Après quatre mois de débats publics, les acteurs du projet du Grand stade de Ris-Orangis ont présenté leurs premiers enseignements. S’ils ont relevé un certain élan d’adhésion de la part des différents membres du territoire, ils ont aussi noté le scepticisme ambiant et persistant.

FFR - Grand Stade - Stéphane Raffali - Serge Blanco

Voilà presque deux ans que le site entre Ris-Orangis et Evry a été sélectionné par la Fédération Française de Rugby (FFR) pour accueillir le futur stade national de l’ovalie. Si 2013 a été l’année des premiers plans et des premières concertations, 2014 doit marquer une étape supplémentaire dans cet immense chantier : il faut définir exactement les attentes et les besoins d’une telle enceinte sportive. D’où ces discussions organisées depuis novembre 2013 par la Commission nationale du débat public et la Commission particulière du débat public, respectivement présidées par Christian Leyrit et par Jacques Archimbaud. Accompagnés de Stéphane Raffalli, maire de Ris-Orangis, et de Serge Blanco, vice-président de la FFR, ils ont présenté les conclusions de tous ces débats.

Beaucoup de soutiens et d’attentes (transports, emplois, JO)…

Il apparaît, à la lumière des dialogues avec les habitants de l’Essonne et les divers groupes et associations du territoire, que la venue prochaine du Grand stade provoque de nombreuses attentes. Il y a une certaine dose d’enthousiasme chez les habitants (notamment les plus jeunes), qui espèrent tirer de nombreux bénéfices en matière d’image, de prestige, d’animation du territoire, et bien sûr en matière d’emploi et de transports. « L’idée serait de profiter, comme pour le Stade de France, de l’opportunité que représente l’arrivée d’un stade de cette ampleur pour tirer tout le territoire vers le haut », déclare Jacques Archimbaud. La possibilité d’une candidature de Paris à l’organisation des JO d’été 2024 est également porteuse d’optimisme : pourquoi pas un pôle majeur d’un possible village olympique autour de l’Essonne ?

Les intercommunalités voisines d’Evry Centre Essonne ont fait part de leur appui. « Pour de nombreux élus et beaucoup de citoyens, ce projet est une occasion peut-être unique (…) de raccrocher l’Essonne aux objectifs primordiaux du Grand Paris », rappelle Christian Leyrit. « Si les élus locaux n’avaient pas pris cette initiative aux côtés de la FFR, je pense que l’on aurait été définitivement oublié de la cartographie du Grand Paris », poursuit Stéphane Raffalli.

Les projets d’aménagement et de modernisation des transports en commun reviennent régulièrement dans les demandes des Essonniens, et les exigences d’un stade majeur en France sont de nature à laisser présager un avenir meilleur pour les voyageurs du Sud de l’Île-de-France (voir plus bas). « Beaucoup d’élus et d’habitants voient dans ce projet l’occasion d’obtenir les investissements nécessaires dans les transports permettant d’améliorer la qualité de vie des usagers quotidiens », note encore Christian Leyrit.

… mais aussi beaucoup de doutes (finances, transports)

En revanche, des voix discordantes se sont fait entendre quant au projet du Grand stade. Dans le monde politique, des partis d’extrême gauche, une frange d’EELV et le FN plus récemment se sont manifestés contre ou ont émis de sérieuses réserves. Des discours « qui participent à la sinistrose ambiante », juge Stéphane Raffalli.

Du scepticisme, on en trouve aussi trace dans l’opinion générale. On veut croire en ce projet, mais on doute beaucoup de sa viabilité, de sa pérennité. « Ce scepticisme est un peu lié à cette petite musique ambiante qui consiste à dire qu’en temps de crise, il n’y a pas la place pour ce type de projet », nous confie Jérôme Guedj, président du Conseil général de l’Essonne, qui poursuit : « Pour moi, la réponse est inverse : en temps de crise, on a besoin de projets structurants, de perspectives positives et de relances par l’investissement. »

Le mode de financement du projet a souvent été abordé. Christian Leyrit a ré-expliqué l’organisation du budget prévu : 200 millions d’euros issus de fonds propres et 400 millions d’euros empruntés. Il sera financé entièrement sur fonds privés et les crédits seront garantis par les collectivités locales. Un dernier point qui inquiète ; les contribuables craignent que d’éventuelles difficultés financières leurs retombent sur les épaules. Serge Blanco tente tout de même de se montrer rassurant : « Nous ne comptons que sur nous et les investisseurs privés pour faire ce stade. » En cas de coup dur, la FFR pourrait être en mesure de faire face, d’après l’ancien international.

Enfin, un sujet récurrent truste le haut de la pyramide des inquiétudes : la qualité de la desserte en transports en commun. C’est sans doute le point qui rassemble le plus les sceptiques. A l’heure actuelle, ces derniers ne devraient pas être enclins à changer d’avis. Christian Leyrit, reprenant les mots de SNCF/RFF, avance que « pour le RER D, l’ampleur des travaux ne permet pas d’envisager une mise en service avant 2025 au mieux », soit bien après 2018, année d’inauguration espérée. Le Stif doit lancer des études sur le sujet.

Manuel Valls, un atout supplémentaire pour le Grand stade ?

A bientôt mi-2014, il apparaît donc que le Grand stade de la FFR suscite autant d’attentes que d’inquiétudes auprès des habitants. Certes, « le projet rassemble davantage aujourd’hui qu’il y a deux ans », nous glisse Jacques Archimbaud. Mais le scepticisme reste bien ancré encore, sans doute favorisé par un contexte socio-économique difficile. Le temps, combiné à l’avancée (ou aux ratés ?) du projet, dessinera la tendance future. En attendant, personne n’est passé à côté de quelques signes encourageants pour les porteurs du Grand stade.

Présent dans l’assemblée, le maire d’Évry Francis Chouat s’est exprimé sur le positionnement de l’État vis-à-vis du projet. Fidèle à sa ligne de conduite, l’exécutif ne s’est jamais exprimé, laissant le débat se faire. Et, comme Serge Blanco l’a rappelé, l’État n’est pas censé s’engager autrement que via le financement des aménagements des transports. Mais sur son positionnement, « il y a eu une accélération ces dernières semaines », note l’édile du chef-lieu du 91. Une allusion à peine voilée à la récente promotion de son prédécesseur, Manuel Valls : « Le changement de locataire à Matignon y a contribué. »

Ce positionnement nouveau de l’État prend sa source dans les mots du nouveau secrétaire d’État aux Sports. Mercredi 23 avril, au micro de France Bleu, Thierry Braillard a lâché, sur le Grand stade : « Je suis, a priori, pour. » Un point de vue mesuré mais bienveillant qui a fait réagir les porteurs du projet.

« Sa prise de position est un coup de main sérieux. Jusqu’à présent, on ne savait pas si l’État était pour ou contre. Là, il a clairement dit que sur le principe, il était favorable. La prise de position du sous-secrétaire d’État va dans le sens de la faisabilité du projet », nous dit Jacques Archimbaud. Jérôme Guedj, lui, n’oublie pas que Manuel Valls a fait partie des initiateurs du projet : « Incontestablement, ce n’est pas une mauvaise chose que d’avoir au sommet de l’État un Premier ministre qui connaît parfaitement le dossier. Je suis convaincu que c’est l’intérêt général qui anime son action. Mais comme nous sommes aussi convaincus, localement, que c’est un projet qui sert l’intérêt général, il n’y a pas de schizophrénie possible. Il n’y aura ni favoritisme, ni précaution excessive. »