Ce mercredi 23 avril, une trentaine d’élus de l’Essonne étaient présents pour exprimer les raisons de leur refus d’appliquer la réforme des rythmes scolaires pour la rentrée prochaine. De plus en plus nombreux, ils souhaitent reporter son application d’un an, soit à septembre 2015.

D’ici la rentrée de septembre 2014, l’ensemble des communes de France devra appliquer la réforme des rythmes scolaires instaurée par l’ancien gouvernement de Jean-Marc Ayrault. Publié le 24 janvier 2013, le décret du Ministre de l’Éducation de l’époque, Vincent Peillon engendre notamment une refonte du système éducatif français tant sur son fond que sur sa forme.

Très frileuse vis-à-vis de ce changement, la majeure partie des municipalités françaises avait choisi de ne pas appliquer ce décret dès la rentrée 2013 afin de le préparer pour septembre 2014. Au total, seulement 17% des communes avaient pourtant choisi de faire le premier pas en appliquant cette réforme dès la première année. Si les villes de certains départements ont unanimement choisi de reporter ce projet à 2014 comme dans le Val-de-Marne, d’autres ont vu une partie de leurs communes prendre les devants dans son application. C’est le cas pour quelques villes de l’Essonne. À la rentrée 2013, dix communes ont mis en pratique cette réforme à l’image du fief de Manuel Valls, Évry, ou encore de Ris-Orangis, Palaiseau ou de Courcouronnes.

Outre de nombreuses modifications d’emploi du temps pour les enfants, cette réforme demandait aussi une nouvelle organisation des services jeunesse pour les différentes mairies. Plusieurs points qui ont poussé certains élus à monter au créneau pour dénoncer le manque de finances et de temps pour préparer la bonne mise en place de cette réforme à quelques mois de la date limite de son application.

Vers un report à 2015 ?

Suite à la publication du décret de Vincent Peillon, un Essonnien a choisi tenir tête au gouvernement « principalement pour le bien des enfants ». Il s’agit du maire centriste de Janvry Christian Schœttl. L’édile janvryssois a vu de nombreux élus de France venir gonfler les rangs de ce mouvement contestataire, avec parmi eux une part importante d’Essonniens, réunis au sein du collectif des « Gilets jaunes », initié par des parents d’élèves.

Ainsi, ce mercredi 23 avril, une trentaine d’élus du département avait répondu présent à son invitation pour évoquer les problèmes que pose cette réforme. Et ils sont nombreux aux yeux de ces maires. « C’est une réforme trop coûteuse pour nos communes, dans un contexte financier plutôt hostile, assure Nicolas Dupont-Aignan, député-maire de Yerres. Cela pose la question des recrutements d’animateurs compétents, et je mets au défi mes collègues de pouvoir trouver en si peu de temps, du personnel de qualité ». Pour le reste, les problèmes sont de différentes natures. Il y a ainsi des problèmes de concertation entre les différents acteurs du côté de Crosne, de restauration pour Châlo-Saint-Mars, ou sur « l’épanouissement de l’enfant » pour la maire de Saint-Pierre-du-Perray, Catherine Aliquot-Vialat.

De plus, les différentes passations de pouvoir résultant des dernières élections municipales « n’arrangent pas la donne », comme le souligne Nicolas Méary, maire de Brétigny. « C’est très compliqué de reprendre un dossier quand on est maire nouvellement élu, ajoute François Durovray, maire de Montgeron. Le délai imparti est trop court pour proposer un programme qui a du sens et qui tient la route ».

Bref, l’ensemble de ces points pousse ces élus à demander le report de l’application de cette réforme à la rentrée 2015. « Le gouvernement nous transfère une responsabilité qui n’est pas la nôtre, avec une incapacité de la mettre en place. C’est pourquoi nous demandons le report du décret », explique le maire de Janvry.

C’est donc bien un report que demande ce collectif d’élus et non un retrait ferme et définitif de la réforme. D’ailleurs, certains d’entre eux n’étaient pas contre une refonte du système éducatif, à l’image du député-maire Nicolas Dupont-Aignan. « Nous ne sommes pas contre, mais nous pensons que cette réforme dans ces modalités est inapplicable. Par le biais d’un report, nous voulons éveiller le gouvernement pour qu’il prenne le temps d’améliorer son projet afin de proposer un compromis intéressant ».

« L’Essonne est une terre de frondeurs »

Afin de faire entendre ce mécontentement grandissant auprès du gouvernement, les opposants à la réforme appliquent la stratégie du rassemblement. « L’union fait la force », clame Nicolas Dupont-Aignan. À en croire Christian Schœttl, les rangs des mécontents de la réforme des rythmes scolaires « se remplissent de jour en jour. Au début de mon combat, Vincent Peillon me traitait d’insurrectionnel. Avec l’envergure prise par ce mouvement, il a fini par nous qualifier de délinquants civils », aime-t-il à se rappeler.

L’édile affirme qu’au mois de février dernier, plus de 2 500 communes avaient délibéré contre la réforme. Mais il mise également sur le grand basculement gauche/droite des dernières élections pour faire grossir ce mouvement. « Le tsunami politique nous apportera de nouveaux signataires », assure-t-il. Toutefois, au niveau départemental, ce rassemblement reste formé en grande partie de composantes de la droite et du centre.

Si maintenant le mouvement se propage aux grandes villes comme à Valence ou encore Toulon, Christian Schœttl parie aussi sur le département de l’Essonne pour faire plier le gouvernement. « L’Essonne est une terre de frondeurs. Plus de 120 communes sur les 196 que compte le département ont délibéré sur un rejet de ce décret. C’est un record avec notamment deux parlementaires signataires (Ndlr : les députés-maires de Yerres Nicolas Dupont-Aignan et d’Étampes Franck Marlin) », se félicite le maire de Janvry.

« C’est ça qui fait notre force, indique Nicolas Dupont-Aignan, nous représentons 3 à 400 000 habitants de l’Essonne. Si nous tenons tous, la réforme est morte ». Ils donnent rendez-vous aux opposants, à manifester le 17 mai prochain à Paris. D’ici là, Christian Schœttl espère bien être plus nombreux que pour les derniers défilés, mais surtout que cette manifestation soit « la fête de l’abrogation de la réforme ». De leur côté, les « Gilets Jaunes » défileront le 25 mai dans les rues parisiennes. Reste maintenant à voir quelle direction prendra le nouveau ministre de l’Éducation Nationale Benoît Hamon sur cette question. 

Liste des communes ayant délibéré ou allant délibérer contre l’adoption de la réforme des rythmes scolaires présentes lors de cette réunion :

Angervilliers, Boutervilliers, Brétigny-sur-Orge, Brunoy, Châlo-Saint-Mars, Crosne, Egly, Etampes, Fontenay-le-Vicomte, Janvry, Juvisy-sur-Orge, Longpont-sur-Orge, Mauchamps, Mennecy, Moigny-sur-Ecole, Montgeron, Ormoy-la-Rivière, Paray-Vieille-Poste, Pecqueuse, Quincy-sous-Sénart, Saclas, Saint-Chéron, Saint-Germain-lès-Corbeil, Saint-Hilaire, Saint-Pierre-du-Perray, Saintry-sur-Seine, Valpuiseaux, Vert-le-Petit, Vigneux-sur-Seine, Villabé, Villiers-sur-Orge, Villemoisson-sur-Orge, Wissous, Yerres.