Pendant une semaine, une compagnie de théâtre s’est immergée dans ce quartier de Ris-Orangis. Samedi 1er mars sera diffusé un film-spectacle pas comme les autres. Entre arts et rencontres, découvrez une autre facette du Plateau. Celle côté habitants, côté humain.

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Connaissez-vous vraiment Le Plateau, l’un des coins les plus connus de Ris-Orangis ? Sans doute pas totalement. La compagnie de théâtre Hendrick Van Der Zee (HDVZ), venue tout droit du Pas-de-Calais, vous aidera à découvrir ce quartier avec un regard bien particulier. Depuis 2003, la troupe d’artistes se balade partout en France avec son projet Portrait, qui consiste à aller à la rencontre des habitants pour dépeindre les visages d’un quartier à travers un film-spectacle. Pendant une semaine, à compter du 22 février 2014, HDVZ s’est donc posée au Plateau, pour en faire le portrait « avec et pour les habitants », nous explique Jérémie, l’un des neufs artistes de la troupe.

« Écoutons ce qui se passe ici. Ce qui s’agite ici, ce qui vit ici. »

Le portrait du Plateau est le fruit d’un travail d’équipe. Outre HDVZ et les habitants, il y a aussi le théâtre de l’Agora d’Evry, qui a œuvré avec la mairie de Ris-Orangis, ainsi qu’avec des membres de plusieurs associations et la MJC de la ville. C’est d’ailleurs dans une annexe de cette dernière, le Moulin du monde, que la compagnie a posé ses bagages. En plein cœur du Plateau ; l’endroit parfait pour aller à la rencontre de la population locale.

Pour saisir au mieux ce qu’est Le Plateau, la compagnie nordiste a choisi de se mêler aux gens qui en forment le quotidien. L’un des membres de HDVZ, Didier, détaille le projet : « Notre position, c’est de faire entendre les impressions de l’intérieur plutôt que celles de l’extérieur, qui sont souvent négatives. Notre tentative, c’est de dire : « Écoutons ce qui se passe ici. Ce qui s’agite ici, ce qui vit ici. » »

Pour se faire, les artistes ne manquent pas d’imagination. Ils peuvent se balader dans la ville et demander aux passants de dire une citation, proposer des valses à qui veut bien danser, frapper aux portes et demander aux habitants de prendre la pose ou de montrer un objet important à leurs yeux… Il y a aussi la technique du portrait chinois, qui consiste à poser deux questions : « Si votre quartier était une recette, quelle serait-elle ?« , et « Si votre quartier était une chanson, quelle serait-elle ?« . « Les plats qui évoquent le mélange reviennent beaucoup », confie Didier, qui a bien noté « qu’il y a ici des gens de toutes les origines ».

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Oui, il fait bon vivre à Ris-Orangis

Alors que sa collègue Elena est en train de compiler les dernières interviews réalisées, Jérémie nous livre ses impressions sur ce qu’il a découvert du Plateau en quelques jours : « Les gens sont plutôt très accueillants. Le quartier est très chaleureux. On passe des bons moments. L’aventure est au coin de chaque rue, de chaque porte. Une porte peut se fermer, mais dix autres vont s’ouvrir. Des gens vont avoir envie de discuter, de refaire le monde. » Forts de toutes leurs compétences, les membres de HDVZ capturent des heures d’images du quotidien sous toutes ses formes. Cela va des enfants jouant dans la rue aux voyageurs patientant sous un abribus, en passant par les gymnastes du club de GRS, ainsi que par le club des anciens, les maraîchers du coin, la ludothèque…

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Certains moments sont insolites. Vingt-quatre heures après leur arrivée, Jérémie et ses acolytes ont frappé à 212 portes. Didier parle lui de ce maître-nageur, « dont le grand-père a connu Antoine de Saint-Exupéry », capable de réciter Le dormeur du Val. Certaines interviews s’éternisent, face à des interlocuteurs intarissables. Assez pour fatiguer les artistes ? Certainement pas. « Il faut prendre le temps de faire la rencontre pour faire un portrait réaliste et poétique à l’instant T », avance Didier. A force de côtoyer la population, ce dernier a compris une chose : les gens aiment leur ville. « Même s’il y a des difficultés, il y a ici un dynamisme incroyable. Ris-Orangis nous fait l’impression d’une ville très vivante. »

« Un petit musée des habitants »

Alors que Maggie et Marie s’affairent sur le blog de la compagnie, Mourad sort de la MJC avec Jérémie, qui est lui équipé de sa caméra. Leurs missions : réaliser une démonstration des talents de Mourad, danseur de step. Attention, rien à voir avec la fitness : le longiligne artiste venu d’Avignon est un spécialiste de percussions corporelles, qu’il pratique depuis près de 18 ans. Après une première danse au kebab Alanya, il se dirige au Simply Market non loin. Et là, entre le rayon des fromages et le rayon des goûters, Mourad se lance, face aux clients.

Initié au step par son ami Cheick Sall, Mourad décrypte le principe du step : « Faire voyager le rythme sur tout le corps ». Et cela sans avoir besoin d’instrument en plus, car comme il le rappelle, « le plus vieil instrument du monde, c’est le corps ! ». Le danseur aime ces contacts avec le public, souvent chaleureux et très souvent admiratif une fois la démo terminée : « Ça fait vraiment plaisir. Sortir d’une salle de répèt’ ou de théâtre et faire des démonstrations dans la rue, c’est quelque chose qu’on n’a pas l’habitude de faire. C’est justement ce qui est plaisant. Rencontrer les gens, aller chercher le public, ça me plait. » Jérémie partage cette même envie d’ouvrir le monde du spectacle aux personnes peu ou pas habituées à s’y frotter.

Samedi 1er mars, les habitants et autres curieux pourront apprécier le travail final : un film-spectacle d’environ 1h15, qui combinera toutes les rencontres faites pendant une semaine. Ce sera « comme un musée des habitants », confie Jérémie. Les spectateurs auront sous les yeux deux écrans : un premier diffusera des images du Plateau en continu, tandis que sur le deuxième apparaîtront les interviews d’habitants, commerçants, membres associatifs du quartier. Les textes écrits sur le blog seront également déclamés. Et Mourad sera aussi là pour exécuter de nouveaux pas de danse endiablés. Une fort belle manière de boucler en beauté le portrait du Plateau, quartier « de toutes les couleurs du monde » dixit Didier.

  • Portrait Ris-Orangis, par la compagnie HDVZ avec les habitants du quartier du Plateau
    Projection du film-spectacle samedi 1er mars 2014 à 18h00
    Centre culturel Robert-Desnos (1 Allée Jean Wiener, 91130 RIS-ORANGIS)
    Entrée gratuite.
    Durée estimée : 1h15

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