Les dernières élections municipales ont été l’occasion de voir les jeunes émerger dans la classe politique essonnienne. Ils restent cependant minoritaires dans un milieu qui subirait un « désintérêt » de la part de certains jeunes. Décryptage.

Suite aux élections municipales des 23 et 30 mars derniers, de nouvelles « têtes » ont fait leur apparition au sein des conseils municipaux. Avec le grand basculement gauche-droite vécu dans de nombreuses communes du département, ce scrutin a renouvelé en partie la classe politique essonnienne. Outre cette alternance entre les différents bords politiques, un autre renouvellement de cette classe politique s’est effectué avec l’arrivée de jeunes au sein des assemblées municipales.

Durant la semaine de l’entre-deux-tours, nous vous avions proposé quelques portraits de jeunes militants de Yerres, Les Ulis et de Longjumeau. Aujourd’hui, certains d’entre eux ont été élus et de nombreux autres jeunes sont venus grossir les rangs des conseils municipaux. Pour la plupart, ils font donc une arrivée remarquée dans le paysage politique bien qu’en réalité ils soient encore minoritaires dans un monde qui est « traditionnellement réservé aux quadras ou aux quinquagénaires », comme l’explique un jeune élu dourdannais, Tarik El Gachbour.

Des élus de plus en plus jeunes

En 2001, Stéphane Beaudet était élu maire de Courcouronnes. Du haut de ses 28 ans, le jeune édile était alors le plus jeune maire de France pour une commune de cette taille (Ndlr : près de 15 000 habitants à l’époque). Treize ans plus tard, l’Essonne se distingue encore par la jeunesse de ses élus. Le scrutin de 2014 aura permis à trois jeunes de moins de 30 ans de se faire élire. Ainsi, Grégoire de Lasteyrie âgé de 29 ans est ressorti vainqueur à Palaiseau, tandis que Johann Mittelhausser l’emportait à Angerville et que le tout jeune Robin Reda et ses 22 ans, créait la sensation à Juvisy-sur-Orge. « Nous avons vérifié, je suis bien le plus jeune maire des communes de plus de 10 000 habitants en France », assure Robin Reda. Investi en politique depuis l’élection présidentielle de 2007, le jeune maire se félicite de l’arrivée des jeunes en politique. « Il y a un attachement des jeunes à l’échelle locale, car c’est souvent plus concret, explique-t-il. D’ailleurs, avec l’UMP, nous en avons placé plusieurs dans une grande partie des communes ».

Même constat pour Johann Mittelhausser, 27 ans, qui a succédé à Lucien Chaumette et ses 81 printemps à la mairie d’Angerville. Il participe pour sa part à un certain renouvellement de la classe politique en insufflant une nouvelle dynamique. « Il y a une forme de renouvellement, mais ce n’est pas une rupture, précise-t-il. Il y a un changement de méthode étant donné que nous avons 55 ans de différence, mais nous nous inscrivons tout de même dans une forme de continuité. Ce n’est pas une fracture brutale avec ce qui a pu être fait dans le passé ».

Outre ces maires, les conseillers municipaux comptent aussi dans leurs rangs de jeunes élus. C’est le cas de Yacine Amer à Corbeil-Essonnes. Âgé de 18 ans, il siège dans la majorité du maire Jean-Pierre Bechter. Pour lui, les jeunes « ont tout intérêt à prendre part à la politique, étant donné qu’elle a des effets concrets sur l’avenir de la société et par conséquent sur leur propre futur. Si on ne s’occupe pas de la politique, c’est elle qui s’occupera de nous ».

Quelle légitimité quand on est jeune ?

Avant de se faire élire, tous se sont sans doute posé la question de la légitimité d’exercer un mandat en étant parmi les plus jeunes de leur liste. Surtout quand la majeure partie des colistiers pourrait être leurs parents voire leurs grands-parents. « Forcément on y pense, garantit Robin Reda. Mais il faut dépasser ces clivages en raisonnant en termes de travail, de projet et de contenus ». « Il faut mettre l’âge de côté, renchérit son homologue angervillois, Johann Mittelhausser. On peut être très compétent à 18 comme à 75 ans. Ce qui compte c’est la capacité d’une personne à s’investir. La difficulté pour des personnes comme nous était de convaincre les électeurs pour qu’ils nous fassent confiance », ironise le maire.

Ce « problème » de légitimité ne s’est pas posé qu’aux têtes de liste. En effet, les colistiers ont dans certains cas été exposés à cette réalité. « Être jeune pendant la campagne n’aura pas été facile pour tout le monde, explique Agnès Pelletier 19 ans, étudiante et élue à Lardy dans la majorité de Dominique Bougraud. J’ai été attaquée sur mon âge, mais aujourd’hui c’est du passé. Je m’investirai pour le bien de ma commune en apportant un autre regard et d’autres idées. Avec notamment une certaine idée de partage entre les générations ».

Pour d’autres, cela est presque un passage de témoin entre des générations. C’est le cas pour Tarik El Gachbour, maire-adjoint à la jeunesse de bientôt 27 ans dans la majorité de la socialiste Maryvonne Boquet à Dourdan. « C’est un vrai partage entre les différentes générations, et c’est même finalement moi qui leur apprends des choses sur ma délégation. Par contre, sur la pratique, c’est eux qui m’apportent leur connaissance. C’est de la transmission de savoir ». En plus de l’aspect de partage, il y a aussi la question du respect qui est « différente » selon Robin Reda. « En étant plus jeune que mes élus, il y a des choses que je ne vais pas forcément me permettre de faire, alors que si j’avais leur âge, je ne me poserais pas la question. Mais au final, tout se passe parfaitement bien entre nous et nous arrivons à mettre ma particularité de côté pour avancer », assure le plus jeune maire de France pour une ville de plus de 10 000 âmes.

Robin Reda

Robin Reda, nouveau maire de Juvisy. (DM/EI)

Donner l’envie de s’engager

Malgré le fait que les jeunes soient présents en nombres dans les conseils municipaux, ils restent toutefois minoritaires dans le milieu de la politique. « Quand on est jeune en politique, ça finit par se savoir rapidement, plaisante Robin Reda. Même si les élections municipales sont les plus suivies par les 18–35 ans ».

À peine « 3% des maires seraient âgés de moins de 35 ans » rappelle Johann Mittelhausser. Les jeunes souffrent-ils d’un désintérêt pour la politique ? Pour Yacine Amer, des idées reçues sur la politique pourraient circuler. « Aujourd’hui, on fait croire que le monde de la politique est inaccessible, qu’il faut avoir été pistonné pour y rentrer, mais c’est faux. Je pense que de nombreux jeunes pensent cela ». Se définissant comme un fervent défenseur du non-cumul des mandats, il ajoute que « l’espace politique actuel est saturé et que la jeunesse n’a pas la possibilité d’exister dans la sphère politique ». Même constat pour Tarik El Gachbour qui incite les jeunes « à arrêter de se mettre en marge des débats politiques ». Pour Jimmy Mingot (FN), 20 ans, conseiller municipal d’opposition à Athis-Mons, « les jeunes expriment un désaveu de la politique car le système peut paraître complexe  ».

Pour sa part, Johann Mittelhausser avance aussi l’argument de la « révision du système de l’éducation et de l’instruction civique. Rien de tel que la création de conseils municipaux pour les jeunes, souligne l’édile. C’est un premier pas qui permet aux jeunes de mieux appréhender ce qu’est une assemblée délibérative, de travailler ensemble, de gérer un petit budget et d’évoquer des projets et plus largement de s’intéresser à la gérance d’une commune ». L’élu mettra ainsi en application ce concept durant son mandat.

Bref, des pistes sont ainsi lancées pour permettre aux futures générations de s’investir dans ce milieu. Reste maintenant à savoir si la tendance se confirmera pour les prochaines élections départementales dans un an.