À deux semaines du premier tour, le maire de Corbeil-Essonnes, Jean-Pierre Bechter a officialisé la présence de Serge Dassault sur sa liste. Une élection que l’édile envisage « sereinement » bien que la justice tienne toujours une place importante dans ce scrutin.

La campagne bat son plein à quelques jours du premier tour des élections municipales fixé au 23 mars prochain. Les candidats retardataires n’ont déjà plus que quelques heures pour déposer leur liste en Préfecture. La date butoir est établie à 18h ce jeudi 6 mars. De son côté, l’équipe du maire de Corbeil-Essonnes Jean-Pierre Bechter vient d’officialiser les noms de certains des colistiers. Sur cette liste figure une grande partie de l’équipe municipale sortante, tels Jean-Michel Fritz (Ndlr : candidat en 2009), Jean-François Bayle (Ndlr : candidat en 2010) ou encore Sylvain Dantu (UDI). Toutefois, ce n’est pas en haut de liste qu’il faut chercher pour tomber sur un nom célèbre. Au contraire, c’est même en dernière position que l’on retrouve la présence du sénateur et ancien maire de Corbeil-Essonnes Serge Dassault. « C’est un atout majeur pour nous d’avoir Serge Dassault dans nos rangs » se félicite à ce titre Jean-Pierre Bechter. Comme pour les scrutins de 2010, le sénateur occupera la 43ème place sur la liste conduite par Jean-Pierre Bechter.

En février passé, le milliardaire et avionneur soupçonné de corruption, d’abus de biens sociaux, de blanchiment et d’achat de votes lors des élections municipales de Corbeil-Essonnes de 2008, 2009 et 2010 avait demandé lui-même la levée de son immunité parlementaire. Suite à deux refus successifs du Bureau du Sénat en juillet 2013 et en janvier 2014, l’ex-édile corbeil-essonnois avait finalement été placé en garde à vue fin février. Ressorti libre, le sénateur de bientôt 89 ans pourrait être mis en examen le 13 mars prochain. Seulement, cela ne semble pas déranger l’homme d’affaires. Il s’implique même pleinement dans la campagne pour soutenir son bras droit. Ce week-end, il a arpenté les allées du marché du quartier des Tarterêts et de celui du centre-ville pour rencontrer les Corbeil-Essonnois afin de leur expliquer pourquoi il soutenait Jean-Pierre Bechter. Une démarche qui n’aura pas laissé indifférent une partie des habitants. Certains approuvent totalement cet appui, comme cette mère de famille qui s’empresse de présenter son enfant à la vue du milliardaire place du Comte Haymon, tandis que d’autres  déplorent la situation et s’éloignent à sa vue dans les allées.

« Si le Préfet veut organiser les élections, il n’y a aucun problème »

Seul problème pour le maire sortant, Jean-Pierre Bechter ne peut communiquer avec son « nouveau » colistier. Dans le cadre de sa mise en examen de janvier dernier, il lui est interdit de rencontrer ou de communiquer avec son prédécesseur à la mairie de Corbeil-Essonnes. Cependant, cela ne semble pas être une gêne pour le maire qui envisage ces élections d’une manière « très sereine ». Notamment sur sa mise en examen, l’édile rappelle ne pas être le seul candidat dans ce cas. « Martine Aubry (Ndlr : maire de Lille) est mise en examen elle aussi pour des centaines de morts à cause de l’amiante, pourtant elle envisage sereinement sa victoire », assurait-il à Essonne Info lors de sa venue dans sa permanence ce mardi soir.

Mettant en avant son bilan qu’il juge « exceptionnel », Jean-Pierre Bechter et son équipe ont fait le choix de faire paraître par le biais d’un tract en format journal 150 réalisations qu’ils ont effectué durant le mandat. « Nous n’en avons pris que 150, mais nous aurions pu en mettre plus, garantit l’édile. Nous avons mené la rénovation urbaine à tambour battant, nous n’avons pas augmenté les impôts, le taux d’imposition est resté à 0% et nous avons baissé la dette de la ville de 23 millions d’euros. Également, nous avons bien travaillé sur la question de la sécurité avec la mise en place d’une centaine de caméras de vidéo-surveillance sur la commune » se réjouit le maire sortant. Un bilan que nuancent certains de ses opposants comme le candidat socialiste Carlos Da Silva. « Une rénovation urbaine ne fait pas une ville » expliquait-il il y a peu. Pour le candidat du Printemps de Corbeil Bruno Piriou, « bien que la rénovation urbaine soit une bonne chose, la ville a tout de même perdu en fraternité » souffle-t-il.

Assurant que son programme sortira dans « le courant de la semaine prochaine », Jean-Pierre Bechter est donc confiant à l’approche de ce scrutin. Néanmoins, suite à la parution d’un article de nos confrères du journal Libération du 26 février dernier, Bruno Piriou et Carlos Da Silva en ont appelé au Préfet de l’Essonne, Bernard Schmeltz pour qu’il organise avec son équipe les prochaines élections. Le premier magistrat de la ville serait « illégitime » selon l’opposition pour organiser ces élections à cause de sa mise en examen. Une mesure qui n’inquiète pas le maire sortant. « Il faut rappeler à MM. Piriou et Da Silva que la dernière fois que le Préfet avait organisé les élections, j’avais gagné par 800 voix d’avance. Dans tous les cas, si le Préfet veut organiser les élections, il n’y a aucun problème. J’ai gagné avec 800 voix en 2010, j’en aurai peut-être 1 000 cette fois-ci », explique l’édile corbeil-essonnois avant d’ironiser « les préfets portent chance ».

Dans tous les cas, Jean-Pierre Bechter assure que les habitants feront le choix d’un programme et sauront « faire le tri entre le judiciaire et les projets municipaux ». La balle semble donc être dans le camp des Corbeil-Essonnois. Outre le choix des électeurs, une autre inconnue risque de s’immiscer dans ces élections, l’abstention. Elle avait été très présente lors des dernières élections de 2010. Moins d’un habitant sur deux s’était déplacé pour venir voter, avec un taux de participation de 46,86%. Bref, il ne reste plus que quelques jours pour avoir les premiers éléments de réponse sur ce match pour les municipales.