Comment regarder notre environnement  – celui de la ville , de la banlieue – avec un œil nouveau , un regard neuf , qui nous permette d’expliquer notre paradoxal rejet du bitume et notre attachement parfois presque viscéral à nos territoires de vie ici en banlieue ? Le festival L’Œil Urbain propose jusqu’à la mi-mai des regards sur ces villes repoussantes et attractives à la fois.

Béton, lignes verticales et horizontales à perte de vue, parkings froids et rues désertes tôt dans la soirée, densité des habitations, friches, zones pavillonnaires impersonnelless : pourquoi sommes nous si attachés à nos villes très urbanisées, à nos banlieues ? Les Rencontres Photographiques de l’Œil Urbain à Corbeil-Essonnes nous proposent des points de vue documentaires multiples sur l’étrange lien qui nous rattache à nos villes surpeuplées, en mutation, marginalisées ou en péril.

Car ce n’est pas la ville romantique, la ville-musée ou la ville branchée qu’on nous présente dans ces expositions. A travers des regards photographiques à Corbeil , en Mongolie, aux USA, en Algérie ou en Angleterre, c’est sur la richesse humaine des villes, des quartiers, des banlieues, souvent marquée par la précarité, que semblent braqués les objectifs des photographes de l’Œil Urbain.
C’est pourquoi on aime particulièrement ces deuxièmes Rencontres car – comme à la Commanderie St jean , un lieu historique magnifiquement agencé pour l’occasion – nous avons pu découvrir les démarches de photographes partis à l’aventure de territoires inconnus et banals de prime abord , que l’on redécouvre extraordinaires . Grâce à leur regard extérieur, fasciné, et curieux, ils donnent à voir ce que nous ne voyons pas toujours ou plus du tout : la richesse humaine des habitants qui dans leur diversité , leur attachement au territoire, leur solidarité dans les difficultés, leur histoire, nous rappellent qu’avant la beauté d’un lieu , notre attachement à la ville est liée à nos souvenirs, nos petites habitudes, les liens amicaux et familiaux qu’on y noue et les projets qu’on y construit.

Un an de photographies à Corbeil-Essonnes

C’est ce qu’on découvre à travers le travail d’Elizabeth Blanchet qui a passé plus de 12 ans à photographier les préfabriqués d’après-guerre du Royaume Uni. Provisoires pour parer à la crise du logement à l’époque, ils sont menacés de démolition aujourd’hui par les autorités locales pour des raisons immobilières. Pourtant les habitants refusent de les quitter et d’être relogés.
Edouard Caupeil, quant à lui, nous raconte les liens noués peu à peu avec les habitants d’une ville sans attrait particulier et qui cache pourtant une histoire étonnante , Mount Bayou dans le delta du Mississipi. Exclusivement peuplée d’Afro-américains, cette ville fut bâtie par deux anciens esclaves affranchis pour fonder un havre de paix face au Mississipi raciste et ségrégationniste.
A l’entrée de l’exposition , on peut retrouver le travail d’Arno Brignon, issu de la résidence 2013 sur Corbeil-Essonnes. Il est resté sur place durant de longues semaines et est parti à la rencontre d’habitants et acteurs locaux en tous genres. Ce photographe nous livre un regard sans concession sur l’aridité du décor de banlieue pour un toulousain embarqué dans une expérience urbaine, mais qui en grattant, découvre une humanité sincère , « le partage et l’accueil » des habitants qui font voler «  ces stéréotypes en éclat ». Dans le cadre de cette exposition, les habitants qui se reconnaissent sur les clichés peuvent rentrer avec leur photo …

Ces expositions sont à retrouver à la Commanderie Saint-Jean, 24 rue Widmer, du mercredi au dimanche de 14h à 18h (infos 01.60.89.37.86)

L’Oeil Urbain , Corbeil-Essonnes, du 4 avril au 18 mai 2014
Exposition, Rencontres, Workshop, librairie et dédicaces avec une vingtaine de photographes
www.loeilurbain.fr