Début mars, les Essonniens Graziella Riou-Harchaoui et Philippe Pascot ont sorti leur livre, Délits d’élus. Un ouvrage qui fait grincer des dents une partie de la classe politique nationale et essonnienne. Décryptage d’une enquête qui a pour but de faire réagir les élus et les électeurs à quelques jours des élections.

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Une investigation longue de six mois, des recherches nuit et jour, voilà le travail abattu par un duo d’Essonniens, auteur d’un ouvrage qui égratigne une partie de la classe politique française, intitulé Délits d’élus. Un travail de longue haleine donc pour l’ancienne journaliste et fondatrice du web-journal essonnien Boocan.com Graziella Riou-Harchaoui, et pour Philippe Pascot, notamment connu pour être un élu polyvalent (Ndlr : adjoint au maire d’Évry, ancien conseiller régional…), en tant que comédien ou encore pour diriger depuis 25 ans la Halle du Rock d’Évry.

Dans les librairies depuis déjà deux semaines, le livre est basé sur un concept simple, « faire une photo instantanée des élus qui ont mis les doigts dans la confiture », explique celui qui a écrit des chroniques pour Essonne Info Philippe Pascot. Parti du constat qu’aucun document ne recensait l’ensemble de ces faits, le duo d’auteurs/enquêteurs a choisi de les rassembler en un seul et même livre. Par le biais de cet ouvrage, les auteurs ont passé au crible les casiers judiciaires d’hommes et de femmes politiques français. De l’Ain au Val-d’Oise, en passant par les départements et territoires d’outre-mer comme la Martinique ou la Polynésie, « aucun département n’aura été oublié », précisent les auteurs. Construit à l’image d’un dictionnaire, Délits d’élus dresse le portrait judiciaire de plus de 400 élus. Parmi eux, de nombreuses personnalités essonniennes telles Serge Dassault et Bruno Piriou pour Corbeil-Essonnes, l’ancien Président du Conseil Général de l’Essonne, Xavier Dugoin, les maires de Draveil et de Savigny-sur-Orge respectivement Georges Tron et Laurence Spicher-Bernier, le député Malek Boutih ou encore le sénateur écologiste Jean-Vincent Placé.

Des élus conscients de leurs actes ?

Chaque « article » fait au minimum référence à deux ou trois sources. Grâce notamment à des articles de journaux, de longues heures à scruter les blogs, des jugements et une « série de coups de fil longue comme le bras  », Graziella Riou-Harchaoui et Philippe Pascot ont pu retranscrire de manière factuelle le parcours judiciaire de plusieurs centaines d’élus.

De la condamnation pour diffamation du conseiller régional et n°2 du FN Louis Aliot, en passant par les condamnations pour violence de l’ancien député communiste de la Somme Maxime Gremetz, les affaires d’emplois fictifs de Jacques Chirac et du Polynésien Gaston Flosse ou encore avec les subventions que ce seraient octroyées illicitement l’actuel Premier Ministre Jean-Marc Ayrault en 2008, toutes sortes de délits y passent. Un choix assumé par les auteurs.

« Nous ne souhaitions pas inclure que les délits médiatiques. Donc nous avons aussi mis tout ce que nous avons trouvé sur les délits d’élus intentionnels et certains non-intentionnels, même si ces derniers sont plus rares dans le livre, car au fond la plupart de leurs délits sont intentionnels. Quand ils disent que ce sont des délits non-intentionnels et que l’on creuse un peu, on s’aperçoit qu’ils n’ont aucune excuse et nous le montrons dans le livre. Il est inadmissible que des élus disent que ce sont des délits non-intentionnels. Si ce n’étaient pas des délits intentionnels, c’est que ce sont des fautes d’incompétences, donc si c’est le cas, que font ces personnes au pouvoir ».

Les édiles fautifs seraient donc conscients de la majeure partie de leurs agissements selon les auteurs essonniens. D’autant plus qu’ils bénéficieraient des « largesses de la justice ».

Des représentants du peuple au-dessus des lois ?

Outre la liste non exhaustive pour certains élus de leur(s) délit(s), cet ouvrage pose de nombreuses questions. À commencer par les « incohérences de la justice » à l’égard de politiciens fautifs. Le duo Riou/Pascot pointe du doigt notamment la durée des instructions. « En faisant les recherches, nous nous sommes rendu compte que les élus n’étaient pas tous jugés dans les mois qui suivent une affaire, mais parfois dix ou quinze ans plus tard. Certains passent ainsi entre les mailles du filet, car les juges se disent que les faits sont trop anciens, appliquant une certaine prescription », s’insurgent les auteurs. Les élus bénéficieraient aussi de « peines réduites » notamment pour les peines carcérales, mais également dans d’autres domaines. En guise d’exemple Philippe Pascot explique qu’après avoir eu à faire avec la justice, des élus se sont vu « retirer leur Légion d’Honneur… pour seulement trois mois ! Où est la cohérence ? Un citoyen ne profite pas forcément de cette souplesse ».

Pourquoi la loi est-elle différente pour un élu alors que ce sont les représentants du peuple ? Telle est l’une des questions que se posent les auteurs de Délits d’élus. Et des réponses, ils en ont également. À chaque faute grave de la part d’un élu ou d’un citoyen qui implique un passage par la case justice, une ligne vient s’inscrire dans le casier judiciaire. Seulement, « pour être élu, il n’y a pas besoin que son casier judiciaire soit vierge, alors que pour exercer le métier de pompier ou de chauffeur de taxi, il le faut impérativement ». Une injustice selon les auteurs qui prônent une réforme de la loi afin de mettre les « représentants du peuple et leurs électeurs sur le même pied d’égalité ». Le but serait de faire en sorte que pour qu’une personne se présente à des élections, son casier judiciaire soit vierge.

Une refonte du système ?

Philippe Pascot interpelle d’ailleurs le ministre de l’Intérieur Manuel Valls pour qu’il mette en place une réforme. C’est donc plus que de « simples » délits d’élus que dénoncent les auteurs dans ce livre, ils souhaitent qu’il y ait une refonte du système, car celui-ci serait « en train de dérailler ». « Il faut que les élus qui nous font la morale passent le balai devant leur porte, poursuivent les auteurs. Ils doivent avoir le courage de faire changer les choses et de prendre leur responsabilité ».

Dans tous les cas, ce livre ne s’adresse pas qu’aux élus. En effet, l’un des objectifs de cet ouvrage est aussi de mettre les électeurs en face de leurs responsabilités. La date de publication du livre n’est pas si anodine que cela même si Philippe Pascot ironise en disant que c’est « un pur hasard » qu’il sorte début mars. Coup calculé donc à maintenant dix jours du premier scrutin. Par ailleurs, sur les 420 noms présents dans le livre, « plus de 200 sont candidats » pour les municipales, indiquent les auteurs.

Pourtant, dans le contexte actuel où beaucoup de personnes expriment par le biais de sondages leurs mépris pour la classe politique, un tel livre pourrait finir de convaincre les déçus de ce milieu et faire gonfler les rangs des abstentionnistes. De leur côté, les auteurs souhaitent totalement l’inverse, ce livre doit même servir d’électrochoc.

« Tous les élus ne sont pas des pourris. Ce n’est qu’une minorité agissante, même si elle est supérieure aux chiffres annoncés (Ndlr : 0,2%). Cependant, dans les endroits où les politiciens sont les plus malhonnêtes, les électeurs ne vont plus voter, donc ils sont élus avec leurs clients. Un élu qui a une bonne clientèle est sûr d’être élu même si c’est un truand et l’abstention favorise leur élection. Au final, cela peut devenir des fiefs que certains élus se lèguent de père en fils. C’est pourquoi nous demandons à Manuel Valls de faire comptabiliser le vote blanc dans les pourcentages, et de rendre le vote obligatoire ».

Assurément, c’est un livre qui instaure le débat et qui crée déjà quelques remous dans les hautes sphères. Un tome II est d’ailleurs en préparation avec « malheureusement encore autant d’élus », regrette Philippe Pascot.

Graziella Riou-Harchaoui, Philippe Pascot, Délits d’élus, Max Milo Editions, 19,90€