

Son plan intervient alors que des groupes d’affaires du Québec ont exhorté les partis politiques à accepter davantage de nouveaux arrivants s’ils sont élus, afin de combler ce qu’ils disent être plus de 200 000 emplois vacants dans la province.

Le taux de chômage provincial était de 4,1 % en juillet, ce qui est inférieur à la moyenne canadienne de 4,9 % et proche de son niveau record de 3,9 %. Statistique Canada a également indiqué qu’il y avait 224 370 emplois vacants au cours du premier trimestre de 2022.

St-Pierre Plamondon a rejeté l’idée qu’un plus grand nombre d’immigrants contribuera à atténuer la pénurie de main-d’œuvre, affirmant que les nouveaux arrivants consomment également des biens et des services, comme la santé et l’éducation, ce qui nécessite encore plus de travailleurs.

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Seuls deux partis – les libéraux et Québec solidaire – ont déclaré qu’ils augmenteraient les taux d’immigration annuels au-delà des 50 000 actuels s’ils étaient élus.

La chef libérale Dominique Anglade a déclaré lundi que St-Pierre Plamondon est clairement « déconnecté » de la réalité sur le terrain et n’écoute pas les employeurs qui luttent pour trouver des travailleurs.

« La réalité aujourd’hui, c’est que le plus gros frein économique que nous avons, c’est le fait que nous n’avons pas assez de gens », a-t-elle déclaré aux journalistes à Trois-Rivières. « Combien d’organismes, combien d’associations sont sortis pour le dire ? ».

Elle propose un objectif initial d’immigration de 70 000 personnes par an si elle est élue, puis prévoit de travailler avec les régions individuelles pour déterminer leurs besoins réels à l’avenir.

Les niveaux officiels d’immigration permanente du Québec ont été fixés entre 40 000 et 50 000 par an sous le gouvernement de la Coalition Avenir Québec, mais la province accueillera près de 70 000 immigrants en 2022 pour combler le manque à gagner pendant la pandémie COVID-19. Mme Anglade a déclaré que sa proposition ne fait que maintenir les niveaux que le Québec accepte actuellement.

Le co-porte-parole de Québec solidaire, Gabriel Nadeau-Dubois, a quant à lui suggéré que la province pourrait accepter entre 60 000 et 80 000 nouveaux arrivants, mais qu’il s’en remettrait à des experts pour prendre la décision finale.

Le chef de la Coalition Avenir Québec, François Legault, a déclaré qu’il maintiendrait les objectifs à environ 50 000 par an, ce qui, selon lui, correspond le mieux à la « capacité d’intégration » de la province.

Il a cité des données de recensement montrant que le pourcentage de résidents du Québec qui parlent principalement le français à la maison a baissé à 77,5 pour cent en 2021, contre 79 pour cent en 2016.

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« Au-delà de 50 000, j’aimerais savoir ce que Mme Anglade et M. Nadeau-Dubois vont faire pour arrêter le déclin du français », a-t-il dit aux journalistes à Gatineau lundi.

M. Legault a reconnu que l’arrivée d’un plus grand nombre d’immigrants était l’une des solutions à la pénurie actuelle de main-d’œuvre, mais il a ajouté qu’il fallait trouver un équilibre entre les besoins économiques et la protection de la langue.

Il a ajouté que la province devrait viser une meilleure qualité de vie plutôt que la croissance démographique.

« Ce n’est pas un objectif de monter à 10, 20, 30 millions de personnes au Québec », a-t-il dit. « Nous sommes à 8,6 millions d’habitants. Je pense que c’est une taille qui nous permet d’offrir des services de qualité. »

On a demandé à M. Legault si la limitation de l’immigration entraînerait inévitablement une baisse de la population du Québec par rapport aux autres provinces, étant donné le plan du Canada d’accepter plus de 450 000 nouveaux résidents permanents d’ici 2024.

L’influence du Québec au Canada vient du fait qu’il est une nation, et pas seulement de son poids démographique, a-t-il dit, qualifiant la politique d’immigration du Canada d' » extrême  » et prédisant qu’elle causera probablement des  » défis d’intégration  » même dans les autres provinces.

Le parti conservateur québécois a proposé de réduire graduellement les objectifs d’immigration tout en travaillant à accroître l’automatisation dans le milieu de travail et à augmenter le taux de natalité du Québec.

Le chef du parti, Éric Duhaime, a refusé lundi de dire combien d’immigrants un gouvernement conservateur accepterait, mais il a dit qu’il ne croyait pas que l’objectif actuel de 50 000 personnes  » était un problème  » à l’heure actuelle.

Ce reportage de La EssonneInfo a été publié pour la première fois le 5 septembre 2022.

Avec les dossiers de Caroline Plante, Patrice Bergeron et Frédéric Lacroix-Couture.

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